Rougegorge familier

Publié le jeudi 28 février 2008


Rougegorge familier Erithacus rubecula

Angl. : Robin
All. : Rotkehlchen
It. : Pettirosso

Rougegorge famillier, photo France DUMAS© 2008
Rougegorge famillier, photo France DUMAS

De catégorie faunistique européenne, le Rougegorge est une espèce polytypique représentée chez nous par sa race nominale ; il occupe la totalité de ce continent entre les latitudes 65° et 69° N dans les zones boréales et tempérées, jusqu’à la Méditerranée au sud et l’Oural à l’est ([N], Géroudet 1998a). L’ensemble des populations est compris entre les isothermes 13°C et 23°C de juillet (Mead 1984). Les estimations les plus récentes des effectifs européens varient selon les auteurs entre 17 et 43 millions de couples (Tucker et Heath 1994, [E]). En France, le Rougegorge fait partie des espèces les plus largement répandues. Bien que son statut global n’ait guère évolué depuis l’enquête de Mayaud (1936), une progression régulière et continue en direction du Midi est observée depuis le siècle dernier ([N]). Les effectifs français sont jugés fluctuants, compris entre 3 et 6 millions de couples ([N], Tucker et Heath 1994, [E]).

En Rhône-Alpes, la présente enquête a permis d’affiner le statut de l’espèce ; elle est commune dans tous les départements, mais sa répartition présente cependant quelques lacunes dans la Loire et l’Isère, reflets d’une moindre prospection plus que de réelles particularités de répartition. Les effectifs régionaux sont évalués entre 150 000 et 700 000 couples. Pour la période 1993-1997, ils sont jugés stables, ou très fluctuants sans tendance marquée à l’augmentation ou au déclin, reflétant la tendance nationale ([N]). Le Rougegorge est une espèce ubiquiste, présente de la zone planitiaire à l’étage sub-alpin. Si la limite de la zone de reproduction englobe la limite supérieure de la forêt, l’altitude moyenne de nidification est située aux alentours de 500 m (505 m, n = 124). Le Rougegorge est présent jusqu’à plus de 2 200 m dans les Alpes internes. En Vanoise, Lebreton et Martinot (1998) donnent une côte moyenne de 1 425 m. L’optimum écologique de l’espèce dans ce massif couvre les étages montagnard et subalpin, avec des mentions à 2 140 m au col du Mont Cenis le 20 juin 1976 et à 2 250 m à Villarodin Bourget (73) le 8 juin 1996. En Ardèche et dans la Loire, la limite supérieure de l’étage montagnard est atteinte : 1 137 m à Chalmazel (42) le 26 juin 1996, 1 197 à Lachamp-Raphael (07) le 31 mai 1997. Les cotes utilisées par le Rougegorge s’étendent donc de la plaine à l’étage subalpin, avec un attrait particulier pour les étages collinéen et montagnard.

Rougegorge famillier attrapant un ver de terre, photo France DUMAS© 2008
Rougegorge famillier, photo France DUMAS

L’habitat du Rougegorge est lié à un double gradient fraîcheur-chaleur et humidité-sécheresse. Attiré par les buissons touffus lui procurant fraîcheur et ombrage, il affectionne particulièrement les boisements frais et humides dans lesquels le sous étage est dense ; il peuple ainsi volontiers les ripisylves, les bordures de chemin en fond de vallons et les limites de clairières. A l’inverse, il devient plus rare sur sols secs et chauds. A proximité des agglomérations ou à l’intérieur de celles-ci, il occupe également des milieux semi-ouverts : bocages lâches, espaces verts urbains. Les densités sont connues pour les milieux forestiers aussi bien plaine qu’en altitude ([R], Lebreton et Martinot 1998). En plaine, elles oscillent entre 2 couples / 10 ha et 3,6 couples / 10 ha des chênaies de Dombes aux peupleraies de Chautagne (73). Dans les milieux forestiers d’altitude, la densité moyenne est de 2,7 couples / 10 ha. Les valeurs les plus élevées sont rencontrées en aulnaie verte, sapinière et pessière humide avec plus de 3 couples / 10 ha ; les moins élevées en mélézin, pinède sylvestre et ripisylve à Aulne blanc (Alnus alba) avec respectivement : 1,8 / 10 ha, 1,8 / 10 ha et 1,7 / 10 ha. Sur la réserve des Hauts-Plateaux du Vercors (38, 26), à 1 600 m d’altitude, un indice d’abondance kilométrique égal à 0,7 a été mis en évidence le 20 avril 1967, soit un oiseau cantonné tous les 600 m. Ces densités rhônalpines sont tout à fait en correspondance avec celles observées dans des milieux similaires dans des régions ou pays limitrophes. Ainsi dans le Jura, Berne (in G.O.J 1993) observe des densités oscillant entre 2 et 4 couples / 10 ha en pessière, les valeurs évoluant en fonction de l’altitude. Dans une sapinière clairièrée de la forêt d’Avignon (39), la densité atteint 7 couples / 10 ha. Dans les zones basses du canton de Vaud (Suisse), des valeurs de 7 à 10 couples / 10 ha. sont observées dans les chênaies-charmaies alors que les boisements d’altitude peuvent accueillir entre 2,6 et 6 couples /10 ha (Manuel in Sermet et Ravussin 1995).

Dans notre région, le cycle annuel de l’espèce est complexe. Pour Bournaud (1986), le Rougegorge est présent toute l’année mais hiverne en faible nombre (sauf en plaine), sa détectabilité étant plus élevée en mars juste avant sa période de reproduction, vraisemblablement en raison de mouvements migratoires identifiés à la mi-mars (Deliry et al. 1997). Par ailleurs une première vague de migration semble être très précoce comme cela a été révélé dans le nord du département de l’Isère, avec des mouvements sensibles dès la mi-janvier. Les reproducteurs rhônalpins sont essentiellement migrateurs et nous accueillons en migration et en hivernage des individus plus nordiques ([R]). Les retours sur les sites de nidification ont lieu en plaine dès la mi-février et seulement dans le courant du mois d’avril en altitude. En plaine, les premiers chants complets annonçant la proximité de la reproduction se font entendre plus intensément qu’en automne. La date moyenne en est le 15 février (n = 19), le plus précoce ayant été entendu en Rhône-Bourget (73) le 6 janvier 1983 et le plus tardif le 11 mars 1986 à Lent (01). Dans les zones péri-urbaines et urbaines, les nids sont souvent établis à quelques mètres du sol. La première ponte est déposée entre la mi-avril et la mi-mai, la seconde qui est fréquente mais non systématique, intervient dans le courant du mois de juin, la femelle laissant alors au mâle le soin d’achever l’élevage de la première nichée (Géroudet 1998b).

Rougegorge famillier juvénile, photo France DUMAS© 2008
Rougegorge famillier juv., photo France DUMAS

Le nombre moyen d’œufs par ponte est de 5,3 (n = 23), oscillant entre 4 et 7 œufs. Attestant de la sévérité des pertes pendant le séjour au nid, le nombre moyen de jeunes volants est faible (1,8 n = 8). Après la mue qui a lieu en juillet-août, la migration débute dès la mi –aôut. Elle s’intensifie à la fin de septembre pour battre son plein jusqu’à la fin du mois d’octobre et se poursuivre volontiers jusqu’en novembre. La date moyenne de passage est le 10 octobre (n = 8). Le mouvement migratoire le plus précoce a été constaté le 14 août 1996 à Izieu (01) et le plus tardif le 25 novembre au confluent Ain-Rhône (Deliry 1995 a). Quelques observations confirment l’activité migratoire nocturne de l’espèce : 56 individus sur un kilomètre de route au lever du jour à Ceyzériat (01) le 29 septembre 1990, 70 individus dénombrés sur 3,7 km à l’aube le 26 octobre 1991 à Grignan (26). Après la mi-novembre, les mouvements cessent et les déplacements de faible amplitude sont liés aux conditions hivernales. Ainsi que l’attestent les reprises de bagues, les hivernants rhônalpins sont originaires d’Allemagne et de Scandinavie (Finlande, Suède, Norvège, Danemark, Allemagne). Broyer (1982) a mis en évidence que lors des mouvements internuptiaux dans la région, les oiseaux sont originaires "à plus de 50 % de Fenno-Scandinavie et 39 % d’Europe centrale". Précisons en outre qu’une reprise réalisée par Grand (1990) d’un oiseau bagué à Prague (ex-Tchécoslovaquie, le 16 octobre 1978) et trouvé mort à Renage (38) le 20 juin 1985. La majorité des nicheurs rhônalpins hivernent sans doute sur la façade septentrionale du bassin méditerranéen, certains franchissant la Méditerranée comme le prouve cette reprise d’oiseau bagué en 1969 en Savoie et retrouvé en 1970 en Algérie (Tizi-Ouzou). Les oiseaux hivernants semblent être fidèles aux sites d’hivernage (Orsini et Bouillot 1995).

Petit Turdidé très commun, ce passereau n’est pas menacé. Il bénéficie d’un attachement particulier lié à sa présence dans les jardins et aux alentours des habitations pendant la mauvaise saison.

Texte : Olivier Iborra / CORA
Photos : France DUMAS