Perdrix grise

Publié le jeudi 28 février 2008


Perdrix grise Perdix perdix

Angl. : Grey Partridge
All. : Rebhuhn
It. : Starna

Perdrix grise, photo Rémi RUFER © 2008

Espèce euro-turkmène, la Perdrix grise est bien répandue depuis le sud-ouest de la Sibérie et le Kazakhstan jusqu’en France et les Iles Britanniques. Elle a été également introduite en Amérique du nord. En Europe, l’espèce ne manque guère que dans la péninsule ibérique (Pyrénées et Monts cantabriques exceptés), les iles méditerranéennes, le sud de la Grèce, la majeure partie de la Suisse et les deux tiers nord de la Scandinavie (Cramp et Simmons 1980).

En France, la Perdrix grise est essentiellement présente au nord d’une ligne Bordeaux-Mende-Annecy, mais occupe aussi la chaîne pyrénéenne. Sa limite méridionale dans notre pays correspond schématiquement à l’isotherme de 25° en juillet (la vallée du Rhône et ses contreforts au sud de St Vallier dans notre région).
En région Rhône-Alpes, de petites populations subsistent dans l’Ain (Plaine de l’Ain, Dombes, Bresse) et dans la Loire (Plaine du Forez essentiellement). Ailleurs, ce ne sont que des oiseaux ou des couples isolés qui ont été signalés durant l’enquête de l’Atlas. Aucun indice n’a été relevé au-dessus de 500 m. La nidification la plus méridionale a été observée à Dionay (38). Cette répartition rhônalpine actuelle n’est plus que la pâle relique de ce que furent autrefois les peuplements régionaux. Ceux-ci occupaient 24 des 55 districts rhônalpins, particulièrement l’ouest du département de l’Ain, tout le département du Rhône et celui de la Loire, Monts de la Madeleine et gorges sud de la Loire excepté. Des populations plus isolées et moins nombreuses habitaient le bassin lémanique, le Genevois, les bassins d’Annecy et de Rumilly, l’Ile Crémieu, les massifs du Grésivaudan, de Belledonne, du Vercors et du Trièves, les Moyenne et Basse Vallée du Rhône ([R] et compléments). Autrefois, l’espèce aurait atteint l’altitude de 2 000 m dans l’Oisans (Géroudet 1978) bien que l’existence passée de populations de montagne soit controversée dans notre région. Sans atteindre plusieurs dizaines de couples (jusqu’à 100 dans certains secteurs, il est vrai très “ aménagés ”, des plaines du nord de notre pays) aux 100 ha, bon nombre de districts rhônalpins connaissaient des densités égales ou légèrement supérieures à 10 couples / 100 ha. Ce ne sont plus que des souvenirs. Les meilleurs secteurs ne retiennent plus que 2 ou 3 couples sur de telles surfaces mais ceux qui n’hébergent qu’un couple sont déjà bien lotis !

Les compagnies automnales et hivernales (probablement des groupes familiaux) comptaient en moyenne 11 individus (d’après 44 groupes dombistes [R]). Par la suite, l’effectif moyen (calculé cette fois à partir d’observations effectuées dans toute la région Rhône-Alpes, mais surtout dans la Plaine de l’Ain) s’est maintenu jusqu’à la fin des années 1970 (moyenne de 11,7 pour les années 1976 à 1979, n = 7 compagnies), puis n’a cessé de se dégrader, passant à 8,36 pour la décennie 1980 (n = 84) et chutant à 6,0 pour les années 1990 (n = 26), avec même des valeurs minimales records en 1993 (5,2) et 1994 (4,25). Il est loisible d’expliquer cette baisse des effectifs des compagnies par une difficulté accrue de mener à bien l’incubation et, plus tard, l’élevage des jeunes.
En Dombes, les compagnies se disloquaient à la mi-février. Dans la Plaine de l’Ain, l’éparpillement des couples est plus précoce, se produisant durant la dernière décade de janvier quoique les groupes soient susceptibles de se reformer plus tard, avec le retour d’une vague de froid. Les emplacements des nids ne diffèrent guère de ce qui est connu ailleurs en France : champs de colza, de céréales, luzerne, prairies naturelles ou artificielles, friches ou jachères, bordures de haie, zones incultes aux pieds de pylônes électriques. Là où ils subsistent, les milieux herbacés constituent souvent de dangereux pièges lors des fauches ou des ensilages comme lors du broyage des jachères. Pourtant, ces zones sont presque toujours les seules à héberger suffisamment d’insectes indispensables à la nourriture des jeunes durant leurs premières semaines. Dans l’Ain, durant la période 1958-1975, les pontes comptaient en moyenne 15,2 œufs avec des valeurs maximales de 23 et 24. Les éclosions intervenaient dès le début de juin, avec un pic marqué après la moitié de ce mois (Fournier 1981). Ces données semblent toujours de mise actuellement. Des pontes plus tardives sont possibles : couple avec 3 pulli au quart de la taille des adultes à Château-Gaillard (01) le 7 août 1994, adulte avec 16 juvéniles non volants à Château-Gaillard le 17 août 1981, poussins n’atteignant pas les deux tiers de la taille adulte en Dombes le 11 septembre 1966.

Même dans ses derniers bastions rhônalpins, l’avenir de la Perdrix grise apparaît bien sombre. Une agriculture trop “ agressive ” (généralisation de la maïsiculture et régression des milieux herbacés, suppression des haies, emploi de pesticides, etc) amène l’espèce au bord de l’extinction. Là où elle est inadaptée aux effectifs, la pression de chasse constitue un facteur aggravant. Le recours massif aux oiseaux d’élevage s’avère pervers. Il cause de multiples pollutions génétiques (il n’existe probablement plus de souches locales) et masque la réalité de la délicate situation de l’espèce. Son emploi ne se justifie que pour réimplanter celle-ci dans les secteurs où elle a disparu mais doit alors s’accompagner d’une politique de restauration de milieux favorables. Dans tous les cas où ceux-ci n’existent plus, de telles tentatives paraissent vouées à l’échec et l’on ne saurait alors faire grief aux prédateurs attirés par ces oiseaux faciles à capturer. L’urbanisation croissante diminue encore un peu les zones favorables. C’est le cas, par exemple, du Canton de Genève voisin, où l’interdiction de la chasse dès 1976 a permis aux effectifs locaux de s’étoffer provisoirement, les oiseaux traversant la frontière étant alors exterminés à chaque saison de chasse.

Texte : Alain Bernard
Photo : Rémi RUFER