Serin cini

Publié le jeudi 28 février 2008


Serin cini Serinus serinus

Angl. : European Serin
All. : Girlitz
It. : Vercellino

Photo de Serin Cini, (c) Clément ROUARD

En Europe, cette espèce originellement méditerranéenne niche actuellement de la péninsule ibérique à l’ouest de la Russie et atteint les côtes de la mer du Nord et de la Baltique. Le Serin cini occupe l’ensemble de la France et de Rhône-Alpes où il arrive au 18ème rang des espèces les plus représentées dans le présent atlas. Les absences constatées sur la carte résultent probablement d’un manque de prospection, à l’exception sans doute des massifs alpins les plus élevés. Le Serin peut cependant atteindre 1 700 m dans le mélézin en Tarentaise et dans les pinèdes d’adret en Maurienne (73 - [R]). Aux confins de Rhône-Alpes, sa présence a aussi été notée les 24 et 26 juin 1969 à 2 056 m au col du Lautaret (05). De même, un individu chantait à 1 875 m le 28 juillet 1973 à Val d’Isère (73). Enfin, des adultes nourrissaient un jeune à 1 520 m le 10 juillet 1992 au Reposoir (74).

Serin cini, photo France DUMAS © 2008
Serin cini, photo France DUMAS

Si le Serin possède une large distribution régionale, sa densité semble supérieure dans la partie méridionale de Rhône-Alpes ; il apprécie en effet particulièrement la chaleur et les expositions favorables. On le rencontre dans des milieux variés, des vignes aux boisements clairs en passant par les jardins. (C’est d’ailleurs surtout autour des habitations qu’on l’observe dans les régions les plus fraîches, comme par exemple en Bresse). Sa prédilection pour les conifères semble nette, en particulier pour l’installation du nid. En Ardèche, dans des milieux a priori non optimaux, des IPA de 0,7 sur le plateau des Gras et de 1,1 en ripisylve ont été obtenus.

Serin cini, couple, photo France DUMAS © 2008
Serin cini, couple, photo France DUMAS

Le Serin cini est un migrateur partiel en Rhône-Alpes. Son hivernage reste marginal dans le nord, mais semble plus important en basse vallée du Rhône, notamment autour de Valence (26). Il peut à l’occasion se dérouler dans un cadre totalement urbain, comme par exemple dans le quartier de la Part-Dieu à Lyon (69) au cours de l’hiver 1994-1995. A la faveur d’une journée ensoleillée, les hivernants peuvent se mettre à chanter ; le chant a ainsi été noté pendant tous les mois de septembre à février. Un retour est sensible dès la mi-février dans le sud et au début de mars dans le reste de la région. Le passage bat son plein au début d’avril (maximum journalier de 175 individus le 7 avril sur un total observé de 678 individus au printemps 1984 au col de l’Escrinet - 07). Ces mouvements concernent alors, en partie au moins, des oiseaux nichant soit en altitude, soit au nord de Rhône-Alpes, car les chanteurs cantonnés semblent répandus dès la mi-mars dans la région.

Serin cini, juv, photo France DUMAS © 2008
Serin cini, juv, photo France DUMAS

Les pontes comprennent 3 ou 4 œufs (3,4 en moyenne sur 7 pontes rhônalpines) ; elles sont déposées entre le 30 avril (4 œufs en 1968 à Chaponost - 69 , mais le nourrissage de jeunes le 28 avril 1994 à Dardilly - 69 - prouve une date plus précoce) et le 17 août (en 1987 à Cormaranche - 01 - 750 m). L’étalement de ces dates suggère des remplacements et/ou des deuxièmes, voire troisièmes couvées. L’envol des jeunes peut se produire dès la mi-mai (le 15 mai 1988 à Corbas - 69), ce qui indique une ponte précoce vers le 15 avril ; il a été noté jusqu’au 3 septembre au moins (en 1990 dans un jardin à Péronnas - 01). Un peu plus d’un mois suffit pour l’ensemble de la reproduction, comme l’indique le suivi en 1998 dans le même jardin d’un nid placé sur un épicéa d’Engelmann : début de construction du nid par le couple le 1er juin, accouplements et poursuite de la construction par la femelle seule le 8 juin, puis envol des jeunes le 4 juillet.

Serin cini, mâle, photo France DUMAS © 2008
Serin cini, mâle, photo France DUMAS

La migration automnale débute en septembre (par exemple le 11 septembre 1993 à Ceyzériat - 01) et se poursuit en octobre et novembre ; elle reste peu spectaculaire, avec un faible maximum journalier de 70 individus le 29 octobre 1993 sur le même site. Les oiseaux du nord-est de l’Europe transitent alors par notre région : trois oiseaux bagués en Allemagne (dont 2 en ex-RDA) ont ainsi été retrouvés en novembre en Rhône-Alpes. Certains poursuivent leur trajet : un oiseau bagué le 6 octobre 1966 au col de la Golèze (74) en migration a été tué le 8 décembre suivant à Barcelone. Ces oiseaux nordiques et orientaux retrouvent en Espagne une partie au moins des nicheurs rhônalpins (une reprise hivernale d’un mâle adulte bagué en juin dans la Loire ; un oiseau bagué en Espagne en mars repris à Grenoble - 38 - en juin). L’origine des hivernants rhônalpins n’est pas établie avec certitude : si la sédentarité à l’échelle régionale pour quelques oiseaux est envisageable, une migration en "glissement" des populations européennes, comparable à celle de la Mouette rieuse, paraît également possible.

Le Serin a connu une large expansion en France dès le XIXième siècle (Grolleau et Berthelot in [N]). L’évolution de ses effectifs en Rhône-Alpes n’est pas connue. Cependant, de par son caractère peu farouche, il s’adapte bien aux milieux anthropisés ; il ne semble donc pas menacé et pourrait au contraire bénéficier d’un éventuel réchauffement climatique pour poursuivre sa colonisation du nord de l’Europe.

Texte : Jean-Baptiste Crouzier
Photo : France DUMAS


Serin cini, mâle, photo France DUMAS © 2008
Serin cini, mâle, photo France DUMAS