Moineau soulcie

Publié le jeudi 28 février 2008


Moineau soulcie Petronia petronia

Angl. : Rock Sparrow
All. : Steinsperling
It. : Passera Lagia

Le Moineau soulcie est une espèce paléoxérique, qui montre une distribution centrée en Europe sur le bassin méditerranéen, l’Espagne hébergeant la grande majorité des effectifs (de l’ordre d’un million de couples), suivie par la Turquie, le Portugal et l’Italie ([E]). En France, il est présent en Poitou-Charentes, dans une partie du Massif central et des Pyrénées, en Languedoc-Roussillon, dans les Alpes du Sud et en Corse. Sa répartition n’est donc pas strictement méditerranéenne ; il est par contre absent de Basse Provence ([N]).

La carte actuelle de distribution du Moineau soulcie en Rhône-Alpes permet de préciser certains détails par rapport au premier Atlas des oiseaux nicheurs de la région ([R]). Le Soulcie est partout rare et a une distribution très discontinue, ce qui est caractéristique de l’espèce (Lebreton 1976 ; Mingozzi et al. 1994). A l’ouest du Rhône, il est présent de l’extrême sud de la Loire (Pilat, communes de Malleval et Pélussin) au sud de l’Ardèche, et aurait donc disparu de 2 districts occupés en 1977 (Monts du Forez et Gorges Sud de la Loire). Les soulcies ardéchois sont principalement implantés dans le Haut Vivarais (secteur d’Annonay) et en Basse-Ardèche au sud d’Aubenas, avec une présence plus ponctuelle en bordure du massif du Coiron, dans la vallée du Doux et dans le massif du Mézenc (côté Haute Loire). L’espèce semble actuellement absente du reste du plateau ardéchois et des Cévennes, bien qu’elle ait été signalée de Haute-Ardèche en 1977 ([R]). A l’est du Rhône, le moineau soulcie est surtout présent dans la Drôme, avec une distribution également discontinue : vallées de la Drôme, de la Roanne et de l’Oule en Diois ; vallées de l’Aygues, de l’Ennuye, de l’Ouvèze et de la Méouge en Baronnies. Des sites plus ponctuels sont connus en vallée du Rhône et en Drôme des collines, secteurs non signalés dans le premier Atlas ([R]). Le statut du Moineau soulcie en Isère était, il y a peu, mal connu (Loose et Deliry 1995), bien qu’il ait été mentionné du Trièves et de l’Oisans ([R]). La nidification est prouvée depuis 1994 au moins à Clelles dans le Trièves et suivie annuellement depuis 1996, avec 3 à 5 mâles chanteurs, auxquels s’ajoutent des observations sur d’autres communes du Trièves (Mens, Prébois et le Monestier du Percy, avec 3 couples au moins) et de l’Oisans (Besse en Oisans), sans doute en relation avec les populations des Hautes-Alpes proches (Barbaro et Boyer 1999). En Savoie, la petite population de 10-15 couples étudiée en Haute-Maurienne par J.D. Lebreton en 1976 est toujours présente en 1997 (Lebreton et Martinot 1998). Enfin, en Haute-Savoie, des observations ont été signalées au sud d’Annecy aux printemps 1996 et 1997, sans que la reproduction ait été prouvée.

Le Moineau soulcie est une espèce indifférente à l’altitude, nichant du niveau de la mer à 2 000 m dans le Queyras ([R]). En Rhône-Alpes, deux tranches altitudinales distinctes sont particulièrement occupées, en raison des conditions climatiques et de la disponibilité des habitats favorables : la tranche 200-800 m (étages collinéen et supraméditerranéen) en Ardèche, Loire, Drôme et Trièves, et la tranche 1 200-1 800 m (étage montagnard supérieur) en Haute Loire et dans les secteurs à plus fort indice de continentalité des Alpes internes comme la Savoie, l’Oisans, les Hautes Alpes et le Val de Suse (Lebreton 1976 ; Mingozzi et al. 1994). L’espèce aime la lumière liée aux climats secs : pluviométrie moyenne annuelle inférieure à 700 mm en Catalogne (Cordero in Muntaner 1983) et dans les Alpes italiennes (Mingozzi et al. 1994), entre 800 et 950 mm dans la vallée de la Drôme et en Trièves (38).
Cependant, la répartition discontinue et agrégative du Moineau soulcie semble avant tout déterminée par la disponibilité des habitats favorables, en relation avec la structure du paysage, la nature et l’intensité des pratiques agricoles, la disponibilité en cavités et en Orthoptères, qui représentent 76 % des proies en période de nidification (Mingozzi et al. 1994). D’autre part, quand la disponibilité des proies n’est pas limitée, c’est avant tout la stratégie de reproduction originale (fort taux de polygamie) qui semble déterminer l’installation des colonies (Biddau et al. 1995). Enfin, la compétition avec d’autres espèces (moineaux, Passer spp., Etourneau sansonnet Sturnus vulgaris) est probablement un facteur important en cas de faible disponibilité en cavités (Spitz 1994, Barbaro et Boyer 1999).

La population française de moineaux soulcies, bien que n’ayant jamais fait l’objet de recensements systématiques, doit être comprise entre 2 000 et 5 000 couples nicheurs, dont 230 à 360 couples rhônalpins, soit 4,6 à 17,5 % de l’effectif national. De 100 à 200 couples seraient présents en Drôme, environ 100 en l’Ardèche, 10 à 20 dans la Loire, 10 à 20 en Isère et 10 à 15 en Savoie. Si les densités sont difficiles à estimer en raison de la répartition de l’espèce en petites colonies lâches, le chiffre de 5 à 10 couples pour 100 ha d’habitat favorable peut être avancé pour la Drôme (Diois). Les effectifs paraissent relativement stables d’une année sur l’autre sur les sites suivis depuis plusieurs années, mais une tendance à la régression depuis le premier Atlas est notable en Ardèche et Drôme. Le Moineau soulcie est susceptible d’occuper plusieurs types d’habitats, qui se caractérisent par l’association d’une architecture traditionnelle (villages ou bâtiments isolés) et d’une agriculture semi-intensive (Bugnicourt et Bousquet 1997). En Basse-Ardèche et dans la Drôme, le Soulcie niche souvent dans les colonies de Guêpier d’Europe (Merops apiaster), également dans celles des hirondelles de rivage (Riparia riparia) en Ariège (Bugnicourt et Bousquet in Joachim et al. 1997) ; il occupe les garrigues ouvertes de Basse-Ardèche et des Baronnies, les zones agricoles en mosaïques avec des pelouses sèches et des friches en Ardèche et dans la vallée de la Drôme. Les nids sont alors situés dans les granges en pierres isolées, les arbres morts ou coupés en têtards (noyers, mûriers, amandiers, poiriers,…), les tubes horizontaux creux des pylônes E.D.F. moyenne tension. Le Soulcie affectionne particulièrement les nichoirs rectangulaires du type de ceux employés pour la Chouette chevêche, même si des cavités naturelles sont présentes, et à condition qu’ils soient d’une profondeur importante (environ 50 cm) et placés en hauteur sur un support (pylône, bâtiment, etc). Plus au nord, l’espèce niche dans les zones de prairies de fauche avec de vieux noyers (vallée du Doux et Haut-Vivarais), dans les châtaigneraies claires en Ardèche (Coiron) et dans les zones d’agriculture mixte cultures-prairies-pelouses dans le Trièves (38) et en Haute-Maurienne (73), les nids étant alors situés à l’intérieur des villages. Enfin, un habitat urbain était occupé à Grignan dans le Tricastin (Olioso 1996). La région Rhône-Alpes se distingue par l’absence d’habitats rupestres connus. L’espèce est globalement sédentaire en Rhône-Alpes comme dans le reste de son aire européenne et ne semble se déplacer le plus souvent qu’à quelques kilomètres de son site de nidification en hiver, sauf en altitude. Le Soulcie peut alors être noté en dehors des sites de reproduction entre janvier et avril, comme par exemple en février 1999 à Vif (38), en février 1997 à Châteauneuf sur Isère (26), les 24 mars 1985 et 13 février 1989 au col de l’Escrinet (07), le 11 avril 1997 à Murianette (38). Il existe aussi, comme nous l’avons vu, des observations en Haute-Savoie pouvant se rapporter à de l’erratisme.

La chronologie de la reproduction du Moineau soulcie, mieux connue depuis quelques années, est tardive pour une espèce sédentaire et suit étroitement le cycle de vie des Orthoptères qui constituent l’alimentation principale des jeunes (Laferrère 1972 ; Mingozzi et al. 1994 ; Biddau et al. 1995). Les premiers chanteurs et couples cantonnés sont notés début avril en Ardèche, mais certains couples demeurent près de leurs cavités même en plein hiver dans la Drôme. La ponte a lieu de mi-mai à mi-juin, l’incubation dure 12 à 14 jours et les nourrissages commencent début juin dans la Drôme et l’Isère, fin juin dans le Haut-Vivarais (07), le séjour des poussins au nid durant de 17 à 19 jours. Les premiers jeunes s’envolent entre mi-juin et mi-juillet. Les pontes sont de 4 à 6 œufs en Italie (Mingozzi et al. 1997) ; dans la Drôme, deux pontes connues étaient de 6 et 5 œufs (deuxième couvée). La deuxième ponte est régulière, à la fin juillet-début août dans le Diois et l’Ardèche.

Le Moineau soulcie est très sensible à l’abandon des pratiques agricoles extensives. Si ses effectifs semblent stables au niveau européen, l’espèce semble avoir amorcé une régression récente en Grèce et Italie ([E]). La régression en France a été entamée au début du XXième siècle avec disparition de territoires en Bourgogne et du Jura (Mayaud 1936), les dernières citations dans le nord de l’Isère datant des années 1950 (Laferrère 1952). Aujourd’hui, l’espèce est en déclin un peu partout : Poitou-Charentes (Guignard in Rigaud et Granger 1999), Dordogne (Boutet et Petit 1987), Gard (C.O. Gard 1993), Vaucluse (Olioso 1996) et Var (Orsini 1994). En Rhône-Alpes, on a noté sa diminution en Ardèche et en Drôme. Les mesures de protection envisageables sont la pose de nichoirs spécifiques si les cavités manquent et surtout le maintien de pratiques agro-pastorales extensives sur les milieux ouverts où il se nourrit : cultures peu intensives (particulièrement en agriculture biologique), pelouses sèches fauchées ou pâturées, friches et jardins.

Luc Barbaro
Sébastien Blache
Alain Ladet