Pic cendré

Publié le jeudi 28 février 2008


Pic cendré Picus canus

Angl. : Grey-headed Woodpecker
All. : Grauspecht
It. : Picchio cenerino

Espèce paléarctique, le Pic cendré est présent en Europe de la Bretagne à la mer Noire, du sud de la Scandinavie à l’extrême nord de la Grèce. Dans notre pays, l’espèce occupe une large bande de territoire reliant la Bretagne, l’embouchure de la Garonne, l’Alsace, la Lorraine et la Franche-Comté. Elle n’est présente que très ponctuellement au sud de cette zone et atteint sa limite méridionale française en Haute Loire (Cuisin in [N]). Les populations rhônalpines sont donc très marginales sur le plan national tant par leur localisation que par leurs effectifs très réduits. Essentiellement rencontré dans la moitié occidentale du département de l’Ain, ce Pic occupe notamment les grandes chênaies bressanes ou dombistes (Lescheroux, forêts de la Réna et Seillon), plus ponctuellement le Bugey, la plaine de l’Ain (01), l’Ile Crémieu, le Triêves, le Vercors (38), les Monts d’Or et du Lyonnais (69). Les populations autrefois bien établies du bassin lémanique n’ont que très partiellement été retrouvées lors des prospections récentes, ce qui traduit bien la réalité du déclin mis en évidence depuis plusieurs années dans cette région. L’observation d’un chanteur en 1991 au lieu-dit du Bois d’Abeau en Basse Ardèche constitue sans doute l’une des données françaises les plus méridionales.

Il convient toutefois de préciser que le Pic cendré est un oiseau discret fort peu commun dans notre région et ne chantant régulièrement que de février à mai. Sa présence peut donc très aisément échapper aux observateurs, notamment à ceux n’ayant pas recours aux imitations du chant (même sifflées) auxquelles l’espèce répond généralement avec vigueur. N’excédant certainement pas quelques dizaines de couples, les effectifs rhônalpins sont si faibles que nous ne disposons guère de données permettant de définir des densités. Signalons toutefois l’existence de petits noyaux de population, à titre d’exemple, 3 chanteurs sur 500 m de lisière forestière à Certines (Dombes) le 3 mai 1986 ou 2 couples distincts cantonnés sur environ 3 km² de chênaie bressane au printemps 1987.

Généralement absente des zones d’altitude, l’espèce fréquente essentiellement dans notre région les forêts de feuillus de plaine, leurs lisières, mais, dans le département du Jura tout proche (GOJ 1993), elle a aussi été rencontrée en peupleraie, en aulnaie-frênaie ou même dans les boisements mixtes de la Forêt de la Fresse à 750 m d’altitude et, en Suisse, à l’étage subalpin . Apparemment sédentaire, ce pic occupe d’année en année les mêmes territoires. Le chant débute au début de mars (date précoce : 27 février 1979 au Montellier, en Dombes), culmine en mars-avril, puis devient de plus en plus rare (chant tardif le 15 juillet 1960 à St Marcel en Dombes). Ce phénomène qu’amplifient la feuillaison et la discrétion de l’espèce contribue à la méconnaissance de son cycle de reproduction. Des études faites ailleurs (Cuisin in [N]) précisent que le nid est creusé dans un arbre mort pourrissant, à une hauteur très variable, qu’une ponte de 5 œufs y est déposée en mai ou juin et que les jeunes s’envolent 3 à 4 semaines après l’éclosion. Débute alors une période d’erratisme pouvant suggérer la reproduction en des lieux où l’espèce ne niche pourtant pas.

En l’état actuel de nos connaissances, le Pic cendré se raréfie dans notre région comme en atteste sa disparition progressive des districts du Roannais (42), des Monts du Chat (73) et du Grésivaudan. Cette espèce n’a cependant sans doute jamais été très commune en Rhône-Alpes ; Bernard signalait dès 1909 qu’elle était "très rare" dans l’Ain et relatait des observations "au passage, fin septembre, en Dombes", ce qui peut évoquer un phénomène de dispersion postnuptiale. Ajoutons enfin que la fragilité actuelle des populations rhônalpines ne permet guère d’envisager d’autres actions de protection que celles tendant à préserver les milieux occupés et, d’une manière plus générale, à encourager une politique forestière plus respectueuse des vieux arbres dépérissants ou morts, voire des ripisylves.

Pierre Crouzier