Rousserolle effarvatte

Publié le jeudi 28 février 2008


Rousserolle effarvatte Acrocephalus scirpaceus

Angl. : Reed Warbler
All. : Teichrohrsänger
It. : Cannaiola

La Rousserolle effarvatte occupe les zones tempérées de l’ouest du Paléarctique et de l’Asie occidentale. En Europe, elle est présente de l’Angleterre à l’Iran, de la Baltique au Maghreb. Sa répartition française est relativement uniforme, bien qu’elle soit moins commune dans le tiers méridional du pays que plus au nord. La carte rhônalpine de l’espèce reflète cette tendance. L’Effarvatte est bien répartie dans les zones de plaine ponctuées d’étangs, de lacs et de marais telles que la Dombes (01), la Bresse (01), le Haut Rhône (01/74), le Forez (42), l’Ile Crémieu (38) et le Rhône-Bourget (74) ; plus au sud, elle n’est régulièrement présente qu’au bord du Rhône, à la faveur de quelques secteurs de végétation palustre indispensable à son installation. Essentiellement nicheuse en plaine, l’Effarvatte occupe aussi de manière marginale des secteurs d’altitude modérée. Elle fut ainsi rencontrée à 995 m en Haute-Savoie ([R]) et niche chaque année sur les marais de La Mure (38) à 860 m et au marais de Vaux (01) à 850 m. Sur ce site, quelques couples occupent une modeste phragmitaie où ils côtoient les rousserolles verderolles communes dans les zones herbacées environnantes. A moins de 80 km de là, au lac des Rousses (39), les deux espèces nichent dans des conditions identiques, à plus de 1 050 m d’altitude.

Cette relative souplesse écologique de l’Effarvatte lui permet aussi d’opter pour des zones de végétation palustre assez exiguës, par exemple en bord de dragage ou de rivière. Elle demeure cependant avant tout l’hôte des belles roselières, à phragmites (où elle côtoie la Turdoïde), mais aussi à scirpes ou à typhas. Dans ces secteurs favorables furent dénombrés 3,1 à 6,2 couples par ha dombiste de Scirpeto-phragmitetum (1 couple par ha de phragmitaie au marais de Lavours [R]). Le 8 mai 1998, à St Didier d’Aussiat (01), un petit étang bressan à la végétation particulièrement favorable accueillait 18 chanteurs sur 4,5 ha de roselière. Le dénombrement des effectifs de l’espèce est singulièrement compliqué par le fait que les migrateurs chantent abondamment alors que les mâles deviennent silencieux dès la formation des couples. Ainsi les mâles les plus jeunes peuvent-ils occuper jusqu’au début de juin des secteurs atypiques et y suggérer une nidification qui n’aura jamais lieu ; ce phénomène pourrait expliquer les observations d’oiseaux chanteurs semblant cantonnés au bord d’étangs asséchés ou dans des cultures (blé, colza). La capture à Lavours (01), le 14 juin 1998, de 3 adultes présentant les caractéristiques physiologiques de migrateurs ou la reprise en Lituanie , le 2 juin 1998, d’un oiseau bagué 9 jours plus tôt à Motz (73) en constituent deux autres exemples (Beauvallet et Goy., inédit). Les premières rousserolles effarvattes apparaissent dans notre région en moyenne le 12 avril (n = 19 années) données précoces : 1er avril 1980 à la Vanelle (26), 3 avril 1975 à Bourgoin (38), 4 avril 1993 à Sevrier (74). Chantant dès son arrivée, l’espèce est alors d’autant plus visible qu’elle occupe des phragmitaies encore desséchées par l’hiver. Dans le Haut Rhône, l’installation des nicheurs et le cycle de reproduction sont plus précoces d’une à deux semaines dans les phragmitaies du bord du fleuve que dans les marais plus éloignés de celui-ci (Beauvallet et Goy, inédit). Les premières femelles présentant des plaques incubatrices apparaissent parfois avant le 10 mai (le 8 mai 1994 à Motz - 73), mais la ponte intervient tardivement : au plus tôt dès la fin de mai et plus régulièrement en juin. Le nid est généralement construit dans les phragmites mais il a aussi été découvert sur des solidages (Solidago sp.) ou même dans un jeune saule. La plupart des envols ont lieu entre la mi-juin et la mi-juillet ; les plus tardifs semblent résulter de secondes nichées (par exemple celle ayant éclos le 28 juillet 1991 à Motz ou celle ayant conduit à l’observation du nourrissage de 3 jeunes volants le 25 août 1992 à Birieux - 01). A cette époque le passage postnuptial est déjà bien engagé ; il concerne dès la mi-juillet des adultes dont la nidification a échoué.

Dans les années 1990, au marais de l’Etournel (01/74) et sur d’autres sites du Haut-Rhône, plusieurs centaines d’oiseaux furent capturés entre août et octobre (mais notamment du 20 août à fin septembre). Cette technique a permis de préciser l’origine des migrateurs transitant par notre région : sur 22 reprises rhônalpines d’oiseaux bagués à l’étranger, 8 provenaient de Suisse, 4 de Suède, 1 de Pologne, 1 de Lituanie, 1 de Hollande, 2 autres avaient été antérieurement baguées en Espagne et en Italie, ce qui correspond aux deux voies distinctes susceptibles d’être empruntées par nos migrateurs. Enfin un oiseau capturé le 30 août 1978 à St Jorioz (74) et repris le 15 décembre 1983 à Marrakech, au Maroc, constitue la seule reprise africaine de l’espèce.
Les dernières effarvattes sont classiquement notées en octobre (date tardive le 9 novembre 1998 à Motz). Il s’agit alors exclusivement de jeunes ; les derniers adultes notés à Motz (généralement des femelles retenues par une famille tardivement émancipée) l’ont été, de 1984 à 1999, entre le 3 et le 17 septembre (Beauvallet et Goy, inédit).
Le maintien durable des populations rhônalpines de la Rousserolle effarvatte suppose avant tout une préservation des zones humides (et tout particulièrement des roselières) indispensables à sa nidification et à ses migrations.

Pierre Crouzier