Pie-grièche à poitrine rose

Publié le jeudi 28 février 2008


Pie-grièche à poitrine rose Lanius minor

Angl. : Lesser Grey Shrike
All. : Schwarzstirnwürger
It. : Averla cenerina

Pie grièche à potrine rose, photo Rémi RUFER © 2008

Espèce euro-turkmène, la “ Pie-grièche d’Italie ” a surtout une répartition orientale et très restreinte en Europe. Sa régression en France, où elle nichait dans la plupart des provinces (sauf l’ouest), a fait l’objet d’analyses (Lefranc 1999). Une trentaine de couples a été répertoriée, en zone méridionale, lors de l’enquête nationale 1985-1989 (Lefranc, in [N]). En région Rhône-Alpes, les données anciennes ont été examinées par Lefranc (1978) et il semble intéressant d’en présenter un bref résumé : Bouteille (1843) et Charvet (1846) la citent “ commune dans le Dauphiné, surtout dans la partie sud ”, alors que Lavauden (1910) la considère “ de passage irrégulier ”. En Savoie, elle est notée plus abondante que la Pie-grièche grise par Bailly (1853). Dans le Rhône, Olphe-Gaillard (1855) l’indique nicheuse près de Lyon, mais rare. Dans l’Ain, Bernard (1909) l’estime rare également.

Les données plus récentes dans la région se résument à 13 citations, de 1952 à 1982, ne concernant que quatre districts naturels, voire localités : la Dombes (4 citations entre 1952 et 1980, Lebreton et al. 1991), l’Isère (1 citation à Ste Hélène sur Isère (73) en 1982), le Rhône (1 couple à Genas en 1961, une “ famille cantonnée ” à St Priest en 1961) et enfin la plaine de l’Ain, où l’espèce a été notée nicheuse sur le même site (Valbonne) de 1961 à 1972, à 6 reprises au moins. En 1994 (hors enquête Atlas), 2 citations concernent le département du Rhône (nicheuse probable) et de la Drôme (nicheuse possible). Le cas de reproduction en Valbonne confirme la fidélité au site de reproduction (12 ans au moins, en l’absence de prospection avant la découverte en 1961, puis après 1972), signalé par Lefranc (1993), concernant les adultes, mais probablement aussi les jeunes. Cette espèce niche souvent en “ colonies ” lâches (7 nids sur 1 km² dans la Basse Vallée de l’Aude, Lefranc 1993). Le site de St Jean de Niost (La Valbonne) n’a abrité qu’un seul couple chaque année (1961-1963-1964-1965-1972) : s’agissait-il des mêmes adultes ou de ses jeunes revenus nicher sur le site ?

La migration orientale “ en boucle ” de cette espèce a été décrite. Les dates extrêmes recueillies en région Rhône-Alpes ne sont pas significatives (uniquement en période de nidification). Deux citations proviennent d’un département voisin : 5 avril 1976 et 23 août 1974, dans les Alpes de Haute Provence. Des observations hivernales ont été signalées en France (Cruon et Nicolau-Guillaumet 1985).

Le biotope rhônalpin de la Pie-grièche à poitrine rose différait sensiblement de celui décrit habituellement (vignes, grands arbres, vergers …) et correspondrait plus à celui de la Pie-grièche écorcheur (landes boisées avec prairies sèches, haies en bord de routes et quelques collines, comme l’a décrit Géroudet 1972). Son déclin, voire sa disparition localement, a été attribué aux fluctuations climatiques (espèce thermophile), aux mauvaises conditions d’hivernage (réduction de la taille des quartiers d’hivernage en Afrique du sud-ouest), mais également, et peut-être surtout, à la raréfaction de sa nourriture (coléoptères essentiellement) consécutive à l’intensification de l’agriculture.

Texte : Pierre Cordonnier
Photo : Rémi RUFER