Pic mar

Publié le jeudi 28 février 2008


Pic mar Dendrocopos medius

Angl. : Middle Spotted Woodpecker
All. : Mittlespecht
It. : Picchio rosso mezzano

Pic mar, photo France DUMAS © 2008
Pic mar, photo France DUMAS

De répartition européenne, ce Pic se rencontre de l’Espagne à l’Iran, des côtes turques aux états Baltes, mais il est nettement plus commun dans la partie orientale de son aire de distribution que dans nos contrées. En France, il occupe une majorité de départements mais est absent de trois grandes zones : l’extrême nord, le littoral atlantique au sud de la Bretagne et un vaste quart sud-est couvrant l’est des Pyrénées, le bassin méditerranéen, la façade orientale du Massif central, la vallée du Rhône et la majeure partie des Alpes.

La région Rhône-Alpes est donc pour l’essentiel en dehors de l’aire géographique du Pic mar, dont elle marque une limite méridionale. D’après les observations récentes, seulement trois noyaux de population principaux y subsistent, sur quatre départements : des vieilles chênaies de Bresse et de Dombes dans l’Ain, les forêts collinéennes de l’Albanais (districts Fier-Rumilly et marginalement Rhône-Bourget), à cheval sur les deux Savoie et la forêt de Lespinasse (Roannais) dans la Loire. D’autres sites occupés lors des deux dernières décennies (Monts du Lyonnais, Valromey, Gex-Léman) semblent aujourd’hui désertés ou proches de l’être ; sous-estimer cette espèce demeure toutefois possible, comme en témoignent sa découverte récente dans le Roannais (1996, Balluet comm. pers.) et l’Annecy-Genevois, ou l’appréciation récente de son statut en Albanais (1992). A la faible étendue de cette répartition, s’ajoute son morcellement ; si la population du Roannais paraît être en continuité avec celle du Bourbonnais (Cuisin in [N]), celles de la moitié septentrionale du département du Jura (Joveniaux 1993) ou de la Suisse romande (très fragmentaire) paraissent isolées de celles de Rhône-Alpes. Toutefois, des efforts de prospection dans le Valromey et l’Annecy-Genevois pourraient bien révéler une liaison, même "lâche", entre ces populations.

Pic mar, photo France DUMAS © 2008
Pic mar, photo France DUMAS

La chênaie-charmaie constitue l’habitat typique de ce pic, il dépend en effet de vastes couronnes d’arbres feuillus à l’écorce crevassée, d’où son attirance générale pour les arbres de gros diamètres. Laissant la prospection des troncs et de l’intérieur du bois au Pic épeiche, avec lequel il cohabite le plus souvent, il concentre son alimentation sur l’entomofaune des écorces. Celle-ci étant favorisée par un bon ensoleillement, une canopée dense et continue ne paraît pas favorable, d’où l’attrait de l’oiseau pour les paysages ou peuplements bien structurés et sa tolérance envers le traitement en taillis sous futaie (Pasinelli et Hegelbach 1997), sous réserve tout de même que la "futaie" conserve une densité minimale.

Evaluée à une trentaine de couples (23 mâles chanteurs décomptés au printemps 1990), la population "bressano-dombiste" est quasi exclusivement cantonnée dans les vieilles chênaies ponctuées de hêtres des forêts domaniales de Seillon et de la Réna, entre 250 et 275 m d’altitude ; les boisements privés adjacents, trop jeunes, ne sont que très marginalement peuplés. En Roannais, l’espèce fréquente les chênaies et charmaies de basse altitude, alors que des groupements similaires, mais plus élevés, de la plaine du Forez paraissent évités (Balluet comm. pers.). Plus dispersée géographiquement, dans un paysage "bocager" assez ouvert entre 350 et 800 m d’altitude, la population savoyarde occupe des boisements dominés à parts égales par le chêne et le châtaignier ; ce dernier, de morphologie et de structure semblables à celles du chêne (essence réputée "reine" pour le Mar), paraît tout aussi favorable à l’espèce. Ces deux essences constituent 50 % du peuplement, par ailleurs fort diversifié (acacia, frêne, épicéa, hêtre). Ces forêts, fréquemment escarpées (ravins) et au parcellaire morcelé, connaissent une exploitation extensive et hétérogène, non "rationalisée", permettant la survie de quelques très gros arbres - la classe supérieure à 50 cm de diamètre paraissant déterminante, comme l’a prouvé la disparition de quelques couples cantonnés à la suite du rajeunissement intensif d’une parcelle de chênaie bressane.

L’espèce n’est aisément observable qu’à la période du chant. Ce couinement geignard répété en séries ascendantes ou descendantes est émis des derniers beaux jours de février à la mi-mai. Par la suite, le Pic mar devient très discret et ne répond presque plus aux imitations enregistrées de son chant (fort utile pour la prospection, la "repasse" ne doit être utilisée que ponctuellement, car sa répétition risque de provoquer le décantonnement des chanteurs). La loge est généralement creusée dans un tronc ou une grosse branche pourrissants, où sont déposés 4 à 7 oeufs. La détection du nid ne devient aisée qu’en fin d ’élevage des jeunes, lorsque ceux-ci, proches de l’envol, quémandent bruyamment leur becquée. Ces demandes incessantes permettent aussi la localisation des juvéniles volants et non encore émancipés, mais cette phase ne dure guère. Débute alors en juin-juillet une période pendant laquelle des jeunes en dispersion peuvent être occasionnellement observés loin des milieux habituellement fréquentés.

Longtemps méconnu, le Pic mar a subi dans notre région un déclin manifeste parfois préoccupant, tant ses exigences vont à l’encontre de la plupart des modes d’exploitation sylvicoles de nos forêts de plaine. Sa conservation passe par la préservation urgente et durable de vieilles forêts de feuillus au sein desquelles les arbres morts ne soient pas systématiquement abattus.

Texte : Pierre Crouzier, André Miquet
Photos : France DUMAS