Spatule blanche

Publié le jeudi 28 février 2008


Spatule blanche Platalea leucorodia

Angl. : Eurasian Spoonbill
All. : Löffler
It. : Spatola

Spatule blanche, photo Rémi RUFER © 2008

L’aire de répartition de cette espèce se situe dans la zone paléarctique occidentale et présente une importante discontinuité : les colonies sont essentiellement localisées sur les lacs des Balkans, en Turquie, en Mer Noire, dans les deltas de la mer Caspienne et du Golfe Persique. A ceci s’ajoutent quelques petites populations disséminées aux Pays-Bas, en Espagne, en Mauritanie. En France, la population nicheuse compte tout au plus une cinquantaine de couples sur quatre sites : le lac de Grand-Lieu (colonisé le premier, depuis au moins 1973 [N]), les marais de l’Erdre et la Brière, tous trois situés en Loire-Atlantique et, depuis 1997, le marais d’Orx dans les Landes (Delprat et Eigle 1997). La Spatule blanche habite les zones humides, principalement les estuaires et les lacs.

Malgré deux tentatives récentes, cet oiseau ne se reproduit pas dans la région Rhône-Alpes. Deux couples (un en Plaine du Forez - 42 ; un en Dombes - 01) en plumage nuptial ont été observés alors qu’ils paradaient, construisaient leurs nids au sein de colonies mixtes d’Ardéidés, du 14 au 18 mai 1996 à Arthun (42), entre le 23 juin et le 3 août 1996 à Lapeyrouse (01) (Crouzier et Rimbert 1997). Malheureusement, aucune ponte ne semble avoir été déposée. Toujours en 1996, deux spatules ont stationné quelques jours début mai au Bois Français près de Grenoble (38). Rappelons qu’en 1986 déjà, deux adultes nuptiaux ont séjourné du 7 juin au 28 août au sein de la colonie mixte d’Ardéidés de Birieux en Dombes.

Spatule blanche, photo Rémi RUFER © 2008

Les effectifs observés dans notre région sont très modestes. Régulière en Dombes, l’espèce y est notée presque annuellement, mais en petits nombres, le plus souvent 2 ou 3 individus. Son apparition est beaucoup plus sporadique dans le Forez (1969, 1985, 1988 et 1996, avec un maximum de 5 individus cette année-là). Rhône-Alpes se trouve en effet située loin en dehors de l’axe migratoire principal (essentiellement la façade atlantique) et est également éloignée des zones d’hivernage françaises régulièrement réparties entre la Bretagne et le bassin d’Arcachon, et dans une moindre mesure sur la côte méditerranéenne (Rocamora et Maillet 1996). Si les périodes migratoires de l’espèce sont très étendues en France (de la mi-février à juillet pour le passage prénuptial et d’août à octobre pour la migration d’automne), c’est surtout d’avril à août que la Spatule blanche est notée dans les zones humides de la région, principalement en Dombes et Forez. Au printemps, la première quinzaine de mai semble la plus propice à l’observation de l’espèce, mais le passage est parfois bien sensible en avril (date précoce : le 27 mars 1983 en Dombes). De plus rares observations automnales (août-septembre) sont connues, la plus tardive datant du 27 octobre 1996 à Lapeyrouse (Dombes).

Ces mentions régionales en augmentation peuvent correspondre à un passage marginal, peut-être lié à l’essor actuel de la population française. Les deux tentatives de reproduction constatées en 1996 en Dombes et Forez laissent espérer une installation de l’espèce dans les années à venir. Des sites potentiellement favorables existent donc en Rhône-Alpes. Cependant, l’espèce est particulièrement sensible au dérangement humain et ce paramètre demeure déterminant quant au choix du site et de reproduction. Ceci pourrait constituer un facteur limitant dans la perspective encore bien hypothétique d’une reproduction.

Texte : Pierre Crouzier, Philippe Rimbert
Photos : Rémi RUFER