Sterne pierregarin

Publié le jeudi 28 février 2008


Sterne pierregarin Sterna hirundo

Angl. : Common Tern
All. : Flusseeschwalbe
It. : Sterna comune

De catégorie faunistique holarctique, la Sterne pierregarin est largement répandue en Europe où elle ne manque qu’en Islande, mais elle est rare dans le sud-est. Dans l’ouest du continent, sa répartition suit les côtes et les grandes vallées fluviales tandis que, dans le nord et l’est elle est largement répandue dans les régions de l’intérieur. La population européenne est comprise entre 195 000 et 227 000 couples (Tucker et Heath 1994).
La population française, évaluée à 4 500 couples, se répartit en trois zones distinctes : côtes de l’Atlantique et de la Manche, littoral méditerranéen et grandes vallées fluviales (Siblet et Muselet in [N]).

L’espèce semble toujours avoir été rare en Rhône-Alpes et, en 1977, le CORA ne citait que la colonie du delta de la Dranse, forte alors d’une trentaine de couples ; il signalait d’autres observations en période de reproduction sans que la preuve de celle-ci ait pu être apportée : un couple sur la Loire en limite nord du Roannais le 30 mai 1976 ainsi que plusieurs tentatives infructueuses à l’embouchure de l’Ain. La situation actuelle est un peu différente puisque la carte fait apparaître une troisième zone de reproduction dans la Basse Vallée du Rhône. A l’heure actuelle, la population rhônalpine ne doit pas dépasser 35 à 40 couples. Dans notre région, deux types de milieux sont utilisés, les bancs de galets dans le lit des cours d’eau (delta de la Dranse, la Loire) et le musoir bétonné du barrage de Châteauneuf du Rhône (26).
Au printemps les premières Sternes pierregarins sont signalées en moyenne le 10 avril, la date la plus précoce étant le 21 mars 1971 au delta de la Dranse. Bernard (1986 b) a décrit les mouvements migratoires de l’espèce en région Rhône-Alpes. La migration prénuptiale culmine en mai et ne concerne que des oiseaux isolés ou de petits groupes de moins de 10 individus (exception : une centaine le 16 mai 1967 au confluent de l’Ain, Duval, in [R]). La migration postnuptiale débute à la fin de juillet et culmine durant les deux dernières décades d’août. La date la plus tardive concerne 5 oiseaux observés à Valence le 9 novembre 1967 (Marius in Faton 1984).

Dans la toute récente colonie de Châteauneuf du Rhône, des oeufs ont été trouvés entre le 11 mai et le 15 juillet, des poussins durant tout le mois de juillet. Les 9 pontes contrôlées se répartissaient ainsi : 3 x 2 oeufs et 6 x 3 oeufs. Le succès de reproduction y est très irrégulier, probablement à cause de la présence d’une forte colonie de goélands leucophées Larus cachinnans à proximité.

Pendant de longues années, seul le delta de la Dranse a accueilli cette Sterne. Dans la Loire, en Roannais, l’installation de quelques couples remonte au début des années 1980 et la reproduction s’y poursuit actuellement. Dans la vallée du Rhône, un premier couple a été trouvé en 1990 sur le barrage de Châteauneuf du Rhône (Olioso 1991). Ce site a accueilli 4 couples dès 1994, 8 couples donnant 11 jeunes à l’envol en 1996 et seulement 3 couples en 1997. A l’extrémité sud-ouest de la région, au confluent de l’Ardèche et du Rhône, un couple a élevé un jeune en 1992 (Ladet in Olioso 1996). Cette installation récente dans la vallée du Rhône correspond à une expansion de l’aire de reproduction le long du Rhône vauclusien (Olioso 1996).

Cette expansion de l’aire de reproduction de la Sterne pierregarin en Rhône-Alpes ne doit pas faire oublier qu’elle y reste un nicheur rare et fragile que menacent plusieurs phénomènes (végétalisation des îlots de galets et de sable dans le lit des rivières, dérangements divers, prédation). A Châteauneuf du Rhône, des tuiles ont été disposées à proximité des nids, permettant aux poussins de s’abriter lors des attaques des Goélands leucophées, mais le site n’est pas à l’abri des prédateurs terrestres. D’autres solutions sont à envisager comme l’installation de radeaux (mais cela n’est pas possible partout) ou l’entretien d’une végétation rase que régénérait autrefois le libre cours de fleuves aujourd’hui "domestiques".

Georges Olioso et Hugues Dupuich