Nette rousse

Publié le jeudi 28 février 2008


Nette rousse Netta rufina

Angl. : Red-crested Pochard
All. : Kolbenente
It. : Fistione turco

Nette rousse, photo Rémi RUFER © 2008

De catégorie faunistique sarmatique, ce canard est très peu répandu. Sa distribution ne présente un caractère continu que des rivages orientaux de la mer Noire jusqu’à l’est du Kazakhstan. En Europe, la Nette se reproduit sporadiquement entre le Danemark et la Pologne et le sud de la péninsule ibérique. En dehors de Rhône-Alpes, seuls quelques sites français accueillent des oiseaux nicheurs : la Corse, la Camargue (13, 30) et la Brenne (36) (Boutin in [N]).

Dans notre région, l’espèce n’est anciennement présente qu’en Dombes (01), avec 80 à 120 couples de nos jours, et dans la plaine du Forez (42) qui héberge 50 à 70 couples. La Basse Vallée du Rhône (07, 26) n’est occupée (35 - 65 couples) que depuis 1984. En Isère, la reproduction (1 seul couple) n’a été constatée sur un étang de l’Ile Crémieu qu’en 1996 et 1997. Dans le Rhône, une reproduction a été constatée à Décines en 1997. Avec 165 à 255 couples, les populations rhônalpines représentent probablement les 2/3 des effectifs français. La répartition des nicheurs n’est pas homogène, l’espèce manifestant une nette tendance "agrégative". Certains étangs ou plans d’eau retiennent de quelques couples à près d’une dizaine alors que des secteurs voisins n’en hébergent aucun.

Pour se reproduire, la Nette rousse a besoin d’étangs ou de plans d’eau (souvent de type eutrophe) riches en herbiers, de Characées notamment, et pourvus d’une importante végétation rivulaire (scirpes, phragmites, ronces également) dans laquelle sont déposées les pontes. D’après les données fournies par 131 nichées dombistes et 104 foréziennes (M.N.H.N. et O.N.C. 1989), les pontes interviennent entre la fin mars et le début juillet avec un maximum en mai et juin. Les jeunes s’envolent entre début juin et le tout début de septembre, occasionnellement plus tard : 2 jeunes non volants à Sandrans (01) le 22 septembre 1984, 1 jeune non volant le 1er octobre 1985 à Birieux (01).

Le nombre moyen de jeunes par famille était de 6,8 dans le Forez entre 1980 et 1984 (n = 50 familles - Boutin in [N]). En Dombes, sur une centaine de familles notées jusqu’à la fin des années 1980 (Lebreton et al. 1991), cette moyenne était de 6,3. Plus récemment, cette valeur semble s’être quelque peu tassée puisqu’elle n’est plus que de 5,82 pour les années 1990-2000 (n = 284). Des familles nettement plus importantes (jusqu’à 13 jeunes le 16 juillet 1999 à Bouligneux - 01 - et 16 à Rochemaure - 07 - le 19 juin 1997) résultent peut-être de pontes de plusieurs femelles dans le même nid. De plus, l’espèce se caractérise par une tendance, variable selon les sites et les années, au parasitisme. En Dombes, celui-ci s’exerce essentiellement aux dépens des Fuligules milouin et morillon (Aythia ferina et A. fuligula), et dans une moindre mesure du Canard colvert Anas platyrhynchos). En 1984, 3,8 % des familles de Milouin étaient touchées alors que ce pourcentage s’élevait à 10,3 % pour celles de Morillon (Bernard 1985). Sur la décennie 1990, ce pourcentage n’a pas dépassé 1,44 % pour le Milouin (en 1996) et était proche de 0 pour le Morillon, sauf en 1994 où il a atteint 14,28 % (un cas pour seulement 7 familles).

Dès le milieu de l’été, la plupart des mâles et des femelles non nicheuses quittent notre région pour aller muer sur les lacs de Constance (Allemagne et Suisse). En automne, notre région est traversée par un discret passage d’oiseaux qui ne semblent guère y stationner avant de rejoindre les sites d’hivernage de Camargue et de la péninsule ibérique. Autrefois, l’hivernage était peu fréquent en Rhône-Alpes et ne concernait que de rares oiseaux ([R]). Cette situation s’est complètement modifiée depuis l’occupation du lac de Divonne (01) durant l’hiver 1979/1980. Là, des oiseaux stationnent d’octobre à avril et leur nombre est maximal en janvier-février, avec des extrêmes de 450 le 20 février 1992 et 820 le 3 janvier 1998. Depuis le début des années 1990, le lac d’Annecy (74) retient lui aussi quelques dizaines d’oiseaux en hivernage (maximums de 106 le 29 février 1992 et 274 le 18 janvier 1987). Les mouvements "printaniers" sont partout bien marqués au début de février, mais débutent parfois plus tôt, dès la première décade de janvier. Cette migration se prolonge à l’occasion jusqu’en mai puisqu’une troupe de 144 oiseaux stationnait sur un étang dombiste le 16 mai 1999 à Lapeyrouse.

Un oiseau bagué poussin en Tchécoslovaquie a été repris en Dombes. Trois oiseaux marqués sur le site de mue à Constance ont été retrouvés dans la Drôme et la Loire et un autre hivernant en Suisse a été tué en Dombes. Des poussins nés en Dombes (10) et dans le Forez (2) ont fourni 12 reprises, toutes à la chasse : 7 en Dombes, 3 en Forez, 1 en Ardèche et 1 en Saône-et-Loire. Leur espérance de vie, entre marquage et reprise, fut très courte : 57 jours seulement (extrêmes : 10 - 113 jours). La survie des adultes semble meilleure, puisque 3 oiseaux bagués au printemps et en été dans le Forez, en automne en Dombes, ont survécu après leur marquage respectivement 57 mois (reprise en Ardèche), 34 mois (Pologne) et 24 mois (Italie).

La région Rhône-Alpes constitue le principal peuplement de l’espèce dans notre pays. Le maintien de sites favorables pour la reproduction semble capital. Compte-tenu des résultats du baguage, les jeunes nettes paraissent très vulnérables à la pression de chasse durant les semaines qui suivent leur envol. Il est d’ailleurs loisible de se demander si la faiblesse des effectifs nicheurs de notre pays ne justifie pas leur protection intégrale.

Texte : Alain Bernard
Photo : Rémi RUFER
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