Pie-grièche méridionale

Publié le jeudi 28 février 2008


Pie-grièche méridionale Lanius meridionalis

Angl. : Southern Grey Shrike
All. : Mittelmeer-Raubwürger
It. : Averla maggiore meridionale

La Pie-grièche méridionale, précédemment traitée comme une sous-espèce de la Pie-grièche grise, est considérée comme une espèce à part entière depuis quelques années (Bouchet et Isenmann 1993 ; [N]). Sa répartition mondiale se limite à la péninsule ibérique et au sud-est de la France (Cramp 1993 ; Lefranc 1993 ; Purroy 1997 ; [E]).
En France, cette pie-grièche est présente uniquement dans la zone méditerranéenne et est absente de Corse ([E] ; [N]). Sa limite de répartition passe par le sud de la région Rhône-Alpes. La carte de distribution montre que la Pie-grièche méridionale n’occupe que la Basse-Ardèche et l’extrême sud-est de la Drôme, dans les Baronnies. Cette dernière population est en contact avec celle des Monts de Vaucluse (Olioso 1996). La répartition actuelle ne peut pas être comparée avec celle du premier atlas ([R]) car les deux sous-espèces de Pie-grièche grise étaient alors cartographiées sans distinction particulière.

Au niveau national, la population de pies-grièches méridionales est évaluée entre 1 100 et 2 000 couples (Lefranc 1999). En Rhône-Alpes les dernières estimations permettent d’évaluer les effectifs nicheurs entre 105 et 165 couples, dont 100 à 150 en Basse-Ardèche. Dans le sud de la Drôme, au moins 14 stations ont été répertoriées au début des années 1990 (Lloret in Lefranc 1999) et la population est actuellement évaluée entre 5 et 15 couples.

Les informations sur les densités de l’espèce dans différents milieux sont rares. Une zone de garrigues ouvertes d’environ 10 km², située à quelques km au sud d’Aubenas (07), abritait un minimum d’une dizaine de couples au printemps 1996. Sur un site suivi par la méthode des quadrats sur les Gras de Lachapelle-sous-Aubenas et Lanas, de 1986 à 1988, un couple exploitait un territoire d’environ 10 à 15 ha. Dans le même secteur, 2 couples étaient distants de 500 m en juin 1988 (Ladet 1986). Ces chiffres sont comparables à ceux cités par Lefranc (1993 et 1999) pour la Crau et divers secteurs de l’Hérault ou dans diverses régions d’Espagne par Purroy (1997).
La Pie-grièche méridionale habite des milieux ouverts secs, pourvus d’une strate herbacée basse et discontinue, mais comportant des buissons ou quelques arbres. Dans les Baronnies, elle occupe les garrigues ouvertes à Genêt scorpion (Genista scorpius) et à Genévrier oxycèdre (Juniperus oxycedrus). En Basse-Ardèche, elle fréquente des milieux comparables mais dominés par le Cade et le Buis (Buxus sempervirens) en mosaïque avec les pelouses à Brachypode (Brachypodium retusum). Dans ce district, elle occupe également les zones agricoles à condition que les cultures comprennent quelques arbres ou arbustes et alternent avec des secteurs de pelouses ou de friches, même de petite dimension. Cette pie-grièche niche essentiellement à moins de 400 m d’altitude mais elle atteint toutefois 700 m dans les Baronnies. Elle monte plus haut dans d’autres régions : jusqu’à 1 000 m dans les Hautes-Alpes ou même 1 700 m en Cerdagne (Pyrénées-Orientales).

La Pie-grièche méridionale est présente sur les sites de nidification toute l’année mais, en dehors de la période de reproduction, cette espèce apparaît dans des secteurs où elle ne niche pas. Ainsi, par exemple, un chanteur a été noté près du Rhône, à Viviers (07), le 19 février 1996, et un individu a été signalé en Plaine de Bièvre, à Brézins (38) le 23 janvier 1996 (Bruneau 1998).

Le suivi par la méthode des itinéraires-échantillons dans une garrigue ouverte de Basse-Ardèche, sur les Gras de Balazuc et Chauzon, confirme que la Pie-grièche méridionale est présente toute l’année sur son site de reproduction. Le chant est régulier de fin septembre à fin mars, avec un maximum de mi-décembre à début mars. Il est rare en période de reproduction. Pour le nombre d’observations, le creux le plus marqué correspond en fait au cœur de la période de reproduction (de début avril à fin mai), période durant laquelle cet oiseau est fort discret. Le pic de mi-juin peut être lié à l’envol des jeunes.

D’une manière générale, le chant et les comportements territoriaux semblent culminer au début du mois de mars : le 1er mars 1996 à Chauzon (07), 3 chanteurs simultanés sont entendus et des poursuites sont notées. Pourtant, l’envol des jeunes est souvent noté entre mi-mai et le 20 juin (moyenne sur 3 nichées de Basse-Ardèche). Les familles comptent en général 2 ou 3 jeunes. Ces dates d’envol indiquent une période de ponte située entre le 10 avril et le 20 mai ; un nid avec 5 œufs a d’ailleurs été trouvé dans un cade, le 19 mai 1991, sur les Gras de Chauzon (07). Toutefois, un transport de nourriture, le 18 avril 1997, à Orgnac-l’Aven (07), semble indiquer une ponte nettement plus précoce, courant mars. Ce calendrier serait conforme à celui indiqué par Lefranc (1993), avec une période de ponte s’étalant de fin mars à fin juin mais avec un pic de la deuxième décade d’avril à la première de mai.

La Pie-grièche méridionale est capable de s’attaquer à des oiseaux de taille variable. La poursuite d’un Pipit rousseline sur plusieurs centaines de mètres, à Lanas (07) le 31 mai 1986, peut être interprétée comme une tentative de capture. Mais cette pie-grièche peut aussi faire preuve de témérité comme le montre cette défense de territoire face à un Circaète Jean-le-Blanc observée le 25 mai 1996 à Lavilledieu (07).
En Europe, les effectifs de Pie-grièche méridionale sont considérés comme stables au Portugal mais en nette diminution en Espagne (Tomialojc in Tucker et Heath 1994). Dans ce dernier pays, le déclin est attribué à la destruction des habitats et à la dégradation des ressources alimentaires suite à l’intensification de l’agriculture (Purroy 1997). En France, la Pie-grièche méridionale est également en régression. L’importance du déclin, surtout décelé en Provence, est encore mal évalué en Languedoc-Roussillon. Il est vrai que cette espèce, farouche et discrète, peut facilement passer inaperçue (Isenmann in Rocamora et Yeatman-Berthelot 1999). Dans la région Rhône-Alpes, les populations drômoises semblent avoir régressé au cours des années 1990, alors qu’aucune tendance nette n’apparaît en Ardèche. Même si les milieux favorables sont encore étendus, les populations de Pie-grièche méridionale méritent d’être suivies attentivement, compte tenu de l’évolution des pratiques agricoles. En effet, dans les secteurs de garrigues ouvertes, cette espèce est menacée par la fermeture du milieu consécutive à la diminution ou à l’arrêt du pâturage extensif. Ainsi, par exemple, le Pin sylvestre est en train d’envahir certains sites des Baronnies. Le maintien des activités agricoles traditionnelles reste dans la plupart des cas le garant des habitats fréquentés par l’espèce.

Alain Ladet