Pic épeiche

Publié le jeudi 28 février 2008


Pic épeiche Dendrocopos major

Angl. : Great Spotted Woodpecker
All. : Buntspecht
It. : Picchio rosso maggiore

Portrait de Pic épeiche mâle, photo France DUMAS © 2008
Pic épeiche mâle, photo France DUMAS

Le Pic épeiche occupe l’ensemble du domaine paléarctique, depuis la façade atlantique (de l’Ecosse au Maroc), jusqu’au Pacifique (Kamchatka, Chine), et de la limite des taïgas au nord jusqu’aux steppes d’Asie centrale.

C’est le plus répandu des pics en France (où il ne manque que de deux secteurs des côtes méditerranéennes) comme en Rhône-Alpes. Il se rencontre dans toutes les zones arborées, de la plaine à la limite supérieure des forêts (nids observés jusqu’à 2 100 m d’altitude en Tarentaise, Miquet, inédit). En 1985, un recensement exhaustif sur 250 ha de pessière à mélèze et pin cembro favorables à l’espèce, entre 1 700 et 2 200 m d’altitude, a donné 9 couples (dont 8 nids actifs), soit 0,4 couple aux 10 ha (dont une concentration de 5 nids occupés sur 70 ha, soit 0,7 couple pour 10 ha, Miquet, inédit). Cette densité se compare bien aux I.P.A. constatés par Lebreton et al. (1976) en Maurienne (0,8 en pessière sèche ; 0,5 en pessière humide ; 0,8 en sapinière ; 0,7 en cembraie, 0,5 en pinède sylvestre ; 0,7 en mélézein ; 0,2 en pinède à crochet). Des densités fortes comme 2 couples sur 10 ha à Taninges (74), correspondent vraisemblablement à une concentration ponctuelle.

Pic épeicheM, photo France DUMAS © 2008
Pic épeiche M, photo France DUMAS

Toutes les forêts sont occupées dès lors qu’elles présentent une certaine proportion d’arbres de plus de 20 cm de diamètre et de troncs dégagés. L’espèce est réputée plus abondante dans les bois feuillus mûrs (Bavoux 1994), mais toutes les essences sont utilisées, depuis les ripisylves et la chênaie-charmaie jusqu’aux hêtraies sapinières, cembraies et mélézeins. En pessières et pinèdes, la cavité de nidification ne sera creusée que dans des essences compagnes (tremble ou mélèze en premier lieu) ou dans des troncs secs, du fait de la résine de ces conifères. La diversité du peuplement et le maintien d’arbres secs sur pied, favorables dans tous les cas, deviennent alors d’autant plus déterminants. Enfin, parcs, bocages ou peupleraies constituent des paysages "anthropiques" bien utilisés par l’espèce, capable par ailleurs d’occuper la même cavité plusieurs années de suite (5 ans dans un mélèze à Mâcot (73) , Miquet, inédit).

Pic épeiche, photo France DUMAS © 2008
Pic épeiche F, photo France DUMAS

Si le premier tambourinage a été noté un 2 janvier (1987) à Lapeyrouse (Dombes), ces manifestations ne démarrent véritablement que durant la dernière décade de janvier et surtout les deux premières de février. Les pontes surviennent pour l’essentiel en mai. Des nichées ont été notées de mai à août, avec pour extrêmes le 22 mai 1985 à La Blachère (Tricastin) et le 17 août 1990 à St Aignan en Vercors ; en dehors de ces extrêmes, sur 28 nichées, 23 sont notées en juin, dont 13 dans la seconde moitié de ce mois. Aucun gradient altitudinal clair n’apparaît, la phénologie de la reproduction paraissant similaire entre la plaine et l’étage montagnard ; ce "synchronisme" de la reproduction entre les étages s’observe également d’une population à l’autre à travers l’Europe et pourrait être liée à une certaine indépendance de l’offre alimentaire, présente au coeur du bois, vis à vis des facteurs climatiques. L’élevage des jeunes au nid, qui dure 20 à 24 jours, est suivi d’une période d’émancipation de 8 à 10 jours (et jusqu’à 30 jours). Il s’en suit un regain d’activités vocales au mois d’août, prélude à la dispersion des jeunes. Bien que la sédentarité soit de règle dans notre région comme dans l’ensemble de l’Europe moyenne, des mouvements importants sont possibles chez le Pic épeiche, avec des apparitions régulières d’oiseaux de la sous-espèce du nord de l’Europe dans les Alpes - notamment lors d’années de faible fructification des conifères de cette région. A Ceyzériat (01), 2 migrateurs sont notés le 24 octobre 1987, 4 en trois jours entre le 25 septembre et le 6 novembre 1988, 8 en sept jours entre le 5 septembre et le 20 octobre 1990. Dans l’étage subalpin, la rareté des observations hivernales laisse supposer une certaine "transhumance" altitudinale.

Portrait de Pic épeiche juvénile, photo France DUMAS © 2008
Pic épeiche juvénile, photo France DUMAS

Bien que l’espèce soit fort commune et répandue, son rôle de forage de cavités (utilisées par d’autres espèces cavernicoles) en font une "espèce clé" pour l’écosystème forestier, méritant donc des attentions particulières. Or la gestion sylvicole habituelle, s’il s’en accommode, est loin de lui être favorable car elle élimine les troncs avant qu’ils n’atteignent leur "optimum biologique" pour cette espèce. La préservation des bois morts sur pied est vivement souhaitable, surtout en forêts résineuses, où la présence voire l’augmentation des essences compagnes feuillues devrait être un objectif. Enfin, la recommandation de l’O.N.F. de conserver un "arbre à cavité" par hectare constitue un premier pas intéressant mais encore trop limité.

Texte : André Miquet
Photos : France DUMAS

Pic épeiche, béquée, photo France DUMAS © 2008
Pic épeiche (béquée), photo France DUMAS