Milan royal

Publié le mercredi 27 février 2008


Milan royal Milvus milvus

Angl. : Red Kite
All. : Rotmilan
It. : Nibbio reale

Le Milan royal appartient à la catégorie faunistique ouest-paléarctique ; sa répartition européenne est extrêmement lacunaire et s’étend principalement sur une bande étroite de la péninsule ibérique (bastion de l’espèce) à la Lettonie, avec de nombreuses populations excentrées (Pays de Galles, Suède, Italie du Sud). En France, la distribution du Milan royal coïncide globalement avec cette diagonale européenne : il est présent dans les Pyrénées, le Massif central et le nord-est, ainsi qu’en Corse. Une nette progression de l’espèce a été notée au cours des 20 dernières années (Voisin in [N]).

Le Milan royal a connu en Rhône-Alpes des évolutions variées. Au XIXième siècle, l’espèce, était fluctuante en Savoie (Pittard 1899). Commune dans le Dauphiné au début du XXième siècle, avec un statut de nicheur-migrateur confirmé par Lavauden (1911), elle est considérée comme rare par Bernard (1909) dans l’Ain, où elle est restée peu fréquente jusque vers la fin des années 1970. La protection des rapaces a alors favorisé une large recolonisation, sensible en Rhône-Alpes entre les deux atlas. Dans le premier atlas, l’effectif s’élevait à une vingtaine de couples, dont l’essentiel nichait "dans les gorges sud de la Loire, avec quelques oiseaux dans les monts du Forez et (...) la Basse Vallée du Rhône et le Diois" ([R]).

Le présent atlas montre une présence irrégulière en Ardèche, dans la Loire et le Rhône et des reproductions disséminées dans la Drôme et l’Isère. Le nouveau bastion de l’espèce se situe à présent dans l’Ain avec une population connue depuis 1977 et estimée en 1998 à 15-18 couples (O. Waille comm. pers.). Dans ce département, la reproduction se concentre dans la partie orientale montagneuse, avec une absence étonnante dans les régions occidentales de plaine (deux cas en Bresse en 1985 et 1997 sont restés sans suite). Le "noyau" se situe dans la vallée de l’Ain avec 6-7 couples nicheurs le long de 34 km de rivière. Seule la population du pays de Gex semble en progression récente, grâce à l’expansion importante de la population helvétique voisine (150 couples en 1976, 800-1200 couples en 1996 ; Winkler 1999). L’évolution de la population des gorges de la Loire (42) est bien différente : elle est passée d’une vingtaine de couples au début des années 1980 à 3 couples seulement en 1999 (Teyssier 1999). L’effectif rhônalpin actuel se situe probablement autour de 50 couples.

En Rhône-Alpes, le Milan royal occupe des milieux présentant une alternance de zones découvertes et boisées, de la plaine jusqu’à une altitude d’environ 800-900 m (plateau d’Hauteville - 01) ; il fréquente régulièrement les décharges. Si la présence de forêts paraît nécessaire à l’établissement du nid, celle d’un grand cours d’eau ne paraît pas indispensable ; elle favorise cependant l’implantation de l’espèce. Ceci la rapproche du Milan noir avec lequel il constitue parfois des colonies mixtes (un couple de milans royaux et cinq de milans noirs en 1979 entre Tournon et Arras - 07 - Cochet 1980).

Le retour général des milans royaux s’effectue à partir de la mi-février en Rhône-Alpes (par exemple 5 oiseaux en migration à Château-Gaillard - 01 le 16 février 1994, ou encore 4 à Ramasse - 01 - le 15 février 1998). Des mouvements semblent même se produire dès la fin de janvier. Le passage culmine en mars et des migrateurs sont encore notés en avril, voire en mai (un le 16 mai 1997 en Dombes - 01). Ce passage printanier est beaucoup plus diffus que celui d’automne ; il est difficile de fixer précisément son début, car les oiseaux observés à la fin de janvier peuvent aussi bien être des migrateurs précoces que des hivernants locaux.
On possède très peu de détails sur la reproduction du Milan royal en Rhône-Alpes. Des parades ont été notées le 16 avril 1979 dans l’Ile Crémieu (38), ainsi que des transports de matériaux le 1er mai 1982 en Trièves (38). Cependant l’observation d’un oiseau couvant le 2 avril 1989 à Dortan (01) suggère une installation du couple dans le courant de mars. En Ardèche, 2 jeunes d’une couvée de 3 volaient le 27 juin 1979 (Cochet 1980). La dispersion des jeunes intervient d’ailleurs dès le mois de juin, avec par exemple, l’observation d’un juvénile le 20 juin 1998 à Viriat (01) où l’espèce ne niche pas.

La migration postnuptiale débute en août avec le passage des jeunes, culmine à la fin de septembre et au début d’octobre pour s’achever en novembre. Le passage paraît variable selon les années, et l’automne 1992 a vu passer des effectifs records : 612 oiseaux au Fort l’Ecluse (01-74) du 31 juillet au 8 novembre (maximums de 87 le 25 septembre et 84 les 8 et 12 octobre), 583 oiseaux à Barracuchet (42) du 2 août au 26 octobre (maximum de 131 le 15 octobre) et 388 oiseaux à Ceyzériat (01) du 1er août au 15 novembre (maximums de 126 le 26 septembre et 97 le 9 octobre). A noter également le record de 1279 en octobre 1994 à Fort l’Ecluse (01-74).

L’hivernage du Milan royal semble s’être développé dans la région : considéré comme un phénomène récent dans le précédent atlas ([R]), il ne paraît plus rare désormais mais ne retient en général que de faibles effectifs, variables et irrégulièrement disséminés. Il n’y a donc pas à proprement parler constitution d’une véritable tradition d’hivernage, même si les gorges de la Loire ont un temps constitué une exception notable. A partir de l’hiver 1977-1978 au moins, 15 à 50 oiseaux ont hiverné à Roche la Molière (42), grâce notamment à la présence de déchets d’abattoir sur une décharge locale. La suppression de cette ressource alimentaire a entraîné un retour à la "normale" avec seulement quelques rares individus hivernants. La création d’un poste de nourrissage permettra peut-être de renverser cette tendance (Teyssier 1999). Les quartiers d’hiver des nicheurs rhônalpins ne sont pas connus précisément mais il paraît probable qu’ils accompagnent le reste des populations françaises dans le centre et l’ouest de l’Espagne ([H]). On ignore si certains d’entre eux font partie des oiseaux observés en hiver dans notre région. Quelques reprises indiquent l’origine des milans royaux qui transitent en Rhône-Alpes : 6 oiseaux provenaient d’Allemagne centrale et orientale, 1 de Suisse et 1 de Côte-d’Or.

La situation du Milan royal reste contrastée : les progrès dans l’Ain et en Suisse proche tranchent avec les déclins dans la Loire et en Franche-Comté. De plus, de nombreuses menaces pèsent sur l’espèce : le réseau E.D.F. cause encore trop de reprises de bagues, tandis que le vol bas et lent de l’espèce en fait une cible facile pour les fusils. Le cas d’un milan royal recueilli en octobre 1987 dans un centre de soin à la suite d’un tir et retrouvé en novembre 1988 à nouveau blessé par plombs illustre parfaitement ce problème regrettable. L’absence d’installation durable en Bresse (région d’élevage de volailles en plein air) peut probablement lui être aussi liée. La recrudescence des cas d’empoisonnement s’avère également inquiétante pour cette espèce souvent charognarde et donc particulièrement vulnérable.

En Espagne, pays d’importance internationale pour l’hivernage du Milan royal, des milliers de rapaces sont victimes de la strychnine destinée aux carnivores. En Franche-Comté, l’usage de la bromadiolone pour la lutte contre les campagnols a eu des conséquences dramatiques (chute des effectifs de 70 % en quelques années dans le Doubs -Terrasse 1999). Il convient donc de soutenir les efforts du Groupe Ornithologique du Jura contre cette lutte chimique particulièrement destructrice. Enfin, les conséquences du nourrissage hivernal sur la reproduction du Milan royal dans les Gorges de la Loire méritent d’être suivies attentivement.

Jean-Baptiste Crouzier