Sittelle torchepot

Publié le jeudi 28 février 2008


Sittelle torchepot Sitta europaea

Angl. : European Nuthatch
All. : Kleiber
It. : Picchio muratore

photo de Sittelle torchepot, (c) Christian ROLLAND 2008, CORA

La Sittelle torchepot est une espèce paléarctique qui habite l’Europe, l’Asie boréale et tempérée et le Maghreb. En Europe, l’espèce est bien répandue sauf dans les régions dépourvues de boisements comme l’Irlande, l’Ecosse et le nord de la Scandinavie. En France, elle occupe tout le territoire, sauf la Corse où la Sittelle corse (Sitta whiteheadi) la supplante. En Rhône-Alpes, l’espèce est présente dans tous les milieux, pourvu qu’il y ait des arbres. Cet oiseau forestier habite les bosquets des plaines, les haies, les ripisylves, les parcs urbains, les forêts. Le niveau le plus fréquenté et le plus favorable à l’espèce est l’étage collinéen, entre 300 et 600 m (50 % des mailles où l’espèce est observée). C’est là que l’on trouve les formations où les chênes sessiles et pédonculés sont prépondérants. La Sittelle préfère les forêts feuillues peuplées de grands arbres à l’écorce crevassée (chênes, chataigniers, trembles) où elle voisine alors avec le Pic épeiche dont elle dépend, pour une bonne part, pour les cavités où elle installe son nid. Plus haut en altitude, elle dépend alors des loges du Pic noir et habite jusqu’à la limite forestière en montagne pourvu qu’il y ait des feuillus mais sa répartition est alors plus hétérogène. L’espèce est complètement absente des forêts pures de conifères, excepté du mélezein.

Sittelle torchepot, photo France DUMAS © 2008
Sittelle torchepot, photo France DUMAS

Une famille de jeunes a été observée à 1 600 m à Samoëns (74) le 12 juin 1977. C’est dans une forêt de pins cembros de Méribel (73) qu’elle a niché à 1 950 m (Miquet comm. pers.). Curieusement, un individu a été noté en 1990 et 1991 à Chézery-Forens sur les Crêts du Jura (01) à 1 700 m dans une zone dépourvue d’arbres. De même, les grandes vallées alpines ou les grandes plaines de culture, durement touchées par les remembrements, possèdent des effectifs beaucoup plus faibles en raison de la disparition des haies et du faible taux de boisement. Nous ne disposons pas de données sur les effectifs rhônalpins mais ceux-ci peuvent être qualifiés de “ nombreux ”. Les densités sont fort variables selon les milieux. En ripisylve à saules et peupliers, Tournier (in [R]) trouve des densités de 0,7 couple pour 10 ha et, en peupleraie plantée, de 0,8 couple pour 10 ha. A l’étage collinéen qu’elle affectionne particulièrement, Sonnerat (1994) dénombre 3,1 couples aux 10 ha, à Talloires (74). Les densités obtenues, dans une hêtraie-pessière du district Arve-Giffre (74) par Magnouloux (in [R]) sont remarquables : 3,5 couples aux 10 ha entre 900 et 1 400 m. A Oullins (69) en 1990, 6 couples sont notés dans un parc urbain de 7 ha.

L’espèce est généralement sédentaire, mais à l’instar des mésanges, et en effectifs moindres, on peut assister à des “ invasions ” d’oiseaux venus du nord et de l’est européens : en 1978, au col franco-suisse de Bretolet, au dessus de Morzine (74), 29 individus furent bagués du 11 au 27 septembre ; à Ceyzériat (01), 21 migratrices ont transité du 4 septembre au 2 octobre 1988. Durant l’automne et l’hiver pendant lesquels leur régime devient granivore, les sittelles se joignent souvent aux rondes de mésanges. Dès décembre, les oiseaux commencent à défendre leurs domaines par leurs chants territoriaux. On peut les entendre tout l’hiver, avec plus d’intensité en février et mars. Ils deviennent très discrets dès le 15 avril. Très fidèle à son territoire, l’espèce réoccupe régulièrement les nichoirs dans lesquels elle s’installe. A Metz Tessy (74), l’un d’entre eux a accueilli un couple reproducteur pendant 4 années consécutives. Le nid est installé, en général, entre 2,5 m et 6 m de hauteur, voire plus. Il arrive cependant qu’elle s’installe plus bas : le 15 mai 1994, un couple nourrit, à Chaumont (74) par un orifice situé à un mètre du sol. Un programme de pose de nichoirs pour les passereaux cavernicoles a été lancé par l’O.N.F. de Haute-Savoie dans les forêts gérées par cet établissement public. 65 % des 1 000 nichoirs posés sont contrôlés annuellement (Prévost 1994, 1995, 1996, 1997). mais ils remportent peu de succès auprès de la Sittelle. En effet, dans la zone des plaines et des plateaux (altitude : 300-600 m), seulement 3 % de ceux-ci sont utilisés par l’espèce et ce pourcentage tombe à 0,5 % en zone de forêts mixtes et résineuses des étages collinéen et montagnard. Les cavités naturelles laissées libres en raison du grand succès des nichoirs auprès des mésanges charbonnières, bleues et noires suffisent-elles aux sittelles ?

Sittelle torchepot, photo France DUMAS © 2008
Sittelle torchepot, photo France DUMAS

C’est dans la deuxième décade d’avril que commencent les couvaisons correspondant à l’arrêt des chants. La moyenne des jeunes à l’envol pour la période 1995-97 est de 5,4 (n = 15) ; des familles plus importantes ont été notées : en 1996, 10 jeunes à Metz Tessy (74) et, en 1997, 9 jeunes à Eloise (74). La date moyenne d’envol pour ces 15 nichées est le 20 mai. D’autres chiffres parviennent du suivi de 25 nichées de l’avant-pays savoyard, en nichoirs “ privés ” pour la période 1978-1994 : en moyenne les familles y comptaient 5,2 jeunes (5 en tenant compte des échecs). La date moyenne d’envol est le 30 mai, la plus tardive est le 14 juin 1984 (à Cruseilles, à 1 150 m d’altitude dans le massif du Salève - 74). Un nourrissage plus tardif a été constaté le 25 août 1986 à Charbonnières dans les Monts du Lyonnais (69). A l’opposé, a eu lieu, cette année là, un cas exceptionnel de nidification hivernale : à Fillinges (74), le nichoir est occupé dès le 10 janvier et le nourrissage est observé le 22 février ; un mois plus tard, 3 jeunes se sont envolés. Cette nidification a été grandement favorisée par la proximité d’une mangeoire dans laquelle les adultes se sont abondamment servis. D’autres nourrissages précoces ont été observés comme le 29 mars 1983 dans le Grésivaudan (38), le 14 avril 1990 à Viry (74) et le 14 avril 1997 à Vaulx-Milieux (38).

Il est facile d’imaginer que cet oiseau forestier a dû beaucoup profiter de la progression forestière amorcée à la fin du siècle dernier. Cette progression a dû être freinée, durant les années 1950 à 1970, par les enrésinements de taillis prônés par les gestionnaires forestiers. L’arrêt de ces pratiques au début des années 1980 ainsi que l’élimination moins systématique des arbres creux par les forestiers sont relativement rassurants.

Texte : Christian Prévost, André Ulmer
Photo : France DUMAS