Sizerin flammé

Publié le jeudi 28 février 2008


Sizerin flammé Carduelis flammea cabaret

Angl. : Common Redpoll
All. : Birkenzeisig
It. : Organetto

Holarctique, le Sizerin flammé occupe sous sa forme nominale les zones boréales et subarctiques d’Amérique du Nord et d’Eurasie. La sous-espèce C. f. cabaret, habite quelques massifs montagneux des zones tempérées et les Iles britanniques. Cet oiseau connaît depuis le siècle dernier une expansion géographique importante, qui l’a amené à occuper le littoral de la mer du Nord et de la Manche et divers petits massifs montagneux d’Europe ; ainsi, en France, il a colonisé à partir du milieu des années 1960 le littoral du Boulonnais, du Cotentin et des Flandres (Duquet in [N], Richard 1967). On le trouve aussi dans le Jura et les Ardennes (où il s’est installé respectivement au début des années 1970 et dans les années 1980 - Collectif C.O.C.A. 1991, Glayre 1979) et dans les Alpes. La région Rhône-Alpes héberge l’essentiel de la population française ; l’espèce y niche dans les départements savoyards et dans le sud de l’Isère (Oisans) ; le Jura méridional (01) a profité de cette expansion dynamique, avec les premières données en juin 1981 ; cette même année, sa présence fut aussi constatée dans plusieurs secteurs du Doubs (Crouzier in G.O.J.).

Dans les Alpes, ce Sizerin niche à l’étage subalpin entre 1 400 et 2 400 m d’altitude, où il recherche les boisements ouverts, jeunes ou de petite dimension et frais. Ses densités atteignent, dans les formations résineuses, 0,4 couple / 10 ha en pessière humide et 0,9 couple / 10 ha en mélezin ; c’est en aulnaie que les densités sont les plus élevées : 1,1 couples / 10 ha en aulnaie verte, et 2,3 couples / 10 ha en ripisylve d’aulnes blancs (Tournier 1976). Dans le massif du Jura, le Sizerin occupe un habitat différent, car il niche dans les marais et tourbières situés au dessus de 840 m d’altitude (Duquet in [N]), ce qui n’est pas sans évoquer la taïga laponne où on rencontre la sous-espèce flammea. Plus marginalement, la limite supérieure des forêts ainsi que les clairières sont occupées ; dans les Crêts du Jura (01), l’espèce est aussi trouvée au sein d’une pinède très ouverte (Crouzier in G.O.J.). Nous savons fort peu de choses sur la reproduction en Rhône-Alpes. Les parades débutent en avril : le 12 avril, de nombreux couples paradent au Monal de Sainte Foy (73, Lebreton et Martinot 1998). Une femelle couve le 17 mai 1981 à Peisey-Nancroix (73), des jeunes s’envolent à Praz de Lys (74) le 21 juin (1980) et ceux d’une seconde couvée le 26 juillet (1988).

Une dizaine de reprises d’oiseaux bagués entre la Suisse et notre région montre qu’une partie au moins des effectifs alpins transhume dans les vallées et les plaines en hiver. En plaine, le passage des sizerins connaît de très faibles effectifs, entre la fin d’octobre et la mi-novembre ; au printemps, il est perçu de la mi-mars à la fin d’avril. Certaines années pourtant, des irruptions les amènent jusqu’en Provence (invasions notoires de 1964-65, Erard 1966, et de 1972-73 Erard in [N]). Notre région accueille (régulièrement ?) des oiseaux venus des Iles britanniques, comme le prouvent 2 reprises de bagues d’oiseaux britanniques : l’une à Givors (69) le 1er férier 1973 et l’autre à St Jean le Centainier (07) le 11 février 1973. Les afflux constatés en Rhône-Alpes rassemblent ainsi des oiseaux britanniques, de la sous-espèce C. f. cabaret, et non des sizerins nordiques, comme on pourrait le penser. Aucune observation de C. f. flammea n’est connue dans notre région. En hiver, l’espèce est assez rare en plaine et des groupes de plus de 10 individus sont exceptionnels. Les plus grosses troupes notées hors zone de nidification sont d’une cinquantaine d’individus le 1er mars 1971 à Ordonaz (01) et de 200 individus le 1er décembre 1979 à Frettes (74). A cette époque, les oiseaux peuvent venir aux mangeoires, ou plus anecdotiquement en pleine ville, comme à Grenoble (38) le 1er novembre 1989.

Alexandre Renaudier