Rossignol philomèle

Publié le jeudi 28 février 2008


Rossignol philomèle Luscinia megarhynchos

Angl. : Nightingale
All. : Nachtigall
It. : Usignolo

Rossignol philomèle, photo France DUMAS© 2008
Rossignol philomèle, photo France DUMAS

Cette espèce du paléarctique occidental occupe toute l’Europe méridionale et moyenne jusqu’à la Pologne, la Roumanie et l’Ukraine à l’est. La limite septentrionale de sa répartition passe par le sud de l’Angleterre et le nord de l’Allemagne. Au nord-est, il est remplacé par le Rossignol progné (L. luscinia).

En France, le Rossignol n’est absent que d’une partie de la Bretagne et de la Normandie ainsi que des massifs les plus élevés.

Sa distribution rhônalpine montre sa désaffection très nette pour les sites dont l’exposition favorable ne compense pas l’altitude. En effet, s’il peut atteindre très localement 1000 m (2-3 chanteurs le 24 mai 1989 à Plaisians - 26), voire 1 200 m en Maurienne, le Rossignol ne dépasse en général pas l’étage collinéen ([R]). Ainsi en 1970, il n’était pas noté au dessus de 500 m autour de Rumilly (74).

Rossignol philomèle, juvénile, photo France DUMAS© 2008
Rossignol philomèle, juvénile

photo France DUMAS

Sa densité est élevée en Dombes (en moyenne 7 couples pour 10 ha dans les bois de la réserve de Dombes ; Bournaud et Ariagno 1969), avec même 4 couples pour 1,5 ha d’aulnaie-frênaie. Dans le marais de Billième (73), Tournier (in [R]) signale 9 à 10 chanteurs pour 10 ha, mais 10 fois moins en Chautagne (73) dans la peupleraie plantée et la ripisylve. En 1988, dans des secteurs moins favorables, 24 chanteurs ont été trouvés sur 100 ha à la Tour de Salvagny (69) le 16 avril, ainsi que des IPA de 1,2 couple/10 ha sur le plateau des Gras (07) et de 1,9 couples/10 ha en ripisylve ardéchoise. Le Rossignol est un oiseau des fourrés, qui fréquente tous les milieux arbustifs, humides (par exemple les ripisylves du Val de Saône, où son abondance est signalée) ou secs (comme les garrigues du sud de Rhône-Alpes). A l’occasion, il peut occuper des jardins urbains. Les adultes semblent fidèles à leurs sites de reproduction comme le montrent les reprises locales à Grignan (26) d’oiseaux bagués 1 et 2 ans auparavant.

Rossignol philomèle, juvénile, photo France DUMAS© 2008
Rossignol philomèle, juvénile, photo France DUMAS

L’arrivée du Rossignol se signale dans notre région par son chant puissant. Elle se produit en moyenne le 6 avril (moyenne de 33 années de 1960 à 1992). A la réserve de Villars les Dombes (01), la moyenne de 30 années (1963 à 1993) fournit une date plus tardive : le 14 avril (Cordonnier 1998b). La mention la plus précoce concerne un chanteur le 15 mars 1980 à Chassieu (69). D’avril au début de juillet, le chant retentit, de jour comme de nuit ; il cesse presque totalement en août (2 données seulement : un chant le 1er août 1991 à Dardilly - 69 et un chanteur le 9 août 1998 à Chanoz-Châtenay - 01). Fait exceptionnel, deux chanteurs ont été notés en septembre : le 15 en 1963 à Valence (26) et le 19 en 1978 en Belledonne (38). Des pontes complètes ont été notées entre le 22 avril et le 30 mai (moyenne de 4,6 œufs sur 9 pontes rhônalpines). Les jeunes s’envolent principalement en juin, avec des envols récents constatés du 19 mai au 10 août. Ce dernier cas concerne à l’évidence une seconde nichée, alors que l’observation de deux poussins en train d’éclore le 22 avril 1976 à Saint Just sur Loire (42) situe l’envol théorique au 6 mai, date remarquablement précoce.

Rossignol philomèle, photo France DUMAS© 2008
Rossignol philomèle, photo France DUMAS

En l’absence de chant, les rossignols deviennent très discrets et leur départ en migration s’effectue apparemment en août. Les dernières observations ont lieu en septembre (date tardive : le 9 octobre 1966 à Sermenaz - 69) ; elles sont peu nombreuses et paraissent se concentrer dans la Drôme, ce qui est sans doute partiellement dû au baguage régulier pratiqué dans ce département. Ainsi en 1988 à Grignan (26), cette activité a permis de mesurer l’accumulation de graisse spectaculaire d’un oiseau : 37,5 g le 7 septembre contre 23,0 g le 19 août ! Ce gain de poids de 63 % en 19 jours signale l’imminence du départ en migration. Deux données rhônalpines de baguage confirment que l’espèce fréquente la péninsule ibérique aux deux passages : un oiseau bagué le 21 avril 1985 à Majorque a été trouvé mort le 2 mai suivant à Die (26) et un jeune bagué à Crésine (73) le 1er août 1972 a été repris en Algarve (Portugal) le 28 septembre de la même année. Les quartiers d’hiver se situent en Afrique intertropicale (Clavier in [N]).

Le Rossignol ne paraît pas menacé à l’heure actuelle en Rhône-Alpes. Cependant son habitat est maltraité par les opérations de remembrement, les aménagements hydrauliques et l’urbanisation.

Texte : Jean-Baptiste Crouzier
Photos : France DUMAS