Phragmite des joncs

Publié le jeudi 28 février 2008


Phragmite des joncs Acrocephalus schoenobaenus

Angl. : Sedge Warbler
All. : Schilfrohrsänger
It. : Forapaglie

Largement répandu dans l’ouest et le centre du Paléarctique, le Phragmite des joncs niche du nord des côtes norvégiennes (au-delà du cercle polaire) à la Turquie ; il se raréfie cependant très nettement en Europe occidentale en deçà du 45ième parallèle. En France, il n’est régulièrement rencontré qu’au nord d’une ligne reliant Bordeaux à Strasbourg et ponctuellement présent dans le centre et l’est du pays. Cette fauvette paludicole est absente de la moitié méridionale de notre région et n’est réellement implantée qu’en Dombes (01), dans le Val de Saône (01 - 69) et, marginalement, en plaine du Forez (42). D’autres données plus ponctuelles ont été collectées en Bresse, dans la plaine de l’Ain (01), à l’Etournel sur le Haut-Rhône (01-74), au lagunage de la Buisse prés de Grenoble (38). L’espèce niche donc quasi exclusivement en plaine à la faveur de zones humides calmes, pourvues d’une végétation dense. Particulièrement modestes, les effectifs rhônalpins semblent tout à fait marginaux sur le plan national et ils n’atteignent sans doute pas mille couples. Réparti de manière très fragmentaire, y compris dans ses biotopes les plus favorables, cet oiseau peut cependant connaître localement des densités élevées. Bournaud et Ariagno (1969) dénombraient ainsi 12 à 13 couples pour 10 ha de jonchaie dombiste, 11 pour la même surface de végétation palustre, et le marais des Echets (01) comptait même en 1965, avant son asséchement, 200 à 250 couples nicheurs. Plus récemment, furent comptés à Lapeyrouse, dans l’un des fiefs dombistes de l’espèce, 16 puis 17 mâles chanteurs sur seulement 300 m de lisière d’étang. Signalons toutefois que ces observations remarquables furent effectuées les 13 et 27 avril 1996, soit à une époque de migration lorsque se cantonnent momentanément des oiseaux qui nicheront ailleurs. En d’autres milieux, les saulaies et taillis du Val de Saône à Feillens (01), 4 chanteurs sur 500 m ont été dénombrés en 1981, alors que 5 chanteurs occupaient, en juillet 1998, 10 ha d’un marais de la partie rhodanienne du même district. Ces biotopes demeurent cependant relativement marginaux dans notre région, les phragmites y occupant essentiellement les ceintures végétales palustres, les jonchaies, souvent à proximité de quelques saules, de buissons ou de champs de colza d’où les mâles peuvent chanter et surveiller leur territoire.

Particulièrement précoces pour des Sylviidés paludicoles, les premiers phragmites nous reviennent généralement au début d’avril (date moyenne sur 19 ans : le 2 avril), parfois dès la fin de mars, le plus précoce étant rapporté par Vaucher qui a noté un chanteur en Dombes le 7 mars 1948 (Lebreton et al. 1991). Le passage bat son plein en avril-mai et permet l’observation ponctuelle de chanteurs dans des milieux atypiques rapidement abandonnés par la suite. Le vol nuptial plané des mâles et leur chant permettent de repérer aisément ces hôtes généralement discrets. Par la suite, 4 à 6 oeufs sont déposés dans un nid construit le plus souvent dans la végétation basse. Les jeunes s’envolent un mois plus tard et s’émancipent progressivement (jeunes voletant nourris le 30 mai 1980 à Bouligneux - 01, à Lapeyrouse - 01 - le 18 juin 1990). Débutent alors les secondes nichées (notées pour 5 couples sur la réserve de Villars les Dombes en 1967). Le passage, peu apparent, commence en août comme le mettent en évidence des campagnes de baguage. Des mouvements migratoires furent ainsi détectés dès le 30 juillet 1995 à Pierrelatte (26) ; ils se poursuivent durant tout le mois, pour s’achever à la mi-septembre (date moyenne sur 10 ans, entre 1966 et 1989, le 17 septembre), l’oiseau le plus tardif ayant été signalé à Billième (73) le 5 octobre 1966. On suppose que, contrairement à la majorité des migrateurs notés en France, les nicheurs rhônalpins n’empruntent pas, pour gagner leurs quartiers d’hiver d’Afrique occidentale, la voie du littoral atlantique mais optent pour un itinéraire passant par l’Italie puis la Tunisie, comme en atteste la reprise à Ravenne (Italie), le 17 septembre 1972, d’un oiseau bagué le 26 août 1972 à Villars les Dombes.

L’espèce n’ayant sans doute jamais été réellement abondante dans notre région, il est difficile de savoir quelle y est son évolution. Il serait toutefois étonnant qu’elle échappe à la diminution constatée très généralement dans notre pays et qu’explique la régression des zones humides de qualité. Les phragmites des joncs voient donc, comme bien d’autres espèces aquatiques ou paludicoles, leur préservation subordonnée à celle des milieux qu’ils affectionnent.

Pierre Crouzier