Rougequeue à front blanc

Publié le jeudi 28 février 2008


Rougequeue à front blanc Phoenicurus phoenicurus

Angl. : Common Redstart
All. : Gartenrotschwanz
It. : Codirosso

Rougequeue à front blanc, mâle adulte, (Phoenicurus phoenicurus), photo France DUMAS© 2008
Rouge queue à front blanc, mâle adulte, photo France DUMAS

Originaire d’Asie, le genre Phoenicurus a colonisé l’Europe mais le Rougequeue à front blanc P. phoenicurus, de catégorie faunistique européenne, n’a que peu touché l’ouest de ce continent ; ainsi le Portugal et l’Irlande ne comptent que peu de nicheurs. L’espèce est répartie de l’ouest de l’Asie aux zones boréales, tempérées et méditerranéennes de l’Europe. En France, les régions méditerranéennes, le Finistère, le pays de Caux sont peu habités. Cette répartition peut être calquée sur l’isotherme 5°C de janvier mise à part la notable exception de la Gironde et de la Charente Maritime.

Rougequeue à front blanc, femelle, photo France DUMAS© 2008
Rouge queue à front blanc, femelle, photo France DUMAS

Oiseau cavernicole, ce Rougequeue est surtout lié aux arbres de haut jet ; les résineux sont tolérés à condition qu’ils soient peu serrés ; il est surtout fréquent en plaine et en moyenne altitude. Considéré comme commun et sylvicole au 19ème siècle, il se retrouve aujourd’hui bien souvent dans le voisinage de l’homme.
Dans la région Rhône-Alpes, le Rougequeue à front blanc, présent dans tous les départements, est surtout commun en plaine, sauf si la pression agricole est trop forte (plaine de Bièvre - 38, par exemple), et à moyenne altitude, en général jusqu’à 800 m (Genevois-Annecy - 74), bien que l’altitude maximale de nidification soit sans doute largement supérieure, comme mis en évidence dans les Alpes du Sud (Coulomy 1999). Si l’espèce est bien implantée dans la Drôme, elle est rare à l’ouest de la vallée du Rhône, en particulier dans les districts du Vivarais et de la Basse Ardèche. Avec l’altitude, les écarts se creusent entre certaines zones où le Rougequeue à front blanc reste bien représenté (Arve Giffre - 74) ou d’autres, comme le Chablais (74), nettement moins favorisées. En Vanoise, elle est surtout présente sur les adrets en milieux de pins sylvestres ou de feuillus. Le caractère montagnard du climat n’est pas très favorable à l’espèce même si, localement, elle atteint 2 000 m, par exemple en Maurienne (73). Les plus fortes densités de nicheurs sont signalées dans les très vieilles forêts de feuillus à arbres dispersés, sur des vallons bien exposés, mais aussi dans les milieux péri-urbains, péri-villageois surtout, où alternent vieilles habitations, hangars, écuries, jardins murés, bosquets et haies vives ([N]). Les densités moyennes sont relativement faibles - 6 couples au km² par exemple en zone pavillonnaire à Villefontaine (38) dans la ville nouvelle de l’Isle d’Abeau - mais cohérentes avec d’autres régions : 2 à 5 couples au km² dans le Jura (Berne in G.N.F.C. 1984). Géroudet (1998a) cite 1 couple / ha dans les milieux favorables en Hollande et en Suisse (100 couples / km²). En région Rhône-Alpes, les densités maximales citées sont de 20 couples au km² en pinède sylvestre en Maurienne, de même en mélézein dans le Briançonnais ([R]). La comparaison des cartes de répartition de l’espèce dans le présent atlas et le précédent ([R]) ne montre pas d’évolution significative au cours des 20 dernières années.

Rougequeue à front blanc, juvénile, photo France DUMAS© 2008
Rouge queue à front blanc, juvénile, photo France DUMAS

Le mois de mars voit arriver les rougequeues à front blanc à la date moyenne du 26 mars (n = 37, de 1960 à 1997, dates précoces : 7 mars 1987 à Boën - 42, 8 mars 1994 à Samoëns - 74). D’autres oiseaux ne rejoignent leur site de nidification que plus tardivement, la migration étant perceptible jusqu’à la fin d’avril. Des reprises de bagues apportent des renseignements sur les mouvements des oiseaux observés en Rhône - Alpes : un mâle bagué à Beauduc (Camargue - 13) le 17 avril 1987 fut repris à Grésy sur Aix (73) trois jours plus tard un mâle finlandais de plus d’un an bagué le 21 mai 1970 fut repris en Isère le 8 mai 1974. Les premiers chants ne sont généralement entendus que dans la première décade d’avril (chant précoce : 27 mars 1989 à Saint-Martin du Mont - 01). Durant ce mois, le “ Rossignol des murailles ” fait aussi entendre son chant une grande partie de la nuit. Vers la mi-juin, les chants se font plus rares pour cesser à la fin de ce mois (dernier chant en moyenne le 22 juin, n = 19, chant tardif le 6 juillet 1987 à Bellegarde sur Valserine - 01). Les cavités sont fournies au Rougequeue à front blanc par les troncs creux, mais il utilise aussi des emplacements très variés, des nichoirs artificiels aux constructions humaines. La majorité des pontes (de 5 à 7 œufs) s’effectue autour du 12 mai (date précoce : 1er mai 1981) ; fin mai, la plupart des œufs sont éclos et les jeunes quittent le nid au bout d’une quinzaine de jours (date moyenne d’envol : 12 juin, n = 10 ; date précoce : 30 mai 1966, tardive : 7 juillet 1997). Une seconde nidification semble être assez rare : le 12 juin 1982 à Crest (26), avec envol le 10 juillet de deux jeunes, 5 œufs à Chanay (01) le 8 juillet 1984 (après envol de la première nichée le 20 juin 1984). Les juvéniles restent dépendants des adultes une dizaine de jours après l’envol.

Rougequeue à front blanc, femelle, photo France DUMAS© 2008
Rouge queue à front blanc, femelle, photo France DUMAS

Dès la mi-août, les rougequeues à front blanc, en particulier les juvéniles, commencent à quitter les lieux de reproduction. La migration d’automne s’étale sur plusieurs mois et s’achève généralement en octobre (date moyenne de la dernière observation : 15 octobre, n = 32) et seules de rares mentions sont faites en novembre (dates tardives : 11 novembre 1982 à Chabeuil - 26, 15 novembre 1981 à Saint-Paul d’Uzore - 42. L’espèce hiverne dans la bande sahélienne et le Haut Nil jusqu’au Kénya. Des oiseaux de la région Rhône-Alpes ont été repris soit en Espagne (migration), soit au Maroc (hivernage).

Rougequeue à front blanc, photo France DUMAS© 2008
Rouge queue à front blanc, photo France DUMAS

Les grandes sécheresses du Sahel ont eu pour conséquence une baisse sensible des effectifs européens. Entre 1970 et 1990, cette diminution a affecté deux tiers des pays européens. Cette régression n’a touché que très partiellement la France et la carte de répartition de 1975 (Yeatman 1976) traduisait déjà une nette remontée des effectifs. La comparaison avec la carte de 1989 ([N]) montre une stabilité fragile avec une augmentation des indices de nidification dans le nord. Ces données sont en cohérence avec la plupart des atlas régionaux ou départementaux même si l’on peut parfois noter une légère expansion en France vers le sud (C.O.Gard 1993), la première nidification en Provence datant de 1962 (Olioso 1996). Cette espèce dont la population mondiale est concentrée en Europe, est classée vulnérable en raison d’un grand déclin de ses effectifs (Tucker et Heath 1994). En Europe, la destruction des haies et des vieux arbres entraîne la raréfaction des cavités naturelles et l’utilisation des pesticides diminue les proies potentielles de l’espèce. L’épandage massif d’insecticides et l’avancée du désert perturbent ses conditions d’hivernage en Afrique. Ces différents facteurs interviennent de façon complexe et défavorable sur les populations de Rougequeue à front blanc. Seule l’extension des zones pavillonnaires, des parcs et des jardins, permet à cet oiseau de trouver de nouveaux milieux de reproduction. Etant incapable de creuser ou même d’aménager une cavité de nidification, il se contente de cavités artificielles très variées, où il pourrait se trouver en compétition directe avec le Rougequeue noir, d’autant que celui-ci niche plus tôt. Des batailles entre mâles ont été observées, dans lesquelles le Rougequeue noir semble souvent avoir le dernier chant ! La conservation d’arbres âgés, un autre mode de gestion sylvicole et la pose de nichoirs permettraient d’augmenter sensiblement le nombre des nicheurs.

Texte : Didier Bogey
Photos : France DUMAS