Pie bavarde

Publié le jeudi 28 février 2008


Pie bavarde Pica pica

Angl. : Magpie
All. : Elster
It. : Gazza

Pie bavarde, photo France DUMAS © 2008
Pie bavarde, Photo France DUMAS

D’origine holarctique, la Pie bavarde est largement répandue en Europe et en Asie. Sa distribution s’étend de l’ouest du continent nord américain aux confins de la Chine. Au nord, elle est présente en Sibérie, au sud d’une ligne Arkangelsk Irkoustk. Le Maghreb et le Moyen Orient délimitent son aire de répartition au sud ([N], [E]). Les effectifs de la population européenne se situent entre 8 et 12 millions de couples ([E]). En France, sa répartition est régulière et presque uniforme. La dernière enquête montre les traditionnels secteurs inoccupés dans les Alpes Maritimes, en Savoie et, à un moindre degré, en Aquitaine. L’espèce fait partie des trente espèces les plus répandues avec des effectifs légèrement supérieurs au demi-million de couples ([N]).

La présente carte apporte quelques précisions par rapport à la répartition de la dernière enquête nationale puisque la nidification dans l’est de la Savoie est probable. Si le nombre de districts occupés n’a pas évolué depuis le précédent atlas ([R]), l’espèce occupe maintenant le 23ème rang des espèces rhônalpines les plus abondamment répandues, alors qu’elle était située au 31ème en 1985. A l’exception des Cévennes ardéchoises, d’une portion de la partie alpine de l’Isère (Oisans, Trièves) et à un moindre degré des massifs savoyards, la Pie bavarde présente une répartition régulière et uniforme. Même si sa distribution apparaît ponctuelle et localisée dans les massifs alpins de la Savoie, l’espèce y est bien présente. La Pie n’est pas connue cependant pour apprécier les conditions montagnardes. Sa faible progression vers les altitudes supérieures des massifs alpins s’est effectuée à travers les vallées. L’analyse altitudinale des données régionales corrobore ce constat. L’altitude moyenne de nidification est de 348 m (n = 543) ; cependant, 83 % (n = 456) des données situent le site de nidification à moins de 500 m et 53% (n = 290) à moins de 300 m. Seulement 2 % (n = 13) des sites de nidification sont situés à l’étage montagnard entre 700 et 1 200 m. Les extrêmes montrent que l’espèce occupe une large plage altitudinale puisque des nidifications certaines ont été signalées des plaines à 2 000 m à Mégève (74).

Pie bavarde, photo France DUMAS © 2008
Pie bavarde, Photo France DUMAS

La Pie bavarde apparaît donc comme un oiseau commun des étages planitiaire et collinéen. De fait, elle apprécie les espaces ouverts de cultures et de prairies parsemées de haies d’arbres de haut jet. Bien souvent commensale de l’homme, elle niche de plus en plus à proximité de celui-ci et on peut la trouver aussi bien à proximité des fermes, dans le centre des hameaux et villages que dans les espaces verts des grandes agglomérations. La reproduction de cette espèce sédentaire est étalée, s’étendant de janvier à juin. Fidèle à son territoire si elle n’est pas dérangée, elle dispose d’anciens nids qu’elle peut choisir de restaurer plutôt que d’en construire un nouveau. Ces anciens nids peuvent être visités de manière très précoce dès la fin de l’automne, au début du mois de décembre Cependant, les premières restaurations ou constructions de nouveaux nids commencent, comme le montre le graphique, en début d’année.

Sur 76 nids construits ou restaurés, plus des deux tiers (n = 51) le sont entre mars et mai, alors que 10 % (n = 11) sont bâtis en janvier-février. Bien qu’aucune ponte n’ait été signalée en fin d’été, il est possible de penser que des couples dont la couvée a été détruite (17 %, n = 14), restaurent ou construisent un nouveau nid afin d’assurer le remplacement de la nichée comme cela est observé dans d’autres régions (Michon in G.O.J. 1993). La majorité des pontes est déposée en avril-mai ; la plus précoce est mentionnée le 21 mars à Lyon (69) et la plus tardive le 12 mai 1985 à Grignan (26), ce qui correspond aux dates observées dans les régions limitrophes (Olioso 1996). La ponte unique comprend un nombre moyen d’œufs de 4,7, les extrêmes allant de 3 à 8 (n = 9). La taille moyenne des familles est de 2,6 jeunes volants (n = 25), les extrêmes étant de 1 à 6 jeunes par couple, données correspondant à la biologie de la reproduction décrite dans d’autres régions (Balança 1984, Olioso 1996). La sortie du nid la plus précoce a été observée le 22 avril 1972 à St Cyr les Vignes (42) et la plus tardive le 11 juillet 1997 à Albigny sur Saône (69).
Dès la fin de la période de reproduction, des regroupements dépassant fréquemment la dizaine d’individus sont observés. Ces rassemblements, qui s’intensifient au fur et à mesure que l’on avance dans la mauvaise saison, ont une fonction sociale liée à la stratégie de recherche de nourriture et à la formation des futurs couples (Jay in C.O. GARD 1993). La taille moyenne de ces groupes observés en Rhône-Alpes de début août à fin février est de 67 individus (n = 15), les extrêmes étant de 29 à 300 individus (Brignais, 69, le 18 février 1993), correspondant à ce que décrivent Jarry (in [H]) et Géroudet (1998 b).

Pie bavarde, Pigeon ramier, photo France DUMAS © 2008
Pie bavarde, (avec un Pigeon ramier). Photo France DUMAS

Le peu de données existant sur les densités de pies en Rhône Alpes est conforme à ce qui est connu dans d’autres régions sur cette espèce (Michon in G.O.J. 1993 ; Jay in C.O.GARD 1993 ; Olioso 1996, [N]) puisqu’elles oscillent entre 1 et 2 couples pour 10 ha, 1,2 couple dans la Loire en 1967, 2 couples par km le long d’un itinéraire de 100 km en bas Chablais (74) en 1986.
De mauvaise réputation, la Pie est affectée par ses activités de pillage et par les déprédations qu’elle peut occasionner. Même si sa recherche de nourriture peut localement affecter sérieusement les nichées de passereaux, il n’en reste pas moins vrai qu’elle est en réalité une opportuniste omnivore, qui nettoie les cadavres le long des routes et se nourrit également de déchets alimentaires d’origine anthropique de manière abondante. De fait, la plupart des mesures de régulation affectant cette espèce doivent être mises en œuvre avec certaines précautions, d’autres espèces pouvant utiliser les nids de pies pour se reproduire.

Texte : Olivier Iborra / CORA
Photos : France DUMAS