Pouillot fitis

Publié le jeudi 28 février 2008


Pouillot fitis Phylloscopus trochilus

Angl. : Willow Warbler
All. : Fitis
It. : Lui grosso

Espèce paléarctique, le Pouillot fitis est un passereau commun et bien répandu en Europe tempérée et arctique et dans la majeure partie de la Sibérie ; il niche dans les deux tiers nord de la France. Le long d’une ligne Savoie-Pays de Loire, sa distribution devient plus irrégulière bien qu’une légère progression vers le sud ait été récemment mise en évidence (Raevel in [N]). Il estime la population française entre 2,5 et 4,5 millions de couples.

Par rapport au premier atlas régional ([R]), la présente carte ne fait pas apparaître de modifications majeures ; seule nouveauté, la nidification en Tarentaise (73). Remarquons aussi le nombre d’indices "probable" dans la moitié sud de la région, plus précisément ceux reportés en Ardèche et en Drôme, phénomène essentiellement dû aux migrateurs tardifs. Ceux-ci chantent à la fin de mai et peuvent ainsi laisser croire à une nidification. De même, ces migrateurs donnent l’impression de fortes densités lorsqu’ils traversent des secteurs où les fitis autochtones nourrissent déjà depuis quelques semaines.

Le seul calcul de densité du Pouillot fitis qui ait été effectué en Rhône-Alpes figure dans le précédent atlas ([R]) : 6,8 ± 1,2 couples / 10 ha dans les Monts de la Madeleine, à 1 000 m d’altitude en pessière tourbeuse, en 1973 et 1974 ; cette valeur mériterait d’être comparée à d’autres sites de la région, dans un contexte de limite méridionale de distribution, ou bien à celles de milieux analogues dans d’autres régions : dans une tourbière de la Manche, Colette (1984) donne 13 couples / 10 ha. La densité en milieu bocager est de l’ordre de 0,6 couples / 10 ha, mais dans certaines forêts humides du Nord Pas de Calais, elle peut atteindre 20 couples / 10 ha (Raevel 1991).

Le Pouillot fitis occupe une grande variété d’habitats, pourvu que soit présente une strate buissonnante ni trop fournie ni trop dense. Il recherche aussi une certaine humidité et sans que ce soit un facteur limitant, quelques arbres espacés, pas trop élevés. Les plantations récentes, les coupes forestières en régénération, la ripisylve arbustive des fonds de vallées alpines (saulaie/aulnaie verte), les pelouses sèches des milieux alluvionnaires de l’Est Lyonnais d’où émergent quelques bouleaux et peupliers rachitiques, les queues d’étangs, les tourbières, les anciennes gravières colonisées par les salicacées conviennent à l’espèce. Le Pouillot fitis monte peu en altitude : le maximum se situe à 1 600 m : un chanteur cantonné en mai et juin 1992 au-dessus de Bonneville (74).

Au printemps, les fitis reviennent en mars (date moyenne : 22 mars, n = 33 années). Dates précoces : 4 mars 1978 à Couzon au Mont d’or (69), 12 mars 1966 à Tupin (69) et 12 mars 1987 à Vertrieu (38). Le passage culmine entre le 5 et le 25 avril en Drôme provençale (Olioso 1996) ; à Dardilly (69), la date moyenne en est le 20 avril (extrêmes : 22 mars et 20 mai, n = 248 individus et 5 années ; Mandrillon 1989).

Nous disposons de très peu d’informations sur la chronologie de la reproduction du Pouillot fitis en Rhône-Alpes. Des adultes alarmant avec une becquée ont été observés le 27 mai 1976 en Valbonne (01) et le 27 mai 1994 à Siccieu (38) ; un nid en construction a été noté le 23 avril 1980 à Anthon (38).

Les oiseaux se mettent en mouvement à la fin de l’été et, dès la fin de juillet, certains apparaissent en des endroits où ils ne nichent pas ; durant ce passage postnuptial, il n’est pas exceptionnel d’entendre des oiseaux chanter. En août et septembre, le passage atteint son apogée. A Dardilly (69), son maximum est le 29 août (dates extrêmes : 29 juillet et 30 septembre, n = 180 individus en 4 années ; Mandrillon 1989), tandis qu’il se situe dans la première moitié de septembre en Drôme provençale (Olioso 1996). Les derniers oiseaux sont observés en moyenne le 2 octobre (n = 9 années) ; dates les plus tardives : 12 octobre 1991 à Dardilly (69), 23 novembre 1994 à Courtenay (69) et 3 décembre 1993 à Charvieu (38).

Les effectifs rhônalpins paraissent stables, voire en expansion relative dans le sud de la région, phénomène sur lequel il est peut être prématuré de se prononcer, car une meilleure prospection couplée à une connaissance accrue des critères de détermination de l’espèce peuvent faire illusion. Des fluctuations interannuelles des effectifs sont localement possibles ; en 1986 dans l’Ain, les effectifs ont chuté de 50 % dans le pays de Gex et la reproduction a été particulièrement mauvaise en Haute Savoie (Fier-Rumilly). Une dizaine de reprises d’oiseaux bagués montre l’origine nordique des pouillots fitis passant dans la région : Angleterre, Pays Bas, Danemark, Pologne, Suède. Les oiseaux européens hivernent au sud du Sahel et n’ont pas été affectés par les sécheresses des années 1970.

Alexandre Renaudier