Moineau friquet

Publié le jeudi 28 février 2008


Moineau friquet Passer montanus

Angl. : Tree Sparrow
All. : Feldsperling
It. : Passera mattugia

Moineau friquet, photo Rémi RUFER © 2008

L’aire de répartition européenne du Moineau friquet, de catégorie faunistique paléarctique, couvre la quasi totalité de ce continent au sud du cercle polaire ; l’espèce a même été signalée dans l’extrême nord de la Norvège, mais elle est absente d’Islande. La population européenne est évaluée entre 13,8 et 17,5 millions de couples. Les populations les plus occidentales (Grande-Bretagne, par exemple) sont en régression alors que les plus nordiques semblent en expansion. Le Moineau friquet se reproduit dans toute la France à l’exception d’une partie de la Bretagne et de la Normandie (Chastel in [N]). Une expansion dans le sud-est de notre pays a été notée depuis le premier atlas national (Yeatman 1976).

En Rhône-Alpes, tout en n’étant jamais abondant, le Moineau friquet semble être bien répandu dans toutes les régions de plaine et de plateau de faible altitude (Bresse, Dombes ...) ; il semble plutôt apprécier le bas de l’étage collinéen de 300 à 700 m. Cependant sa fréquence diminue assez nettement à partir de 400 m et il est rare au dessus de 1 000 / 1 200 m, même si quelques mentions le donnent nicheur régulier jusqu’à une altitude de 1 720 m en Maurienne (Gonthier et Tournier in [R]).

Mis à part l’ensemble des vallées du Rhône, de la Saône, de la Loire et de l’Isère où il est bien installé, on remarque que le Friquet se raréfie dans la moitié sud et surtout dans le nord de la région Rhône-Alpes. Les tendances d’évolution des effectifs obtenues dans les différents départements montrent une régression de plus de 50 % en Ardèche, de plus de 20 % en Drôme, Isère et Loire. Sa rareté s’est confirmée dans le Beaujolais Sud, le Haut Bugey et le Chablais. Aucune information n’a été fournie pour le Rhône et les départements savoyards où on peut imaginer que les effectifs sont stables ou que le phénomène est passé inaperçu. La stabilité est vraisemblable en Savoie et Haute-Savoie (l’espèce semble cependant avoir disparu de la Vallée du Giffre -74), car c’est le cas dans le Grésivaudan isérois, alors que l’on observe une régression dans le reste de ce département. Le Moineau friquet est même totalement absent de la majeure partie de l’étage collinéen de certains massifs comme le Haut Bugey (01) ou de la partie sommitale du Vivarais (07), probablement parce qu’il déserte à la fois les secteurs boisés et les pelouses. De nouveaux indices de nidification existent pour le Dévoluy au sud-est et les monts de la Madeleine au nord-ouest de notre région.

Le Moineau friquet reste peu noté par les observateurs. Sa présence aux abords des villages, fréquemment mêlée à celle du Moineau domestique, passe souvent inaperçue. L’espèce est inféodée avant tout aux zones rurales présentant un aspect plus ou moins bocager où se pratiquent, de préférence, les cultures céréalières. Sa reproduction est aussi observée dans des agglomérations de quelque importance comme Tournon (07) ou Montélimar (26). Les sites de nidification sont cependant le plus communément situés en périphérie des zones habitées. Son caractère cavernicole pousse le Friquet à établir son nid dans des loges naturelles dans les anciens vergers, mais aussi dans les bâtiments agricoles, les silos, sous les toitures de gymnases ou dans de grands bâtiments avec tôle ondulée ; il occupe volontiers les nichoirs. Quelques couples très minoritaires partagent parfois un groupe de cavités artificielles avec le Moineau domestique. Ce dernier point apporte peut être une explication aux cas d’hybridation entre les deux espèces (deux en 1991, dans la Drôme et en Isère, un le 16 février 1992 à Chanay (01), et un individu le 1er novembre 1994 à Grignan (26) (Olioso 1998). La construction du nid se déroule entre la première décade de mars et la dernière d’avril à Grignan (26). Il est probable que les apports de matériaux se prolongent en été puisque les nids sont parfois occupés jusqu’en août. Souvent dans les nichoirs, la coupelle contenant les œufs se trouve sous un amas de végétaux. Ce sont ces nids artificiels qui nous donnent la taille des pontes : 5 oeufs début mai 1992, 7 œufs début mai 1993 à Chanay (01) altitude 600 m. Les dates où des poussins furent trouvés au nid à Grignan (26) vont, pour la période 1992-1997, du 7 mai au 9 août. Ainsi la période d’élevage s’étale t-elle facilement sur trois mois. A la fin août, au moment où les oiseaux ont quitté les nids, des rassemblements post-nuptiaux de moineaux friquets ont lieu dans la campagne environnante. Ces troupes peuvent atteindre plusieurs centaines d’individus (200 à 300 le 25 août 1987 à Dardilly - 69 ; 250 le 31 décembre 1996 à Colonzelle - 26 ; 400 du 18 novembre 1982 au 27 janvier 1983 à St Denis lès Bourg - 01 ; 500 le 15 février 1989 à Epagny - 74) ; elles gardent leur cohésion jusqu’à la fin de l’hiver.

En automne, les moineaux friquets recherchent de préférence les chaumes et aussi le sorgho, récolté tard en saison dans la Drôme, se mêlant alors aux bruants des roseaux (Emberiza schoeniclus) et aux pinsons du nord (Fringilla montifringilla). Dans la Basse Vallée du Rhône, des dortoirs se forment dans les roselières (250 individus le 25 octobre 1995 à Viviers - 07). Nous ignorons la contribution respective des friquets locaux et de ceux venus de zones extrarégionales aux rassemblements automnaux et hivernaux.

Les moineaux friquets peuvent accomplir des déplacements importants : un oiseau bagué à Bissy (73) le 18 février 1965 a été retrouvé le 7 mai de la même année dans le canton de Zurich (Suisse) ; un friquet bagué le 31 mai 1976 dans la province d’Anvers (Belgique) était à Epersy (73) le 12 janvier 1977. Dans ces deux cas, il s’agit probablement d’oiseaux étrangers à Rhône-Alpes où ils étaient venus hiverner. En revanche, il apparaît que les moineaux friquets rhônalpins sont sédentaires ou presque ... Nous n’avons pas connaissance d’oiseau bagué nicheur dans la région et repris ailleurs. Par contre, sur 132 friquets bagués à Grignan (07) puis repris, le plus éloigné a été retrouvé à 2 250 m du lieu de baguage et 69 % des contrôles ont été faits sur le lieu même du marquage. La longévité de ces oiseaux est assez remarquable : un friquet bagué à Bissy (73) le 27 janvier 1965 a été repris le 28 avril 1972, soit près de 7 ans plus tard. En zone de piémont, soumise à un fort enneigement, en vallée du haut Rhône (73), le caractère erratique des moineaux friquets semble plus prononcé. Mais leur absence est de courte durée car les oiseaux sont présents sur les lieux de reproduction dès la mi-février.

Les campagnes, dans la couronne des agglomérations, s’aménagent de manière plus citadine. Cette "urbanisation galopante" aura-t-elle une incidence sur l’avenir du Moineau friquet ? A travers ce phénomène, y aurait-il concurrence territoriale entre les deux espèces de Moineaux et se ferait-elle au détriment du Friquet ? Il est raisonnable de penser que dans les paysages de plaine, les communes qui conserveront le plus un caractère agricole et bocager lui permettront de se maintenir. Il est important que les observateurs ne négligent pas le cas du Moineau friquet ! Communément observée dans les années 1980, il est contacté aujourd’hui beaucoup moins fréquemment. Il s’agit typiquement d’une espèce considérée comme banale et dont la raréfaction échappe aux observateurs.

Texte : Yves Beauvallet, Georges Olioso
Photo : Rémi RUFER