Râle d’eau

Publié le jeudi 28 février 2008


Râle d’eau Rallus aquaticus

Angl. : Water rail
All. : Wasserralle
It. : Porciglione

Râle d'eau, photo Rémi RUFER © 2008

Ce Rallidé est considéré comme gibier sur l’ensemble du territoire français. Espèce paléarctique, il présente une large distribution, s’étendant de l’Islande au nord-ouest, aux îles Kouriles à l’est, au Cachemire vers le sud-est, et descendant jusqu’au nord du Maroc et au delta du Nil vers le sud. Hormis des manifestations vocales nocturnes diversifiées et fréquentes, ses mœurs rendent délicates la mise au point et l’utilisation d’une technique fiable de recensement, ce qui a pour conséquence une vraisemblable sous estimation des effectifs ([E], Koenig 1992). En Europe, ceux - ci oscillent entre 129 000 et 240 000 couples ([E]). En France, selon Mayaud, il apparaissait commun en 1936 sur l’ensemble du territoire, dans les milieux favorables. Malgré une diminution de 20 % à 50 % entre 1950 et 1970 en Europe, la population française avec 25 000 à 30 000 couples est la plus importante du continent ([N]).

En Rhône-Alpes, la carte est le reflet des caractéristiques topographiques régionales. Les plaines et les plateaux rhônalpins abritent des milieux palustres denses, des cours d’eau et des queues d’étangs, qu’affectionne l’espèce. 60 % des indices de reproduction signalés en Rhône-Alpes sont situés en dessous de 600 m ; la tranche d’altitude de 300 à 400 m est la plus représentée. La faible attirance pour les milieux humides de montagne est confirmé par la rareté des indices de reproduction au dessus de 1 000 m (chants à 1 010 m à Lespéron - 07 - d’avril à août 1991). Les principaux noyaux de population sont situés dans les zones humides de basse altitude du Forez et de l’Ain à l’ouest, les milieux palustres du nord de l’Isère et de la Savoie au sud et la partie occidentale de la Haute-Savoie au nord-est. Le nombre important de districts colonisés depuis le premier atlas des oiseaux rhônalpins ([R]) est davantage le reflet d’une prospection plus assidue depuis vingt ans que d’une progression géographique réelle du Râle d’eau ou d’un accroissement de ses effectifs.

L’espèce recherche une nappe d’eau de 5 à 30 cm de profondeur recouverte par une végétation hygrophile dense ([E]). Elle est inféodée aux zones humides à fort couvert végétal. Les marais rhônalpins de faible taille, à fort couvert végétal, et les queues d’étangs avec végétation palustre sur les bordures offrent ces milieux très favorables ([R]). En Forez (42), les effectifs pourraient avoir localement subi la régression constatée à l’échelle nationale ([R]). En Drôme et Ardèche, le Râle d’eau est présent le long du réseau hydrographique de la vallée du Rhône et, ponctuellement, dans des milieux favorables de petite taille éloignés de cet axe.
Sous le climat continental de notre région, le Râle d’eau n’est que très partiellement sédentaire. Des retours précoces existent fin février - début mars : le 21 février 1981 à Saint Maurice l’Exil (38), le 2 mars 1997 à Saint Etienne (42), le 6 mars1968 à Optevoz (38).

Cependant, la majorité des reproducteurs arrivent dans la deuxième quinzaine du mois de mars (date moyenne d’arrivée : 20 mars, n = 9 années). L’installation des couples s’effectue rapidement. La nidification est très étalée, de mars à septembre. Les deux tiers des couvées éclosent au début du mois de juin (date moyenne : 5 juin, n = 19 nichées). Si l’espèce est connue pour être prolifique, le nombre de données précises confirmant cette caractéristique reste faible : un nid de 8 œufs, éclos entre le 13 et le 20 mai 1981 à Vercheny (26), un nid contenant 9 œufs en avril 1987 à l’Etournel (01). Ces tailles de ponte correspondent à celles données par Guillemont (in [N]). Les pertes de juvéniles sont importantes, car la taille moyenne des familles est de 1, 6 seulement (n = 12 nichées), la plus importante comprenant 6 jeunes. Des juvéniles non volants, issus de pontes de remplacement ou de secondes pontes normales, sont observés jusqu’à la fin du mois d’août : le 15 août 1983 au Grand Lemps (38), le 21 août 1984 à Villars (01), le 21 août 1991 en Dombes (01), le 27 août 1983 à Villars les Dombes (01).

Après un stationnement prolongé en fin d’été, les départs en migration interviennent en octobre-novembre (date moyenne des dernières abservations le 8 novembre, n = 6 années), les plus tardifs se situant à la fin de ce mois. En hiver, la vallée du Rhône accueille nombre d’oiseaux essentiellement originaires d’Allemagne, des Pays-Bas, de Belgique ainsi que des pays d’Europe de l’Est ([H]). Ainsi, un individu bagué jeune en Tchécoslovaquie est repris à Berrias (07) en août 1965 ; deux individus bagués en Allemagne sont repris en Isère en novembre 1967 et en décembre 1969.

S’il est malaisé de quantifier avec précision les effectifs des populations de Râle d’eau, et même si le nombre de districts où l’espèce est présente est nettement plus important qu’il y a vingt ans, les effectifs des populations rhônalpines sont affectés d’une forte diminution. Ce constat est aussi (avant tout ?) le reflet de la régression sévère des zones humides. Celle-ci est imputable, entre autres, au drainage et à l’assèchement des marais, pour permettre la mise en place d’une maïsiculture intensive, et aux remembrements liés aux grands projets d’aménagement du territoire (Lierdeman et Jubault 1995). La fragmentation et la réduction de biotopes favorables pourraient être, dans l’avenir, les causes principales de la diminution de ce Rallidé aux moeurs discrètes.

Texte : Olivier Iborra
Photo : Rémi RUFER