Tarier pâtre

Publié le jeudi 28 février 2008


Tarier pâtre Saxicola torquata

Synonyme : Traquet pâtre

Angl. : Common Stonechat
All. : Schwarzkehlchen
It. : Saltimpalo

Tarier pâtre, mâle, photo France DUMAS © 2008
Tarier pâtre, mâle,photo France DUMAS

D’origine paléarctique, le Tarier pâtre est une espèce polytypique largement distribuée à travers la zone tempérée et boréale jusqu’en Asie et, de manière discontinue, dans le nord de l’Afrique, qui marque sa limite méridionale de répartition (Cramp 1988, [E]). L’estimation des effectifs européens reste délicate et varie selon les auteurs. Le minimum, intégrant la population russe, donné par Tomialojc (in Tucker et Heath 1994), est de 890 000 couples, alors que Lardelli et Mollnar (in [E]) avancent comme chiffre supérieur, hors population russe, 2 142 000 couples.
En France, Mayaud (1936) qualifiait l’espèce de commune dans tout le pays, statut que confirmait Yeatman en 1976.
Sa répartition à l’échelle régionale n’a guère évoluée depuis la fin des années 1970 ([R]) : "le pâtre est commun de part et d’autre de tout le couloir Saône-Rhône, il est rare dans les Alpes, surtout les Alpes du Nord, sans doute trop humides et trop froides".

Tarier pâtre, mâle, photo France DUMAS © 2008
Tarier pâtre, mâle, photo France DUMAS

Ce commentaire pourrait être celui de la nouvelle carte de répartition rhônalpine. C’est un oiseau de plaine et de l’étage collinéen, constat confirmé par l’analyse de sa répartition altitudinale. Cependant, il utilise couramment l’étage montagnard inférieur, la limite supérieure de celui-ci semblant constituer une barrière qui n’est franchie qu’à titre exceptionnel. Il a été observé comme nicheur certain à l’altitude maximale de 1 350 m dans le Pilat (42), en Haute-Ardèche (07) et en Haute-Maurienne (73) ([R]). Le contact le plus élevé a été établi le 20 juillet 1980 au Collet du Gilly (74), où quelques individus ont été observés à 2 100 m. Ces données correspondent à celles d’autres régions ou d’autres pays d’Europe. S’il est souvent cité aux alentours de 1 000 m (Daycard in C.O.Gard 1993, Olioso 1996), le Tarier pâtre peut atteindre 1 300 m dans le Jura (Berne in G.O.J. 1993) et jusqu’à 1 700 m dans les Pyrénées-Orientales (Affre et Affre 1980). De même, il a niché jusqu’à 1 850 m dans les alpes italiennes ([E]). Les effectifs rhônalpins sont évalués pour la période 1993-1997 entre 10 000 et 40 000 couples, sans qu’il soit possible de préciser la tendance d’évolution de la population régionale.

Tarier pâtre, femelle, photo France DUMAS © 2008
Tarier pâtre, femelle, photo France DUMAS

Il est admis que l’habitat originel du Tarier pâtre devait être la lande (Géroudet 1998b [R] ; Olioso 1996). Si, en termes d’habitat, ses exigences écologiques sont très voisines de celles de la Fauvette grisette, ce traquet a beaucoup plus profité des ouvertures forestières et du défrichement. Une mosaïque de trois éléments est nécessaire à son installation : une strate herbacée dense où il peut se reproduire en toute tranquillité, des surfaces de sol nu ou de végétation rase sur lesquelles il peut chasser et des buissons clairsemés, haies et piquets lui servant de perchoirs de guet. En zone de colline, il apprécie particulièrement les lieux secs et bien ensoleillés, versants exposés au sud, coteaux cultivés ou plus ou moins incultes. En plaine, les zones de bocage lâche lui fournissent son habitat préféré. Les rares données rhônalpines sur l’abondance dans ces milieux décrivent des effectifs avoisinant 3 couples sur 10 ha comme en Ardèche en 1987, où cette valeur fut obtenue sur une zone de 28 ha à La Chapelle sous Aubenas. Dans le Rhône, les résultats préliminaires d’une étude en cours sur le plateau mornantais relatent une abondance de 6,4 couples territoriaux par km, soit environ un couple cantonné tous les 160 m. En Dombes, en 1987, 63 % des contacts de Tarier pâtre étaient situés dans les prairies tandis qu’en Bresse la densité aux 10 ha. varie de 0,5 couples en culture maraîchère à 2,3 couples dans les prés de fauche (Broyer 1988). Ces données quantitatives doivent être considérées avec prudence, car le Tarier pâtre est connu pour présenter des variations d’effectifs pouvant être très marquées d’une année sur l’autre. Ainsi, à la Chapelle sous Aubenas (07), au printemps 1988, une baisse de 76 % des effectifs nicheurs fut constatée sur le secteur étudié en 1987, avec seulement 0,9 couple pour 10 ha.

Bournaud (1986) classe cet oiseau dans la catégorie des espèces “présent(e)s toute l’année avec un hivernage faible”. La pertinence de ce constat global peut être affinée, car il existe des différences entre le nord et le sud de la région. La majorité des stations d’hivernage régulier, connues depuis longtemps (1ère mention en 1976-1977) sont situées dans la vallée du Rhône au sens large, débordant occasionnellement en plaine du Forez (42) à l’ouest, le Val de Saône et la Bresse (01) au nord et la vallée du Haut Rhône à l’est. A deux reprises, en 1977 et le 15 décembre 1989 à la Balme de Singilly, un stationnement hivernal a été mentionné en Haute-Savoie et, en 1992, des stationnements inhabituellement abondants ont été signalés au nord de la région jusqu’à la mi-décembre. Les départements méridionaux de Rhône-Alpes accueillent régulièrement des hivernants, mais les effectifs nicheurs rhônalpins sont an majorité migrateurs.
La date moyenne de retour est le 15 février (n = 9), la date la plus précoce étant le 20 janvier 1973 à Rive de Gier (42) ; le gros des effectifs arrive dans la deuxième quinzaine du mois. Dès leur arrivée sur le site de reproduction, les oiseaux commencent à nicher ; rapidement après la construction du nid, entre 3 et 6 œufs sont pondus ; le nombre moyen d’œufs par ponte est de 4,8 (n = 5). Le nombre moyen de jeunes volants par couple est de 2,9 (n = 30), attestant des pertes sévères pendant la couvaison et l’élevage. Géroudet (1998 b) estime d’ailleurs que seulement 50 % des œufs pondus donnent un jeune à l’envol. Plus de 80 % des nichées s’envolent en mai et juin (n = 22), ces deux mois cumulant l’ensemble des premières nichées et une partie des secondes. La date moyenne d’envol des jeunes de la première nichée est le 15 mai (n = 18) et celle de la seconde nichée le 6 juillet (n = 9). Les jeunes volants les plus précoces ont été observés le 29 avril 1990 à Saint Andéol le Château (69) et les plus tardifs le 31 août 1986 à Perreux (42). Les jeunes issus de la première nichée restent moins longtemps avec les parents que ceux de la deuxième nichée. La migration démarre fin août - début septembre et se développe jusqu’à la mi-octobre.

Tarier pâtre, femelle, photo France DUMAS © 2008
Tarier pâtre, femelle, photo France DUMAS

En Rhône-Alpes, l’espèce fait partie des quarante espèces les plus répandues. Une baisse des effectifs est soupçonnée, malgré l’absence de mesure objective. A l’échelle nationale, l’espèce est en régression : un déclin des effectifs estimé entre 20 % et 50 % des populations de la fin des années 1970 a été constaté. Elle est menacée à l’échelle européenne. Dans certains pays la chute des effectifs a dépassé 50 % en vingt ans. Elle est considérée en déclin sur notre continent (Tomialojc in Tucker et Heath 1994). La conservation de ce petit Turdidé très coloré passe par le maintien des activités agricoles traditionnelles, par la gestion intelligente et concertée des formations buissonnantes des zones de plaines et des coteaux, par le maintien d’écotones ouverts entre les zones agricoles et les forêts.

Texte : Olivier Iborra

Photo : France DUMAS