Pipit des arbres

Publié le jeudi 28 février 2008


Pipit des arbres Anthus trivialis

Angl. : Tree Pipit
All. : Baumpieper
It. : Prispolone

Le Pipit des arbres est une espèce polytypique paléarctique. En Europe, il n’évite que les zones de toundra du nord de la Scandinavie et les régions méditerranéennes ([E], [N]). En France, sa répartition a été décrite par Mayaud dès 1936 et les enquêtes récentes montrent qu’elle n’a pas changé (Yeatman 1976, [N]), l’espèce étant absente des zones côtières de la Méditerranée et de la Corse. Les effectifs européens hors Russie sont compris entre 16 et 20 millions de couples, la France accueillant environ 400.000 couples ([E]). La stabilité de la répartition à l’échelle nationale est également constatée à l’échelle rhônalpine.

La nouvelle carte rhônalpine ne diffère guère de celle établie à la fin des années 1970 ([R]), à l’exception d’une légère progression récente dans la plaine de l’Ain (Bernard 1984 a). Le Pipit des arbres niche dans l’ensemble des départements rhônalpins. Seule certaines zones de plaine comme celles de l’Est lyonnais (69) et de Bièvre (38) sont évitées. Au sud, l’espèce évite le Vivarais (07), qui présente des caractéristiques bioclimatiques méditerranéennes ne correspondant pas à ses exigences écologiques. La répartition est par ailleurs clairsemée dans la plaine du Grésivaudan (38) et celle du Forez (42). Les principales populations sont situées de part et d’autre de l’axe rhodanien. Dans les Alpes, les départements savoyards accueillent les populations apparemment les plus denses, bien que les modalités d’utilisation de l’espace varient fortement d’une vallée à l’autre (Lebreton et Martinot 1998). Plus au sud, ce Pipit est relativement bien représenté en Belledone, dans l’Oisans (38), les Chambarands et le Vercors (38, 26) le Diois et les Baronnies (26). A l’Ouest, il se rencontre dans l’ensemble des massifs des départements du Rhône (Beaujolais et Monts du Lyonnais), de la Loire (Pilat, Monts du Forez et de la Madeleine) et de l’Ardèche (hauts plateaux et massif du Mézenc). L’altitude moyenne de nidification est située à 695 m (n = 30). Son amplitude est étendue puisque des preuves de nidification certaine ont été apportées d’environ 230 m à Château-Gaillard (01) le 22 avril 1983, à 2 250 m à Val d’Isère en Tarentaise (74) (Lebreton et Martinot 1998). Ces auteurs mentionnent des nicheurs le 5 juillet 1986 à plus de 1 800 m dans les alpages de Peysey-Nancroix (73) et à 2 200 m à Aussois en Haute Maurienne. La cote moyenne en Vanoise se situe à 1 385 m avec une différence de 555 m entre les deux vallées. Ces données correspondent à celles recueillies dans les régions limitrophes de Rhône-Alpes. Dans le département du Jura, l’espèce a été observée jusqu’à 1 300 m (Berne in G.O.J. 1993). Dans les régions méditerranéennes, Olioso (1996), note “qu’on ne le rencontre qu’au-dessus de 400-500 mètres”, alors que pour Jay (in C. O. GARD 1993), qui décrit son statut dans le Gard, “l’altitude n’est pas un facteur limitant”. Dans le canton de Vaud (Suisse), Sermet (in Sermet et Ravussin 1995) mentionne sa présence jusqu’à 1 940 m avec les zones les plus riches aux alentours de 1 200 m.

Ses exigences en termes d’habitat font du Pipit des arbres un oiseau des étages collinéen et montagnard pouvant étendre sa répartition jusqu’à la limite inférieure de l’étage alpin (Géroudet 1998 b, Lebreton et Martinot 1998, Sermet in Sermet et Ravussin 1995). Le Pipit des arbres est typiquement l’oiseau de “l’interface arbre-prairie” (Lebreton et Martinot 1998). Les caractéristiques de son habitat ont été bien décrites dans l’atlas rhônalpin précédent ([R]). Il lui faut à la fois des zones herbacées bien dégagées qui lui fournissent, comme aux autres Pipits, sites de reproduction et nourriture, et des arbres où il peut se percher souvent et à partir desquels il prend son essor pour sa parade nuptiale. Il apprécie les landes collinéennes à Buis Buxus sempervirens. Dans les collines du nord et de l’ouest de la région, les clairières et les coupes de régénération lui fournissent des conditions optimales. Ces conditions sont également remplies dans les fonds de vallées alpines où il a adopté les boisements clairsemés comme le mélèzin et les pinèdes clairièrées ([R]). Il apparaît donc comme un oiseau inféodé aux bocages, zones de lisières et aux clairières, la proximité d’une zone boisée semblant dans tous les cas un facteur vital pour son installation. En altitude, il colonise les landes subalpines à Rhododendron Rhododendron ferrugineum avant de laisser petit à petit la place au Pipit spioncelle Anthus spinoletta. Si elle est avérée dans les Alpes (Lebreton et Martinot 1998), cette succession altitudinale entre les deux espèces n’est pas comme systématique puisque, dans les Monts du Forez et dans le Pilat (42), les deux Pipits cohabitent ainsi que le montrent des observations respectivement en juin 1976 et mai 1983.
Les rares données régionales sur les densités montrent qu’en zone collinéenne celles-ci avoisinent 2 à 3 couples aux 10 ha, à l’instar de ce qui est observé dans le département du Jura (Berne in G.O.J. 1993). En altitude, en harmonie avec ce qu’a mis en évidence Sermet (in Sermet et Ravussin 1993) dans le canton de Vaud (Suisse), les densités semblent plus élevées. En Haute-Savoie, au printemps 1986, 4 couples sont notés dans une clairière de 2,5 ha. dans la frênaie-sapinière de Taninges. En juin 1986, une lisière forêt-alpage dans le massif des Aravis (74) accueillait 7 mâles chanteurs sur 10 ha. Les densités les plus élevées, de l’ordre de 5,6 couples pour 10 ha, sont atteintes dans le mélèzin clairièré ([R]).

Seul migrateur au long cours parmi les quatre pipits nicheurs de France, le Pipit des arbres revient en Rhône-Alpes entre la mi-mars et la mi-avril (date moyenne le 26 mars, n = 26). Les plus précoces sont observés au début de mars : le 7 mars 1993 à Ancy (69), le 9 mars 1974 à Saint Egrève (38), le 9 mars 1975 à Vercheny (26), le 9 mars 1987 à Saint Maurice de Gourdans (01), le 11 mars 1994 à Saint Romain en Gal (69). Le gros des effectifs arrive début avril ainsi que le montre le passage de 144 individus au col de l’Escrinet (07) entre le 23 mars et le 14 avril 1984. La date moyenne des premiers chants est le 3 avril (n = 23), les plus précoces ayant été entendus le 10 mars 1995 à Saint Vincent de Mercuze (38), le 20 mars 1983 en Dombes (01). La femelle, très discrète, élabore le nid au sol, dans lequel sont pondus entre 3 et 5 œufs (nombre moyen 3,5 ; n = 10). Les pontes s’étalent de la mi-mai à la mi-juillet, ainsi que l’atteste le suivi d’un nid réalisé du 9 au 31 juillet 1966 en Savoie. Le succès de reproduction est assez faible, à peine supérieur à 50 % ([N]). Les jeunes restent très peu de temps au nid, qu’ils quittent encore en duvet : le 8 juin 1981 à Anzac (07), alors que la ponte est observée le 29 mai. Dès le début d’août, les premiers oiseaux s’en vont. Le gros des effectifs passe entre la mi-septembre et la mi-octobre. La migration postnuptiale s’étale de fin août à mi-octobre, des attardés étant observés jusqu’à fin octobre. Un suivi régulier sur des cols de migration dans les Alpes et le Revermont (01) a donné les résultats suivants : 2 200 individus au Col du Bérard (74) le 25 août 1974 ; 1 138 du 13 septembre au 31 octobre 1987 ; 1 183 du 27 août au 15 octobre 1988 ; 1 276 du 26 août au 30 octobre 1989 ; 3 042 du 25 août au 22 octobre 1990 (dont 1 262 le 9 septembre) et enfin 1 660 du 31 août au 28 octobre 1991 ; 745 du 1er septembre au 30 octobre 1990 (dont 208 le 6 septembre) à Ceyzériat (01). Un migrateur tardif a été observé le 2 novembre 1993 à Fort l’Ecluse (74).
L’histoire récente ne montre pas de changement sensible du statut du Pipit des arbres en Rhône-Alpes depuis trente ans. Sa répartition n’a guère évoluée. Le maintien de bocages ouverts et de boisements clairsemés et clairièrés sont les meilleures garanties du maintien d’une espèce qui ne semble pas menacée. Dans les zones de plaine, la restauration des zones de bocages, d’où elle fut chassée par les campagnes de remembrements au cours des vingt dernières années,.devrait lui être favorable.

Olivier Iborra / CORA