Rémiz penduline

Publié le jeudi 28 février 2008


Rémiz penduline Remiz pendulinus

Synonyme : Mésange rémiz

Angl. : Penduline Tit
All. : Beutelmeise
It. : Pendolino

La Rémiz penduline appartient à la faune paléarctique ; son aire de reproduction se situe du nord-est de la France au sud-est de l’ex-Union Soviétique, presque jusqu’à la côte pacifique, et de l’Italie à l’Iraq. Cette espèce a considérablement augmenté ses effectifs en Europe continentale de 1930 à 1965 et a étendu sa répartition à la fois vers l’ouest et le nord. Depuis, la Rémiz niche régulièrement aux Pays-Bas (1981), en Belgique (1987), en Suède (1986) et a atteint récemment (1985) la Finlande qui devient ainsi sa limite septentrionale. Signalons qu’en Suisse voisine, la reproduction de la Rémiz est irrégulière, 16 fois en 28 ans, entre 1952 et 1979 (Glayre in Géroudet et al. 1980). En France, la Rémiz était connue nicheuse avec de faibles effectifs en Basse Vallée du Rhône et en Camargue, jusqu’aux années 1980 où ses petites populations ont disparu pour des raisons non éclaircies. Sa nidification reste certaine dans l’extrême sud de notre pays, dans l’Aude et les Pyrénées Orientales. C’est, sans aucun doute, son installation et sa reproduction régulière en Lorraine, depuis 1986, qui marquent sa progression ([N]) ; elle a poursuivi son implantation durablement en Alsace dans la dernière décennie (Wassmer 1999).

Depuis 1977, le statut nicheur de la Rémiz n’a guère évolué en Rhône-Alpes. La seule preuve de nidification pour notre région, au sud de Valence, date du 16 juin 1975 ([R]). Depuis, aucun nid, et même aucune ébauche, n’ont été signalés ; bien reconnaissable, le nid est toutefois difficile à repérer. Les doutes actuels sur le statut de l’espèce sont à rattacher à des observations tardives d’oiseaux sur des zones favorables (en bordure des cours d’eau dans des saules ou dans la végétation palustre) : présence au marais de l’Etournel ( Collonges - 01) le 24 mai et le 1er juin 1995 (Charvoz), sur un site où deux nidifications avaient échoué en juin et juillet 1959 (Géroudet 1960) ; au moins un mâle chanteur repéré à Magneux-Hauterive (42) les 15 et 30 juin 1996. Si, dans les années 1970, la Rémiz penduline était assez rarement observée comme migratrice en Rhône-Alpes, ce n’est plus le cas actuellement, et l’espèce est régulière aussi bien à l’automne qu’au printemps. La Rémiz ne s’écarte que très rarement des grands cours d’eau ; ainsi, au passage postnuptial, l’espèce est surtout observée le long des cours d’eau principaux. Ce phénomène avait déjà été mis en évidence dans la haute vallée de la Durance (04) par Garcin (données non publiées 1980). En Provence, seulement 10 % des captures ont lieu à l’automne ; c’est l’inverse en Rhône-Alpes où cette saison concentre 90 % des reprises. Dans notre région, les rémiz suivent en large majorité la voie rhodanienne pour atteindre le plus directement possible la basse vallée du fleuve et la Camargue. En dehors du couloir fluvial rhônalpin principal, l’espèce est observée dans le département de l’Isère dans le couloir du Grésivaudan et dans la plaine de Bièvre. Dans l’Ain, elle est notée en Dombes : à Villars, 7 individus le 23 octobre 1983, et à Bouligneux, un individu le 18 novembre 1988 ; elle était aussi régulière au marais de Vaux-Hauteville dans le Bugey à 820 m, durant les automnes 1980 à 1985. Le passage automnal débute durant la dernière décade de septembre (une date précoce le 12 septembre 1990) et culmine dans la seconde décade d’octobre ; il décroît ensuite progressivement et les derniers migrateurs sont repérés dans la seconde décade de novembre (une date tardive le 25 novembre 1995 à Motz - 73). L’ensemble de ces éléments peut suggérer un changement de voie de migration.

Les déplacements de la Mésange rémiz dans notre région sont suivis depuis quelques années dans le cadre d’un programme initié par le C.R.B.P.O. (Centre de Recherche sur la Biologie des Populations d’Oiseaux). Sur plusieurs points de surveillance le long du Rhône, de la frontière suisse à la basse vallée drômoise (Motz, Décines-Charpieu, Valence, Viviers), les rémiz sont marquées après capture (603 individus de 1995 à 1998). Cette étude montre déjà qu’à Motz (73) le taux de contrôles par reprises est supérieur à 7 % (Beauvallet et Goy, inédit). Il s’agit d’une parmi les plus élevés d’Europe pour les passereaux. Cela indique que l’espèce est bien surveillée en Europe. Les rémiz baguées en Rhône-Alpes en période de nidification viennent principalement du nord-est de l’Europe : Allemagne (surtout à l’est), Pologne, République tchèque et Lituanie ; une seule donnée provient d’Espagne. Les rémiz de passage dans notre région poursuivent généralement leur route vers la Camargue. Nous ignorons la proportion d’oiseaux continuant soit vers le Languedoc et ensuite en Espagne, soit vers l’Italie. Pour le moment, nous ne disposons d’aucun contrôle de rémiz venant de Lorraine et d’Alsace et qui emprunterait ainsi la vallée de la Saône.
Certaines rémiz arrêtent leur migration d’automne et passent l’hiver en plaine du Forez : 7 citations hivernales dès 1975 (Rimbert 1999), en Basse Isère et surtout en Basse Vallée du Rhône : hivernage régulier depuis 1996 dans les roselières bordant le fleuve à Viviers (07), 18 oiseaux contrôlés à plusieurs reprises en phragmitaie entre le 20 novembre 1998 et le 15 février 1999 à Romans sur Isère (26). Ce phénomène est nouveau, même s’il ne concerne qu’une minorité d’individus. La limite de l’espèce en hiver arrive aux portes de Lyon ainsi que l’atteste le stationnement, de 2 rémiz passant deux mois sur un bassin de rétention d’eau d’autoroute à Vaux en Velin (69), en 1998. De premiers indices liés à des contrôles inter-annuels nous poussent à penser que les oiseaux pourraient être fidèles à leur site d’hivernage ; les rémiz hivernantes en Rhône-Alpes pourraient être des migrateurs tardifs qui choisiraient de ne pas poursuivre leur route jusqu’à la Méditerranée.

Les mésanges rémiz se déplacent souvent par petits groupes, pouvant atteindre la vingtaine d’individus et comprenant indifféremment les deux sexes, des adultes et des jeunes. Des contrôles regroupant des porteurs de bagues aux numéros successifs montrent que l’on a affaire vraisemblablement à des clans familiaux dont la cohésion est forte sur plusieurs mois ; ils dorment en roselière et recherchent particulièrement les massettes (Typha latifolia) en graines pour se nourrir. Sur les lieux de passage, les stationnements de plus de 24 heures sont rares. Par contre, nous avons connaissance de plusieurs cas de fidélisation au point de passage : une rémiz contrôlée sur son lieu de capture deux ans plus tard, deux rémiz retrouvées ensemble à Motz (73) le 24 mars 1996 avaient été baguées sur le site en novembre 1995. Le cas le plus rapide de déplacement pour une rémiz observé en Rhône-Alpes concerne un oiseau de première année bagué dans la région de Dresde (Allemagne) ; cet oiseau a parcouru au moins 808 km jusqu’à Motz en un maximum de 12 jours. Avec le mois de février, le flux migratoire s’inverse et des groupes remontent vers le nord. Les déplacements pré-nuptiaux sont surtout sensibles au début de mars pour le sud de la région et à la fin de mars pour le nord. L’observation montre que les rémiz se nourrissent essentiellement d’insectes dans les saules, dont la floraison est progressive avec l’altitude au cours de la remontée des vallées. De même, en remontant le fleuve, les oiseaux rencontrent les confluents et s’engagent plus facilement à contre-courant dans les vallées secondaires. On en retrouve au printemps en moyenne Isère, dans le Grésivaudan, dans les Baronnies, dans le Vivarais, au delta de la Dranse, en Val de Saône... y compris un groupe d’une dizaine sur la mare du campus de la Doua à Villeurbanne (69) le 21 mars 1983 ! Il arrive que des individus isolés traînent jusqu’en mai et juin, pouvant même adopter un comportement territorial sans suite.

Paradoxalement, la Rémiz penduline ne niche pas en Rhône-Alpes alors que les migrateurs n’ont jamais été aussi nombreux, que l’aire d’hivernage paraît s’étendre et que les conditions de reproduction (stabilité des sites, structure et nature de la végétation) semblent réunies dans de nombreux endroits, qui sont régulièrement fréquentés par cette espèce, notamment le long du Rhône. Des éléments biologiques nous font donc probablement défaut pour comprendre sa dynamique.

Yves Beauvallet