Pipit rousseline

Publié le jeudi 28 février 2008


Pipit rousseline Anthus campestris

Angl. : Tawny Pipit
All. : Brachpieper
It. : Calandro

Pipit rouseline, photo Rémi RUFER © 2008

De catégorie faunistique paléarctique, le Pipit rousseline, considéré comme menacé au niveau européen par Tucker et Heath (1994), se reproduit du Maroc à la Mongolie intérieure (Cramp 1988 ; [E]). En France, il montre des tendances très méridionales, nichant essentiellement dans la moitié sud, en particulier en zone méditerranéenne, mais aussi dans l’Allier, les Deux-Sèvres et la Vienne, au sud-ouest du Massif central de la Charente au Tarn et sur la côte atlantique entre Bayonne et le Croizic ([N]).

En Rhône-Alpes, la carte de distribution montre que le Pipit rousseline est bien répandu uniquement dans le sud de l’Ardèche (Basse-Ardèche, Cévennes et Boutières) et de la Drôme (Tricastin, Baronnies et Diois). Il est également présent ponctuellement, avec des indices probables ou certains, sur les coteaux de la vallée du Rhône dans le nord de l’Ardèche ou encore en Haute-Savoie. Cette répartition correspond en grande partie à celle du précédent atlas ([R]) avec toutefois quelques différences notables. La station de la Valbonne, dans la plaine de l’Ain (01) semble avoir disparu. Par contre, depuis la fin des années 1980, la nidification du Pipit rousseline a été découverte dans les Cévennes ardéchoises et les Boutières (07). Les effectifs rhônalpins peuvent être estimés entre 1 000 et 2 000 couples, installés essentiellement dans les principaux noyaux de peuplement de Basse-Ardèche et du sud de la Drôme. La population française est évaluée entre 20 000 et 30 000 couples ([N]).

Le Pipit rousseline occupe les milieux ouverts et secs à sols caillouteux, à végétation clairsemée ou rase. C’est l’hôte typique des pelouses sèches de la zone méditerranéenne, mais aussi de moyenne altitude. En Basse-Ardèche, il fréquente les pelouses à brachypode (Brachypodium retusum) et les garrigues très ouvertes à cades (Juniperus oxycedrus). En Cévennes et Boutières (07), il habite les pelouses à nard (Nardus stricta) ou les landes à genêt purgatif (Cytisus purgans) très ouvertes, soumises aux feux pastoraux répétés ; il est régulier dans ces milieux jusqu’à 1 000 m d’altitude et atteint localement plus de 1 400 m (sur la commune d’Astet le 18 juillet 1998). Il a également été signalé dans la Drôme à 1 550 m, sur la montagne de Charvet dans le Haut-Diois, avec des parades le 29 mai 1994. Ces altitudes sont d’ailleurs largement dépassées dans les Alpes Maritimes où le Pipit rousseline niche jusqu’à 2 200 m ([N]) ou en Espagne où il monte jusqu’à 2 700 m dans la Sierra Nevada (Purroy 1997). Les informations sur les densités dans les différents milieux sont rares. En Basse-Ardèche, sur une zone échantillon de 27 ha de garrigues suivie de 1986 à 1988, la densité a varié entre 0,7 et 3 couples / 10 ha (Ladet 1986 et inédit). Ces chiffres correspondent à un milieu optimal. En effet, d’après Géroudet (1980), chaque couple occupe un territoire assez étendu, de 4 à 12 ha.

En Rhône-Alpes, les premiers pipits rousselines sont généralement signalés vers la mi-avril, bien qu’il existe quelques données plus précoces dès le début de ce mois : le 1er avril 1975 à Brette (26), le 5 en 1990 au col de l’Escrinet (07) et à Gras (07) en 1999. Sur ce dernier site, pour lequel un suivi de la migration prénuptiale était réalisé de 1984 à 1993, la date moyenne de premier contact (sur 7 ans) est le 17 avril. Le passage des individus traversant notre région pour rejoindre les sites de nidification d’Europe centrale se concentre dans les deux premières décades du mois de mai. Le suivi par la méthode des itinéraires-échantillons dans une garrigue ouverte de Basse-Ardèche, sur des sites de reproduction, a permis de montrer que les premiers individus sont réguliers vers la mi-avril et que les chants sont entendus dès le 20 de ce mois ; ils se poursuivent jusqu’à la deuxième décade de juillet. Le creux estival, pendant presque tout le mois d’août, peut correspondre à la période de mue ou au départ au moins partiel des nicheurs locaux. Il est suivi d’une nette augmentation du nombre de contacts, vers fin août-début septembre, période du pic de migration postnuptiale. Les derniers oiseaux sont notés à la fin septembre.
Ces dates de départ correspondent bien à celles observées sur l’ensemble de la région. Olioso (1996) donne le 20 septembre comme date moyenne de départ pour le Vaucluse et la Drôme provençale (date tardive le 2 octobre). Lebreton (in [R]) estime, pour la région Rhône-Alpes, que les derniers oiseaux sont observés dans la seconde moitié de septembre et indique comme date tardive le 5 octobre 1966 à Marlieux (01). Plus récemment, les derniers individus en migration ont été notés le 4 octobre, à Dardilly (69) en 1989 et à Ceyzeriat (01) en 1991. Le Pipit rousseline hiverne essentiellement dans le Sahel, au sud du Sahara (Cramp 1988). Les flux migratoires sont faibles : à l’Escrinet (07), le maximum saisonnier était de 19 au printemps 1987. Au passage postnuptial, un record journalier de 48 individus est signalé le 25 août 1977 au col Bérard (74). Cette dernière donnée montre par ailleurs que l’espèce passe dans divers endroits de la région loin des sites de nidification, ces individus provenant probablement des populations d’Europe centrale et de Pologne.

Le Pipit rousseline est très discret à proximité de son nid et les indices de nidification certains sont rares. Bien que les oiseaux s’installent sur les sites de reproduction dès leur arrivée et commencent rapidement à chanter, la ponte ne semble débuter que beaucoup plus tard, vers la fin mai ou en juin. Trois nids trouvés en Basse-Ardèche dans des garrigues ouvertes, entre le 12 et le 25 juin, contenaient respectivement 5, 4 et 5 oeufs. L’un d’eux, découvert le 12 juin 1987, était encore occupé par les 5 jeunes le 6 juillet. Un transport de nourriture observé le 17 juin 1994, sur les coteaux rhodaniens, à St Jean de Muzols (07) montre que la ponte peut être plus précoce. Les nourrissages semblent réguliers jusqu’à mi-juillet.

En Europe, le Pipit rousseline est menacé par la destruction de son habitat due à l’intensification de l’agriculture et aux plantations forestières, mais aussi par la fermeture du milieu consécutive à la diminution ou à l’arrêt du pâturage extensif (Suarez in Tucker et Heath 1994). En Rhône-Alpes, cette dernière cause a déjà localement entraîné la disparition de cette espèce, comme au sommet de la Dent de Rez (07 ; Mure 1995 b). Même si les milieux favorables sont encore étendus, les populations de Pipit rousseline méritent d’être suivies attentivement, compte tenu de l’évolution des pratiques agricoles. Le maintien d’un pâturage extensif sur les pelouses sèches et dans les landes et garrigues ouvertes est à préconiser pour favoriser cette espèce.

Texte : Alain Ladet
Photo : Rémi RUFER