Pouillot de Bonelli

Publié le jeudi 28 février 2008


Pouillot de Bonelli Phylloscopus bonelli

Angl. : Bonelli’s Warbler
All. : Berglaubsänger
It. : Lui bianco

De catégorie faunistique européenne, le Pouillot de Bonelli a une distribution géographique qui s’étend essentiellement sur l’Europe du sud-ouest (de la péninsule ibérique au sud des Pays-Bas et de l’Allemagne à la Hongrie), la Grèce, la Roumanie, la Turquie et le Moyen-Orient. Certains auteurs estiment que la forme orientale est une espèce à part entière : Phylloscopus orientalis. Sa répartition en France est assez vaste. L’espèce se reproduit sporadiquement sur tout le territoire, mais ses densités s’affaiblissent au nord d’une ligne Nantes-Belfort ; elle est absente de la plus grande partie de la Bretagne, de la Normandie, du Nord et de l’Alsace-Lorraine, de la Corse et ne se reproduit plus en Camargue depuis 1977. La population nationale est comprise entre 100 000 et 1 000 000 de couples nicheurs, aussi bien en montagne (jusqu’à 1 500 m d’altitude, parfois jusqu’à 2 000 m) qu’en plaine.

En Rhône-Alpes, on observe de fortes différences de présence suivant les départements. Une nette décroissance est observée du sud-est au nord-ouest de la région avec des secteurs d’où le Pouillot de Bonelli est absent ou presque, tels que le nord de l’Isère (38), la Dombes ou la Bresse (01). Cette espèce d’origine méridionale aime les milieux chauds et lumineux, souvent sur les pentes bien exposées ; pourvu qu’il y ait des espaces dégagés et ensoleillés, elle s’accommode de pratiquement toutes les formations végétales, avec une préférence pour les chênaies claires ou basses ou les bois mêlés de chênes. Au regard de la carte de répartition, le Pouillot de Bonelli semble éviter les milieux planitiaires pour préférer les secteurs collinéens et montagneux. Deux mâles chanteurs ont été notés en période de reproduction à 1 700 m d’altitude à Nancroix (73) en 1991. L’espèce atteint 1 920 m à St Christophe en Oisans le 12 juin 1988 (Coulomy 1999 ; dans les Hautes-Alpes, il atteint 2 400 m), 2 200 m à Ste Foy Tarentaise le 27 mai 1994 et le 10 juin 1959 à Bonneval sur Arc (Lebreton et Martinot 1998). Ses densités varient fortement selon les milieux. Ainsi, en Vanoise (73) (Lebreton et Martinot 1998), la formation forestière préférée de l’espèce est le mélézein, avec une densité de 4,7 couples / 10 ha en Maurienne ; elle est plus modestement représentée en pinède sylvestre (1,6 couples / 10 ha), dans les ripisylves (0,3 couples / 10 ha) en passant par la pessière humide (1,1 couples / 10 ha) ou la sapinière (0,5 couples / 10 ha). Ces densités (entre 0,3 et 4,7 couples / 10 ha) semblent faibles par rapport aux données recueillies ailleurs en Europe, qui atteignent 12 couples / 10 ha dans une forêt claire de mélèzes et arolles avec sous-bois de pins à crochets en Engadine (Suisse - Schifferli et al. 1980).

Le Pouillot de Bonelli arrive en France dès les derniers jours de mars dans le sud du pays. La plupart des nicheurs arrivent dans la seconde quinzaine d’avril ou seulement au début de mai. On observe des individus migrateurs jusqu’à la fin du mois de mai. La date moyenne d’arrivée est le 14 avril (n = 30, entre 1962 et 1991) avec comme dates précoces le 2 avril 1990 à Taulignan (26) (exceptionnelles le 20 mars 1974 à Saint Martin d’Hères - 38 - et le 23 mars 1974 à Eveux sur Arbresle - 69). La dernière observation d’un mâle chanteur a été faite un 1er août en Oisans (38).

En règle générale, la ponte, comptant 5 à 6 œufs, est déposée au sol dans un nid fait d’herbes sèches, de feuilles et garnis d’herbes fines et de crins ; celui-ci est construit par la femelle au pied d’un talus ou d’un arbuste. A Grignan (26), plusieurs nids ont été découverts comportant 5 œufs ou jeunes chacun (le 1er juin 1985, 7 juin 1985, 17 juin 1987, 10 juin 1989, 30 juin 1989 et 30 juin 1990) ; une exception tout de même, un nid comportant 3 jeunes et un œuf clair le 10 juin 1989. Les œufs sont couvés pendant 13 jours et les jeunes, nidicoles, quittent le nid à l’âge de 10-12 jours pour, souvent, se répartir entre les deux parents qui les élèvent chacun de leur côté (un mâle avec 4 jeunes le 23 juillet 1986 à Grignan - 26). A noter un mâle bagué poussin en 1986 à Grignan (26) et revu sur place le 9 juin 1988. La migration postnuptiale a lieu principalement en août, laissant quelques retardataires au début de septembre (rarement jusqu’à la fin du mois). La mention la plus tardive à l’automne est celle d’un individu noté à Dardilly (69) le 15 septembre 1991 et d’un autre, exceptionnellement tardif, le 13 octobre 1999 à Optevoz (38).

Migrateur nocturne et transsaharien, le Pouillot de Bonelli est une espèce dont les quartiers d’hiver restent inconnus.

Guillaume Allemand