Rousserolle turdoïde

Publié le jeudi 28 février 2008


Rousserolle turdoïde Acrocephalus arundinaceus

Angl. : Great Reed Warbler
All. : Drosselrohrsänger
It. : Cannareccione

De catégorie faunistique paléarctique, la Rousserolle turdoïde est largement répandue depuis la péninsule ibérique et le Maroc jusqu’au Kazakhstan, mais manque totalement dans les Iles Britanniques et dans presque toute la Scandinavie.

En France, sa répartition est difficile à interpréter : presque absente des départements situés au nord-ouest d’une ligne reliant la Loire-Atlantique à l’Eure-et-Loir et à la Somme, l’espèce est peu représentée sur les contreforts sud-ouest du Massif central.

En Rhône-Alpes, sa présence recouvre assez bien aux régions d’étangs : plaine du Forez dans la Loire, Dombes (mais presque pas en Bresse) dans l’Ain, Ile Crémieu dans l’Isère. Des populations moins importantes existent là où subsistent encore des zones de végétation palustre suffisamment étendues : marais de Lavours (01) et de Chautagne (73), rives du lac du Bourget (73), Basse Vallée du Rhône (07 et 26). L’espèce reste confinée aux régions de basse altitude et les chanteurs entendus au marais de Vaux (01) à 730 m en juin 1982 (2 oiseaux) et mai 1983 (un isolé) demeurent des exceptions.

Les exigences de la Turdoïde sont bien supérieures à celles de l’Effarvatte. La première fréquente les grands massifs de phragmites, à l’occasion les typhaies ou les scirpaies lorsqu’elles sont proches des phragmitaies ; les cladiaies, peut-être trop denses, ne semblent pas la retenir dans notre région. La présence d’arbres, le plus souvent des saules et parfois des aulnes, n’est pas négative à condition qu’ils soient épars. Ces exigences écologiques font que l’espèce est à peu près deux fois moins répandue que l’Effarvatte en Rhône-Alpes. Les densités sont très variables selon les sites, d’autant plus que des concentrations de forme coloniales existent çà et là. Les valeurs maximales, relativement anciennes, datent d’avant la raréfaction de l’espèce constatée à l’échelon européen. Au marais de Lavours, la densité était de 1,5 à 1,8 couple par ha atteignait 8 à 11 couples sur la même surface dans la réserve de Villars les Dombes (01, Bournaud et Ariagno 1969). Nous sommes encore loin du nombre remarquable (probable record européen) de 40 à 50 chanteurs sur l’îlot d’un ha d’un étang dombiste (Meylan 1938). Actuellement, des densités d’un à 2 chanteurs par hectare doivent être considérées comme importantes.

Comme toutes les Rousserolles, la Turdoïde est une migratrice intégrale. Au printemps, les premiers oiseaux reviennent à la date moyenne du 20 avril (n = 36, entre 1961 et 1999). Il faut remarquer à cet égard que cette date est identique à celle signalée dans l’atlas précédent [R] et cela malgré l’augmentation de la pression d’observation ; si nous ne prenons en compte que la période 1990-1999, cette date est même repoussée au 25 avril. Faut-il y voir un effet de la régression de l’espèce ? Les dates extrêmes des premières arrivées sont le 4 avril 1978 à Lapeyrouse (01) et les 1er mai 1991, 1997 et 1999 en Dombes. Toutefois, trois dates (non prises en compte dans le calcul de l’arrivée moyenne) sont beaucoup plus précoces : un chanteur vu à Optevoz (38) le 14 janvier 1981, un chanteur vu à Versailleux (01) le 25 février 1994, un chanteur entendu à Viviers du Lac (73) le 26 février 1977. Les chants les plus intenses sont entendus de l’arrivée des oiseaux à la fin juin. Parfois, des migrateurs peuvent se cantonner momentanément dans des milieux qui ne leur sont pas favorables : un chanteur dans un buisson loin de l’eau à Dardilly (69) le 23 mai 1989, un chanteur dans un verger à Bellegarde (01) le 3 mai 1990. Au début de juillet, les chants s’espacent considérablement et deviennent exceptionnels en août : le 2 en 1982 au Pouzin (07), le 14 en 1986 à Saint Félix (74).

La reproduction est peu étalée dans le temps. Trois poussins d’une semaine le 6 juin 1970 à Villars les Dombes indiquent une ponte vers le 15 mai alors que des jeunes ne volant pas encore le 3 août 1995 dans la Drôme suggèrent une ponte aux environs du 10 juillet. Des secondes pontes annuelles ont été suspectées à quelques reprises en Dombes mais n’ont jamais pu être démontrées. Les pontes complètes observées en Rhône-Alpes comptent 4 à 5 oeufs (4,6 pour 20 pontes trouvées sur la réserve de Villars). Sur 15 pontes totalisant 68 oeufs, 54 poussins s’envolèrent, démontrant un succès de 79 % (Bournaud et Ariagno 1969).

Après la reproduction, les turdoïdes semblent quitter rapidement notre région. Bien peu sont encore notées en septembre et seules deux données d’octobre sont connues : le 4 en 1971 à Villars les Dombes, le 13 en 1994 à Thonon (74). La mention d’un oiseau chanteur (!) le 23 novembre 1987 à Montcarra (38) est d’autant plus étonnante. Un oiseau bagué poussin à Marlieux (01) le 21 juin 1959 a été repris le 6 mars 1962 en Côte d’Ivoire alors qu’un immature marqué le 7 août 1964 en Allemagne et retrouvé le 20 mai 1965 dans l’Isère n’avait peut-être pas fini de migrer.
L’importante régression de l’espèce, constatée partout en Europe depuis le début des années 1970 et qui paraît s’accentuer depuis une quinzaine d’années, a été attribuée à la réduction des habitats favorables. Le maintien des phragmitaies inondées, voire leur restauration lorsqu’elles ont disparu, paraît le seul garant de la pérennité de la reproduction de la Rousserolle turdoïde en Rhône-Alpes.

Alain Bernard