Rousserolle verderolle

Publié le jeudi 28 février 2008


Rousserolle verderolle Acrocephalus palustris

Angl. : Marsh Warbler
All. : Sumpfrohrsänger
It. : Cannaiola verdognola

Espèce européenne, la Rousserolle verderolle présente une aire de répartition allant du Caucase à l’est, du sud de la Scandinavie au nord et des Balkans à la France au sud. Le territoire français n’est occupé que dans une frange nord-est (de la Manche à l’Alsace), ainsi que dans le Jura et le nord des Alpes.

La population rhônalpine occupe donc la limite sud-ouest, ce qui l’expose à d’importantes variations de répartition et d’effectifs, mais ceci n’est guère documenté dans notre région. La répartition régionale se limite pour l’essentiel au Jura et aux Alpes du nord ; le département de la Drôme n’est qu’effleuré par l’espèce dans l’extrême nord-est (massif du Vercors), celui du Rhône évité (en dépit d’un chanteur en biotope favorable le 5 juillet 1989 dans l’Est-Lyonnais, Renaudier 1990) ; tous les massifs sont occupés, ainsi que la plupart des vallées, jusqu’à 2 050 m en Maurienne, où la Verderolle a même été observée jusqu’à 2 130 m (col du Tricot le 10 juillet 1984). A côté de cela, on rencontre une "population" de plaine autour du lac du Bourget (230 m) et dans les marais de l’Ile-Crémieu où, à l’instar des vallées intra et périalpines, se retrouvent la végétation dense et le climat humide qu’elle affectionne. Trièves, Vercors et Oisans marquent la limite sud de l’espèce en Rhône-Alpes, et presque en France (ultime population en Ubaye, Erard 1983 in François 1994).

Humidité, fraîcheur et luxuriance végétale résument bien les exigences écologiques de la Rousserolle verderolle. En plaine, elle prend le pas sur l’Effarvatte avec l’embroussaillement, la fermeture et l’atterrissement des roselières vieillissantes, utilisant également les fouillis de reines des prés, orties ou hautes herbes qui les bordent (cas également d’un jardin avec hautes herbes et petits pois, en Bresse, le 18 juillet 1979). Les prairies pures à hautes herbes (ombellifères, géranium, rumex et reines des prés) ne sont pourtant utilisées par l’espèce qu’en montagne, peut-être tout simplement parce qu’en plaine de tels habitats ne se rencontrent plus guère. Les aulnaies vertes ou blanches peuvent ainsi accueillir la Verderolle en faible densité (respectivement 0,2 et 1,2 couples aux 10 ha en Vanoise), jusqu’à plus de 2 000 m d’altitude, à condition de n’être ni denses ni pures, mais de laisser au contraire une large place à ces "mégaphorbiaies", dominées par la Laitue des Alpes ou le Pétasite ; c’est ce biotope de montagne, répandu dans les étages montagnard et subalpin, qui abrite la majeure partie des couples de verderolles des Alpes du Nord, en versants nord et ouest, dans les talwegs et les zones humides. Dans certaines prairies humides de Bessans (1700 m), Isenmann (1988) et Tournier (1974) notent respectivement une abondance de 5,2 mâles chanteurs / km et une densité de 8 mâles aux 10 ha ; sur l’ensemble de ces prairies (136,5 ha), Miquet et Avrillier (1990) ont recensé 67 mâles chanteurs, soit 4,9 aux 10 ha ; une densité moyenne de 6 mâles aux 10 ha est constatée dans deux roselières embroussaillée de l’Albanais.

Migrateur au long cours (hivernage en Afrique sud-orientale), la Rousserolle verderolle est un des derniers oiseaux à revenir en Rhône-Alpes, sans doute en partie selon un parcours est-ouest depuis l’est du bassin méditerranéen ; en effet, les premières sont observées en mai dans le nord de la région : Haute-Savoie (1er mai 1988 et 12 mai 1985 au delta de la Dranse, 12 mai 1983 à l’Etournel, 11 mai 1986 à Sillingy) et Ain (8 mai 1987 aux marais de Lavours, 18 mai 1988 à Bellegarde). Les premières observations de l’Isère sont plus tardives (12 mai 1979 à Haute Jarrie, 19 mai 1983 à Vizille). Une fidélité au territoire semble la règle (contrôle le 20 juin 1989 d’un individu bagué le 24 juin 1987 à Lavours) ; dès leur retour, les mâles recherchent des postes de chant, alors rares dans les milieux prairiaux : en l’absence de bosquets, les chanteurs sont alors obligés de se concentrer, ce qui exacerbe leur agressivité.

Un nid est en construction le 30 mai 1990 à Sarrières (74), mais le chant ne bat son plein que courant juin. A Bessans (Maurienne, 1 700 m), pour trois nids trouvés en 1989, la ponte a débuté le 10 juillet, le 1er juillet, et la dernière décade de juin (Miquet et Avrillier 1990). L’élevage des jeunes ne démarre guère avant juillet, même en plaine : 2 jeunes nouvellement sortis du nid le 13 juillet 1992 à Lavours (01), nourrissages le 20 juillet 1987 à 1 400 m en Tarentaise (73), le 18 juillet 1977 à Samoëns (74, 2 couples). Sauf exception, une seule nichée est élevée. La capture d’un oiseau migrateur à Grignan (26) le 8 septembre 1980, montre l’utilisation du couloir rhodanien pour la migration d’automne ; dernière observation régionale le 25 octobre 1983 au Grand Lemps (38).

Dans l’Atlas de 1977, la récente apparition de la Verderolle en plaine était relatée et l’espèce comparée à la Grive litorne ; l’extension d’aire de cette Rousserolle est également sensible à l’échelle française entre 1975 et 1985 (François 1994). En Rhône-Alpes, il est clair que la conquête des basses altitudes est aussi une réponse à l’évolution des marais de plaine, certes aidée par cette situation démographique favorable ; si celle-ci se poursuit, les ripisylves et bas marais du Rhône moyen et de la Saône seront à surveiller dans les années qui viennent. Le dynamisme actuel de la Verderolle ne doit pas masquer une certaine vulnérabilité, du moins pour les populations de plaine tributaires de marais souvent petits et voués au boisement qui, s’il la favorise dans un premier temps, finira à moyen terme par l’évincer. En montagne, les meilleurs biotopes de Haute-Maurienne, par exemple, ont subi un remembrement, permettant une intensification agricole néfaste à la faune des prairies, du fait des fauches précoces et synchronisées, de la disparition des haies et de la banalisation floristique due aux engrais et aux drainages.

André Miquet