Perdrix bartavelle

Publié le jeudi 28 février 2008


Perdrix bartavelle Alectoris graeca

Angl. : Rock Partridge
All. : Steinhuhn
It. : Coturnice

Gibier en France, inscrite à l’annexe 1 de la Directive Oiseaux, cette Perdrix est chassée en Isère depuis 1985, et dans quelques communes de Savoie depuis 1993, avec instauration d’un Prélèvement Maximal Autorisé. Oiseau des montagnes du sud-est de l’Europe, la Perdrix bartavelle se rencontre des Alpes aux îles grecques, en Sicile et dans les Apennins ; la sous espèce A. g. saxatilis s’étend des Alpes dinariques aux Alpes françaises, limite occidentale de l’espèce. Cette affinité pour les montagnes chaudes et sèches se retrouve dans la distribution française, exclusivement alpestre. Les Alpes internes abritent la majorité de la population, avec une préférence marquée pour les adrets, surtout entre 1 500 et 2 600 m d’altitude. Dans les Préalpes du nord, les Bornes et la Chartreuse trop humides paraissent inoccupées, contrairement aux Bauges grâce au site très particulier de l’Arclusaz (73). Au sud, Vercors et Trièves sont peu peuplés (Goubert 2000b). La répartition régionale couvre les quatre départements alpins, la Savoie étant la mieux pourvue. Les trop rares recensements donnent des densités de 0,7 à 2,8 coqs chanteurs au km² de biotope de reproduction potentiel (O.G.M. 1997), soit 0,6 à 2,2 couples au km², en considérant 20 % de mâles célibataires (Bernard-Laurent et de Franceschi 1994 ). La population française serait de l’ordre de 2 000 à 3 000 couples, dont 300 à 1 000 couples pour Rhône-Alpes (Bernard-Laurent et de Franceschi 1994).

L’habitat de la Bartavelle combine rochers et graminées, dans de fortes pentes bien exposées : depuis les prairies pas trop denses avec blocs rocheux, les landes à genévriers (Juniperus sp.) ou raisins d’ours (Arctospaphylos uva - ursi) offrant une bonne proportion de végétation herbacée, jusqu’aux éboulis plus ou moins herbeux et aux pelouses des crêtes et des karsts ; les champs de céréales apportent ponctuellement un appoint apprécié. Une végétation trop rase ou uniforme ou des plateaux trop vastes sans accident de terrain sont évités, de même qu’un couvert forestier excessif : seuls des prés-bois ou mélézeins clairs, permettant l’installation d’un couvert herbacé, peuvent être fréquentés ; de petits arbres dispersés sont même appréciés. L’importance d’un relief accusé favorise le camouflage, la fuite et permet l’étalement des ressources (fleurs, graines et baies) et des taches de déneigement (par abri, soufflage ou fonte) ; celles-ci sont vitales pour cette espèce totalement inadaptée à un manteau neigeux continu (incapacité à digérer des éléments ligneux). C’est pourquoi des crêtes ventées, des barres rocheuses voire des falaises exposées plein sud sont nécessaires au moins durant les périodes hivernales ; elle peut alors se rapprocher des villages, voire hiverner autour de granges. Un habitat en mosaïque, grâce à la diversité de sa végétation et à sa micro topographie, lui permet d’optimiser l’utilisation de l’espace en fonction des épisodes climatiques ou des phases du cycle annuel. Selon cette diversité, les surfaces utilisées pendant l’année par un adulte (estimées à 250 ha environ), pourront être d’un seul tenant, ou couvrir plusieurs kilomètres carrés voire conduire à de véritables migrations (jusque 25 km si nécessaire). Les exigences hivernales "dilatent" également l’amplitude altitudinale des bartavelles, puisque selon les individus ou les conditions écologiques, elles peuvent hiverner à 700 m, comme à 3 000 m (amplitude de 2 300 m, record chez les galliformes de montagne).

Les coqs de Perdrix bartavelle défendent leur territoire d’avril au début de mai, les postes de chant marquant plutôt la partie basse du domaine vital ; 20 % des coqs sont célibataires. Les nichées s’échelonnent de juin à septembre (5 jeunes le 30 juillet 1971 à Villaroger, Tarentaise - Tournier et Lebreton 1973). A Bourg St Maurice (73) et Oris en Rattier (38), en moyenne 47 % des femelles ont eu une nichée (22 à 67 %) comportant en moyenne 4,5 poussins (2,5 à 7,6, O.G.M. 1997). Les nichées sont élevées sur un petit territoire, pour se regrouper plutôt à haute altitude dès l’automne ; la croissance des jeunes ne sera réellement achevée que vers la fin d’octobre. Les compagnies, mâles et femelles mélangés, se disperseront plus ou moins avec l’arrivée de la neige, les zones d’hivernage pouvant être choisies soit sur place soit dans un massif voisin.

La Perdrix bartavelle subit des fluctuations démographiques très marquées en fonction des années, hivers enneigés et étés pluvieux conduisant à de véritables effondrements de population, voire à des disparitions dans les massifs marginaux ou enneigés (Haute-Savoie, Préalpes). En 1989, elle aurait ainsi disparu de 43 % des communes où elle était présente en 1964 et notamment de la plus grande partie de la Haute-Savoie, des Bauges et du Vercors (Magnani et al. 1990), ce qui a conduit à la fermeture de la chasse (1974 en Haute-Savoie, 1980 en Savoie, 1981 en Isère). Par contre, les années favorables du début des années 1990 ont conduit à un retour prononcé de la Bartavelle.

Pressentant cette évolution la chasse a hâtivement été à nouveau autorisée, avec Prélèvement Maximal Autorisé il est vrai, en 1985 en Isère et en 1993 en Savoie (9 communes). Comme pour le Tétras lyre, le retour de la forêt dans les pâturages créés par l’homme est synonyme de restriction d’habitat pour la Bartavelle. Toutefois, les abattages d’arbres ou surtout les brûlages de landes, parfois pratiqués, ne sont pas plus justifiables sur le plan déontologique que les "cultures à gibier", sauf peut-être dans les cas extrêmes. Sur le fond, il conviendrait plutôt de veiller à retarder et surtout à diminuer le pâturage ovin qui sévit sur une grande partie du biotope "légitime" de la Bartavelle, c’est-à-dire la "zone de combat" et les pelouses alpines d’adret ; la charge des ongulés domestiques mais aussi sauvages devrait être évaluée de manière à ne pas altérer la végétation herbacée et à contrôler la végétation ligneuse. Par ailleurs, cette perdrix souffre de mortalité par collision dans les filets à mouton et dans les câbles à foin ou de déclenchement d’avalanche ; les pistes pastorales, de plus en plus nombreuses dans son domaine, augmentent le nombre de promeneurs, de chiens et de chasseurs - ceux-ci devenant plus efficaces avec l’augmentation actuelle du nombre de chiens d’arrêt. Cette espèce, protégée en Suisse et Autriche, mérite des précautions toutes particulières. Enfin, l’interdiction de tout lâcher de Perdrix rouge (Alectoris rufa) et surtout de Chukar (Alectoris chukar), espèces fréquemment introduites par les A.C.C.A. de montagne et parfois capables de survivre dans les habitats à bartavelles, serait tout à fait souhaitable dans toutes les Alpes, à cause des risques sanitaires et d’hybridation.

André Miquet