Rougequeue noir

Publié le jeudi 28 février 2008


Rougequeue noir Phoenicurus ochruros

Angl. : Black Redstart
All. : Hausrotschwanz
It. : Codirosso spazzacamino

Rougequeue noir, photo Rémi RUFER © 2008

De catégorie faunistique paléoxéro-montagnarde, le Rougequeue noir a une répartition homogène en Europe moyenne, océanique et continentale ; il atteint au sud le Maghreb septentrional et au nord la Scandinavie méridionale. Dans les Iles Britanniques, l’espèce n’est présente régulièrement qu’en Angleterre ; sa répartition est lacunaire autour de la mer Noire et elle manque à la Russie européenne. En France, le Rougequeue noir ne fait défaut qu’à quelques secteurs de Bretagne, où il tend à gagner du terrain, et en Corse, où il n’est régulier qu’en hivernage. En Rhône-Alpes, la nouvelle carte de répartition ne montre des lacunes que là où la prospection a été insuffisante. En réalité, le Rougequeue noir est largement réparti et partout commun.

En France, la densité moyenne est estimée entre 800 et 2 000 couples pour 50 km² (Glue in [E]). A Verrières en Forez (42), des hameaux de 2 ha accueillent selon les années et les sites (qui sont plus ou moins attractifs pour l’espèce) entre 1 et 5 couples. Dans ces hameaux, les couples défendent des territoires de 1 000 à 9 000 m² ; Erard donne 15 000 m² en général pour la France (Erard in [N]). Au moment de la reproduction, le territoire défendu se resserre un peu. En revanche, les adultes vont chercher de la nourriture jusqu’à 500 m aux alentours du nid. A l’origine, le Rougequeue noir fréquente les milieux secs, rocailleux, accidentés, plutôt chauds, steppiques, méditerranéens ou de montagne. Depuis 1850, l’espèce est devenue largement commensale de l’Homme. Le Rougequeue noir est maintenant présent de la plaine jusqu’aux limites des neiges éternelles et dans la plupart des sites anthropisés ; il n’est absent que des grandes forêts, des prés et des milieux humides. Cependant, l’utilisation d’éléments végétaux - quand il y en a - lors de la migration, mais aussi dans le territoire de reproduction n’est pas négligeable : ils servent de refuge, de poste de guet, voire de poste de chant.

Rougequeue noir, photo Rémi RUFER © 2008

Dans notre région comme partout en France, le Rougequeue noir est devenu principalement un hôte des milieux anthropiques. Même en montagne, il s’est approprié les chalets et refuges. Chez nous, comme dans les Pyrénées, les mâles qui nichent encore dans les milieux naturels sont plus souvent des oiseaux de deuxième année. En secteur urbain, les banlieues, les parcs sont moins fréquentés que les zones industrielles, les bâtisses délabrées, les bâtiments publics ou les églises (présence de petits espaces verts ). Dans les sites ruraux, ils aiment particulièrement les alentours des exploitations agricoles qui les alimentent en insectes et ils sont moins abondants dans les hameaux qui ne sont pas habités en permanence. Le Rougequeue noir fréquente les mêmes milieux en hiver (Cramp 1988), mais lors de la dispersion des immatures, ainsi que pendant le passage, il apparaît au bord des routes et des chemins, sur des clôtures, dans les labours ou dans les buissons autour des pierriers.

Rougequeue noir, photo Rémi RUFER © 2008

En Rhône-Alpes, les premiers retours sont signalés entre la mi-février (le 7 février 1966 à Valence - 26) et la fin de mars (1er avril 1967 en altitude aux Carroz d’Arâches - 74). Le premier contact a lieu en moyenne le 23 février dans la Drôme, entre le 5 et le 7 mars en Ardèche, Ain, Loire et Rhône et le 14 mars dans l’Isère et les Savoie. La migration bat son plein dans la deuxième quinzaine de mars et au début d’avril et se poursuit jusqu’à la fin de ce mois. A Verrières en Forez (42), où une population a été suivie de 1993 à 1999, les retours des nicheurs locaux sont observés pour les plus rapides en même temps ou peu après les premiers migrateurs (date la plus précoce : le 5 mars 1997) et ont lieu en moyenne vers le 22 mars (+/- 3 jours ; n = 39). Les femelles reviennent plus tard (date la plus précoce à Verrières en Forez : le 28 mars 1998 ; moyenne autour du 2 avril, +/- 3 jours ; n = 9). La date moyenne d’arrivée peut varier de plus d’une semaine d’une année à l’autre, sans doute en fonction des conditions météorologiques. Les rougequeues noirs sont souvent fidèles à leur territoire d’une année sur l’autre, mais ce n’est pas systématique, et en général ce n’est pas le site de leur naissance (2 fois pour 129 oiseaux bagués au nid à Verrières en Forez, Juillard 1999 c).
Les premières constructions de nids sont signalées dans les premiers jours d’avril puis, au fil du mois, on relève les premières pontes, et même des envols (le plus précoce, le 22 avril 1990 à Ozan - 01). Cependant, la majorité des couvées normales naît en mai (à Verrières en Forez, entre le 2 mai et le 5 juin, date moyenne le 18 mai, n = 38). Des couvées de remplacements sont entreprises rapidement après un échec. Il y a en général une seconde couvée, dans le même nid ou non, qui éclot entre 40 et 60 jours après la première : entre le 16 juin et le 26 juillet à Verrières en Forez, date moyenne le 3 juillet (n = 28). Les derniers envols ont lieu normalement avant la mi-août (exceptionnellement le 6 septembre 1985 seulement à Taninges - 74). Une troisième couvée a été signalée trois fois en Rhône-Alpes (01, 26, 74). A Verrières en Forez, 70 nids découverts avec des jeunes de moins de 10 jours comptaient en moyenne 4,5 jeunes (de 3 à 6), sans différence entre les premières et les secondes couvées. Dans cette même localité, un cas de bigamie a été observé en 1997 probablement à la suite de la disparition d’un mâle. Lorsqu’éclosent les jeunes de la seconde ponte, ceux issus des premières pontes ont normalement été chassés par leurs parents. Ces immatures qui n’ont pas encore effectué leur mue post-juvénile commencent leur errance dès le début de juin, dans des milieux naturels ou anthropiques, où ils se mêlent aux rougequeues locaux. A Verrières en Forez, deux oiseaux qui avaient été bagués au nid ont été retrouvés à 1,25 km, 2 mois plus tard et à 2 km, 1 mois et demi plus tard. On les retrouve parfois l’année suivante sur les territoires qu’ils ont fréquentés pendant cette période. Les oiseaux de la seconde ponte peuvent rester plus longtemps sur le territoire parental ou à proximité.

Rougequeue noir, photo Rémi RUFER © 2008

Le passage postnuptial débute à la fin d’août, est peu visible en septembre, époque où les mâles se remettent à chanter, puis la migration devient nette en octobre. Des oiseaux sont notés parfois jusqu’à fin novembre (le 28 novembre 1973 à Chasse sur Rhône - 38), dans la seconde moitié du mois ; cela concerne des migrateurs tardifs ou des individus tentant d’hiverner. En moyenne, en Rhône-Alpes, le dernier oiseau est noté le 7 novembre (n = 28). A Verrières en Forez, les nicheurs locaux disparaissent dès la fin d’août et jusqu’à la mi-octobre : en moyenne, la dernière femelle est contactée vers le 5 octobre (+/- 5 jours ; date la plus tardive : le 16 octobre 1999), et le dernier mâle autour du 12 octobre (+/- 3 jours ; date la plus tardive : le 24 octobre 1999). Des femelles disparaissent parfois en juillet : elles effectuent peut-être une errance post-nuptiale comparable à celle des jeunes. Dès la disparition des nicheurs locaux, des oiseaux allochtones fréquentent les territoires délaissés. Ces migrateurs nocturnes se montrent assez souvent par deux ou trois lors du passage, mais on observe parfois des rassemblements de plusieurs dizaines d’oiseaux : maximum d’une centaine le 15 octobre 1986 à Torcieu (01).
Nos rougequeues noirs sont majoritairement migrateurs, hivernant dans la péninsule ibérique. En revanche, un oiseau marqué au nid à St Etienne en 1968 a été retrouvé mort le 1er février 1973 dans la même commune (retour précoce ou individu sédentaire ?). La présence hivernale en Rhône-Alpes, qui était décrite comme exceptionnelle dans le précédent atlas régional ([R]), semble être devenue rare mais régulière presque partout : l’Ardèche, et sans doute dans l’Ain, les vallées des Savoie (principalement des mâles), la région de Grenoble et l’agglomération lyonnaise ([H]) ; elle est occasionnelle en plaine du Forez et rare en montagne : un individu pendant l’hiver 1997/98 au col de la Loge, à 1 250 m (42). En Drôme l’espèce est répandue dans le sud-ouest du département. Ces oiseaux chantent parfois ; ils proviennent de l’europe du Nord, jusqu’au 18° de longitude Est (Glue in [E]).

L’espèce s’est très bien adaptée à l’homme et profite largement de ses aménagements.

Texte : Boris Juillard
Photo : Rémi RUFER