Mouette mélanocéphale

Publié le jeudi 28 février 2008


Mouette mélanocéphale Larus melanocephalus

Angl. : Mediterranean Gull
All. : Schwarzkopfmöwe
It. : Gabbiano corallino

La distribution et les effectifs de la Mouette mélanocéphale sont en pleine évolution. Longtemps confinée en Europe aux rivages ukrainiens de la Mer Noire, à la Grèce et à la Turquie, l’espèce a essaimé dans la plupart des pays du continent, avec une première nidification en Camargue dès 1965. L’explosion du nombre de couples à partir de 1988 y est probablement due en partie à une forte immigration en provenance des côtes ukrainiennes (Sadoul 1998). En France, la Camargue accueille 80 à 90 % de l’effectif national total (qui s’élevait à 682-793 couples en 1996 - Yésou 1997). Le reste de la population (86-99 couples en 1996) niche dans une quinzaine de départements répartis irrégulièrement dans une large bande oblique reliant la Charente-Maritime et la Loire-Atlantique au Pas-de-Calais et au Bas-Rhin.

La Mouette mélanocéphale poursuit actuellement son expansion. Dans ce contexte, la faiblesse des données rhônalpines paraît surprenante : seuls deux nidifications possibles apparaissent sur la carte à l’issue de la période d’étude : l’une en plaine du Forez (42), l’autre en Dombes (01). Il faut écarter un manque de prospection car les colonies foréziennes de mouettes rieuses bénéficient traditionnellement d’un suivi attentif ; d’autre part, la nidification de la Mouette mélanocéphale a été spécifiquement recherchée en Dombes ces dernières années, sans succès. L’effectif nicheur en Rhône-Alpes reste donc provisoirement nul puisque la nidification n’y a jamais été prouvée. En période de reproduction, l’espèce recherche la compagnie des mouettes rieuses ; elle fréquente donc le même habitat, c’est-à-dire les étangs à la végétation palustre développée, avec une préférence pour les joncs et les scirpes. En migration, elle affectionne aussi les rivages des lacs alpins et le cours du Rhône ; elle visite également les dépôts d’ordures.

La migration prénuptiale débute dès février, au sein des mouvements de mouettes rieuses où l’espèce n’est pas toujours aisée à détecter. Une augmentation des mentions est cependant sensible. Les données rassemblées au cours du suivi régulier d’une décharge publique à Viriat (01) à partir de 1990 (Crouzier en prép.) l’illustrent : la première mention d’un individu en Bresse a eu lieu en février 1992 ; depuis, l’espèce est devenue annuelle, jusqu’à fournir 8 données concernant au moins 4 oiseaux différents en 1998. De même, on peut s’attendre à ce que le récent maximum régional (6 le 12 avril 1998 au Pouzin - 07) soit rapidement dépassé dans les années à venir. A la fin d’avril et au mois de mai, le statut des oiseaux observés dans des colonies de mouettes rieuses devient difficile à préciser. Il s’agit sans doute plus de “ nicheurs-prospecteurs ” malchanceux que de migrateurs attardés, même s’ils ne sont pas revus par la suite. Citons ainsi, par exemple, un adulte le 26 avril 1986 au delta de Dranse (74) ou 4 adultes nuptiaux le 27 avril 1996 à Birieux (01). Certains oiseaux en plumage de deuxième été fréquentent aussi les colonies de mouettes rieuses (par exemple un les 12 et 19 mai 1980 en Forez ; de même en Dombes, un adulte et un oiseau de deuxième été à Saint Nizier le Désert le 23 avril 1995 et à Sandrans le 9 mai 1999). Leur possible reproduction ne doit pas être écartée au vu de leur plumage, car les jeunes colonies se caractérisent par l’importance relative de ces “ immatures ”(32 à 37 % des nicheurs, Yésou 1997).

De même, l’observation d’un individu manifestement accouplé avec une mouette rieuse le 10 mai 1980 à Sandrans (01), ne doit pas être considérée comme anecdotique. Là encore caractéristiques des premières installations de l’espèce, ces couples mixtes peuvent produire des jeunes à l’envol. Un hybride présumé a même élevé deux jeunes avec une mouette rieuse dans le Maine-et-Loire en juin et juillet 1998 (Leray et al.1999) et deux individus indifférents l’un à l’autre ont paradé avec un goéland cendré déjà apparié au delta de la Dranse (74) du 14 avril au 14 mai 1994.

La migration postnuptiale, très diffuse, détectée dès la fin de juillet (1 immature à l’Etournel - 01/74 le 28 juillet 1998 à Birieux - 01) se poursuit jusqu’en août-septembre. L’effectif maximal est peu élevé (5 le 15 septembre 1987 à l’Etournel ; 5 ou 6 le 25 août 1963 à Divonne - 01, Bernard 1986b). A l’inverse du passage prénuptial, la grande majorité des données concerne alors le bassin lémanique. L’origine de ces oiseaux n’est pas connue en Rhône-Alpes, mais une partie provient sans doute de Hongrie ou de la Mer Noire, comme cela a été établi ailleurs en Europe et en France. La seule donnée rhônalpine concerne un oiseau de premier hiver bagué en République tchèque et contrôlé à Viriat (01) les 13 et 20 mars 1999.

Quelques observations existent pour tous les mois d’octobre à février, mais un seul hivernage complet a été documenté dans notre région (très récemment à Miribel-Jonage et au Grand-Large - 69, du 15 octobre 1998 au 2 mars 1999 ; ici encore, on notera l’évolution rapide du statut de l’espèce). Peut-être l’espèce passe-t-elle inaperçue au sein des troupes de mouettes rieuses. Une attention particulière peut en effet révéler sa présence, comme par exemple un adulte dans un dortoir de 8 800 mouettes rieuses, le 15 décembre 1996 à Lapeyrouze (01). Cet oiseau était le seul signalé en Rhône-Alpes à cette période (Créau et Dubois 1997).

L’essor très rapide de la distribution et des effectifs de la Mouette mélanocéphale mérite d’être suivi de près en Rhône-Alpes.

Jean-Baptiste Crouzier