Moineau domestique

Publié le jeudi 28 février 2008


Moineau domestique Passer domesticus

Angl. : House Sparrow
All. : Haussperling
It. : Passera europea

Moineau domestique, photo Rémi RUFER © 2008

D’origine paléarctique, le Moineau domestique a été introduit sur tous les continents. L’espèce occupe toute l’Europe, du cercle polaire à la Méditerranée ; le taxon italiae se rencontre en Corse, Sardaigne, Sicile et Italie.

En région Rhône-Alpes, l’espèce est présente partout près des habitations et autres édifices humains. Un commensalisme très poussé dans le choix du site de nidification ainsi qu’une faculté d’adaptation importante dans son régime alimentaire dénotent un opportunisme ingénieux, qui permet à l’espèce de nicher partout où l’homme est présent, en Rhône-Alpes comme ailleurs. Hameau isolé en Ardèche, station de sports d’hiver dans les Alpes, centre urbain... on ne peut pas parler de milieu préférentiel pour cette espèce qui abonde là où la nourriture est facile à trouver. Peu importent les paramètres écologiques qui entourent le site de nidification : on connaît même plusieurs couples nicheurs en milieu rupestre, dans les falaises des gorges de l’Ardèche.

Le Moineau domestique n’hésite pas à occuper les nids d’autres espèces, en chassant ces dernières si nécessaire : des colonies de Guêpiers d’Europe Merops apiaster sont ainsi occupées à Ambonil, Châteauneuf du Rhône (26) ou Passins (38). Les colonies d’Hirondelle de rivage Riparia riparia peuvent aussi être colonisées par l’espèce. Des nids d’Hirondelle de fenêtre sont occupés à Affoux (69), Grandris (69), Château-Gaillard (01) et encore St Genix sur Guiers (73). Il faut aussi mentionner un nid sous un nid de Tourterelle turque Streptopelia decaocto à Monsols (69), un autre dans un nid de Héron cendré Ardea cinerea à Livron (26), ou, plus classiquement, sous les nids de Cigogne blanche Ciconia ciconia à Villars-les-Dombes (01). Les exemples ne manquent pas pour illustrer l’audace et l’opportunisme de ce Passéridé qui n’hésite pas à s’installer à l’intérieur même de grands magasins comme à Bourg-en-Bresse (01).

Moineau domestique, béquée, photo France DUMAS © 2008
Moineau domestique, photo France DUMAS

La construction de nids arboricoles semble être occasionnelle, comme en témoigne cette seule mention concernant trois nids dans des peupliers loin de toute habitation à St Marcel en Dombes (01) en juin 1971 : 2 nids dans des touffes de Gui et un autre placé à la fourche d’une branche. L’espèce fait preuve d’une grande faculté d’adaptation aux ressources alimentaires localement ou temporairement disponibles, comme en témoignent ces oiseaux installés sous des ponts ou sur les péniches amarrées aux quais du Rhône à Lyon et qui n’hésitent pas à capturer les insectes en vol au dessus du fleuve ou ceux, très peu farouches, exploitant presque exclusivement les miettes qu’on leur donne ou qu’ils récupèrent sur les terrasses des fast-food de la place Bellecour à Lyon. Au parc zoologique de la Tête d’Or (69), les moineaux prélèvent de la nourriture donnée aux animaux captifs. A Ricamarie (42), ils viennent capturer les insectes collés aux pare-chocs des véhicules garés sur un parking de supermarché.

Moineau domestique, photo France DUMAS © 2008
Moineau domestique, photo France DUMAS

Dès janvier, les manifestations nuptiales commencent à se faire remarquer (4 mâles poursuivant une femelle à Chassieu, 69, le 19 janvier 1978) ; en février, la nidification est entamée (construction du nid le 27 février 1988 à Gières - 38) et se poursuit parfois jusqu’en septembre (encore un juvénile voletant à peine à Château-Gaillard le premier septembre 1987). En hiver, l’espèce forme des dortoirs de quelques centaines d’oiseaux, parfois plus, comme ces 1 000 à 3 000 individus rassemblés sur un terrain d’aviation à Chabeuil (26) le 30 novembre 1981. Les individus albinos ne sont pas exceptionnels, puisque au moins 6 mentions d’oiseaux complètement blancs ont été rapportées dans la région. On connaît aussi quatre cas d’hybridation probable avec le Moineau friquet Passer montanus : une femelle le 21 avril 1991 à Haute-Jarrie (38) (Jiguet 1998), une femelle en Drôme en 1991, une femelle dans l’Ain en 1992 et un individu le 1er novembre 1994 à Grignan (26) (Olioso 1998). En octobre, des mouvements concernant un très petit nombre d’oiseaux semblent perceptibles, sans qu’il soit possible de préciser s’il s’agit de déplacements locaux ou plus importants : 5 troupes de 5 à 8 individus semblant migrer activement entre un 10 et un 26 octobre sur des sites de migration suivis assidûment par les ornithologues ; 5 individus le 20 octobre 1982 au col de Lus la Croix-Haute (38), 5 individus le 26 octobre 1985 à St Victor sur Loire (42), 8 individus le 18 octobre 1990 à Dardilly (69), 6 individus le 10 octobre 1991 à Dardilly (69), 6 individus le 15 octobre 1991 à Dardilly (69).

Moineau domestique, photo France DUMAS © 2008
Moineau domestique, le bain, photo France DUMAS

En l’état actuel de nos connaissances, il serait hasardeux de se prononcer sur l’évolution des populations rhônalpines ; cependant, l’incinération des ordures ou la fermeture des décharges, la raréfaction des fermes et des poulaillers, la réfection des murs en pisé sont autant de facteurs limitants pour l’espèce. Par exemple, à Dardilly (69) la destruction d’une vieille ferme (lieu de nidification) et l’arrachage d’une haie (dortoir) ont fait chuter une colonie qui comptait 20 couples de 1986 à 1989 à 8 couples en 1990 (Mandrillon comm. pers.).

Au Québec, l’intensification des pratiques agricoles et la tendance à construire des granges et autres bâtiments agricoles en tôle entraînent une chute des effectifs régulière depuis plus de 20 ans (David comm. pers.) et on se demande si, par analogie, les populations de nos "piafs" ne suivent pas le même sort sans que l’on s’en aperçoive...

Texte : Alexandre Renaudier
Photos : France DUMAS, Rémi RUFER