Sarcelle d’été

Publié le jeudi 28 février 2008


Sarcelle d’été Anas querquedula

Angl. : Garganey
All. : Knäkente
It. : Marzaiola

Cet Anatidé occupe la moitié nord du Paléarctique en deçà du 65e parallèle ; il niche en France de manière dispersée et ses effectifs y subissent une érosion constante. Evalués à 1 000 ou 2 000 couples il y a 30 ans (Jouanin 1970), ils n’excédaient plus, en 1994, 230 à 250 couples (Girard in [N] 1994). Les populations rhônalpines, essentiellement concentrées en Dombes et en Forez, ont connu une tendance similaire. Ainsi, l’évaluation de 130 couples dombistes et 40 foréziens pour les années 1970 (Lebreton et al. 1991) doit aujourd’hui être au minimum divisée par 4. Les quelques autres couples rhônalpins dispersés en Bresse, Val de Saône, Ile Crémieu, Grésivaudan, Haut-Vivarais (à St Cyr - 07) ou du Bourget permettent d’envisager un effectif régional compris entre 30 et 50 couples. Cette distribution reflète l’attrait de la Sarcelle d’été pour les zones humides peu profondes, fortement végétalisées et situées à proximité immédiate de prairies pâturées. L’espèce peut donc nicher sur les étangs, dans les marais mais aussi sur des bassins de lagunage (comme à Ste Marie d’Alloix en Grésivaudan - 38) ou sur de petits bras morts de rivière (comme dans les prairies de bord de Saône à La Truchère - 01). Les premiers migrateurs printaniers arrivent en moyenne le 24 février (n = 36, entre 1961 et 1999). Le passage bat son plein en mars-avril ; souvent dispersé, il ne donne pas lieu à des rassemblements excédant quelques dizaines d’oiseaux. Les couples étant formés dès les quartiers d’hiver (comme chez la plupart des canards de surface), le cantonnement peut être assez rapide. Les pontes débutent vers la fin d’avril mais sont parfois plus précoces comme en attestent les observations d’une ponte forézienne (42) le 15 avril 1961, d’une autre en Haut-Vivarais (42) le 17 avril 1996 ou celle d’une famille de 11 poussins rencontrée le 6 mai 1972 au confluent Ain/Rhône (01). Ces dernières années, la raréfaction de l’espèce a cependant conduit à des découvertes plus tardives, généralement celles de familles composées de grands jeunes non encore volants, observées entre la mi-juin et la mi-juillet, une femelle conduisant 4 poussins de moins de 10 jours ayant même été observée à Marlieux (Dombes - 01) le 18 juillet 1998. Une étude menée au plan national et portant sur 72 nichées, dont 14 dombistes, a d’ailleurs permis de noter des dates d’envol réparties entre le 20 juin et le 28 août (M.N.H.N. et O.N.C. 1989).

Les rassemblements post-nuptiaux culminent au mois d’août (maximum exceptionnel d’environ 10.000 individus en Dombes à la mi-août 1983, puis de 340 à Lapeyrouse (01) le 13 août 1998 (Bernard 1986) et de 230 à Birieux (01) le 24 août 1996). Ils concernent alors des oiseaux locaux rejoints par d’autres plus nordiques, dont le baguage a prouvé qu’ils pouvaient venir d’Allemagne, de Suisse ou des Pays-Bas. La plupart des sarcelles d’été quittent la région avant l’automne et l’espèce devient rare en octobre, tout à fait exceptionnelle en novembre (dates tardives du 28 novembre 1968 et du 14 novembre 1996, en Dombes). La Sarcelle d’été est l’un des rares canards français n’hivernant pas dans notre pays mais en zone subsahélienne (comme en atteste la reprise au Mali, en janvier 1985, d’un poussin bagué l’été précédent à St André le Bouchoux - 01). Il n’existe aucune donnée rhônalpine en décembre et les mentions de janvier (9 janvier 1970 et 9 janvier 1972 à Villars les Dombes (01), 30 janvier 1999 à Versailleux - 01) concernent vraisemblablement des avant-coureurs particulièrement précoces.

L’avenir rhônalpin des populations nicheuses de la Sarcelle d’été passe évidemment par la préservation de zones humides bien végétalisées exploitées de manière non intensive. Il dépendra aussi de la détermination des périodes de chasse au gibier d’eau : celles-ci devront être mieux adaptées au calendrier de reproduction d’une espèce dont la fragilité au plan national ne permet plus d’envisager qu’elle ait à subir des prélèvements cynégétiques.

Pierre Crouzier