Mésange noire

Publié le mercredi 27 février 2008


Mésange noire Parus ater

Angl. : Coal Tit
All. : Tannenmeise
It. : Cincia mora

Mésange noire, photo France DUMAS © 2008
Mésange noire, photo France DUMAS

De catégorie faunistique paléarctique, la Mésange noire est largement répandue en Europe au sud du cercle arctique, mais elle est plus localisée dans le Maghreb et au Moyen-Orient.

En France, elle est présente dans la majeure partie du pays, à l’exception de quelques régions (pourtour méditerranéen et côtes atlantiques, de l’estuaire de la Loire aux Landes, Aquitaine) où elle est rare ([N]).

Mésange noire, photo France DUMAS © 2008
Mésange noire, photo France DUMAS

En Rhône-Alpes, la Mésange noire a une distribution très semblable à celle de la Mésange huppée. Présente dans tous les départements, l’espèce est rare et localisée dans les zones de faible altitude ; elle se trouve en faible nombre au nord-est du département de la Loire (plaine du Forez), à l’ouest du département de l’Ain (Bresse, Dombes), dans une partie du nord-ouest de l’Isère (plaine de Bièvre, Chambarand), à l’est et au sud de l’Ardèche (Basse Ardèche) et à l’ouest de la Drôme (vallée du Rhône). Ses effectifs augmentant avec l’altitude, elle devient plus régulière dans le Rhône (Beaujolais, Monts du Lyonnais), l’ouest et le sud de la Loire (Pilat), la partie montagnarde de l’Ain, le nord du département de l’Isère (Ile Crémieu, Bas-Dauphiné) et l’ouest de l’Ardèche (Haute Ardèche). Plus haut, elle devient abondante et très bien répartie : nord-ouest du département de la Loire (monts du Forez), nord-est de l’Ain (Revermont, Bugey, Crêts du Jura), Haute-Savoie, Savoie, sud-est de l’Isère (Chartreuse, Grésivaudan, Belledonne), est de la Drôme (Vercors, Haut-Diois).

Mésange noire, photo France DUMAS © 2008
Mésange noire, photo France DUMAS

La Mésange noire niche de 200 m à St Quentin Fallavier (38) jusqu’à un peu plus de 2 000 m en Vanoise (Lebreton et Martinot 1998). Si la cote de 200 m semble proche de la limite inférieure de la répartition altitudinale rhônalpine de l’espèce, son altitude maximale de nidification certaine entre 1993 et 1997 a été enregistrée à 1 765 m à Ornon (38), mais est vraisemblablement supérieure encore. Dans les Alpes le record d’altitude est donné par un groupe d’oiseaux erratiques observés à 2 900 m dans les Ecrins (38) le 21 septembre 1996 (Coulomy 1999).
La Mésange noire est un oiseau typiquement forestier habitant généralement les bois de résineux purs. L’espèce vit aussi dans les parcs, jardins et bosquets si elle y trouve quelques pins ou épicéas ; elle peut occuper des boisements exclusivement composés de feuillus comme en Grande-Bretagne et dans les Pyrénées (hêtraie, Spitz in [N]). La Mésange noire est abondante dans toutes les forêts montagnardes et collinéennes avec des effectifs bien différents selon les essences, les meilleures densités étant observées dans les sapinières et pessières humides. Ainsi, en Vanoise (73), on la rencontre dans les sapinières et pinèdes sylvestres (étage montagnard) et les pessières humides et pinèdes à pins à crochet (étage subalpin), avec 5 à 6 couples / 10 ha ([R]).

Mésange noire, photo France DUMAS © 2008
Mésange noire, photo France DUMAS

En Haute-Savoie, une campagne de pose de nichoirs dans les forêts publiques a donné des renseignements intéressants sur les populations de différentes espèces de mésanges. Depuis 1994, 950 nichoirs ont été posés et 650 sont suivis régulièrement (ONF, données non publiées). Sur 4 années (1995 à 1998), dans des forêts de résineux ou mixtes de 700 à 1 100 m d’altitude, 583 nichoirs ont été visités dont 375 furent occupés. Le nombre moyen de jeunes à l’envol (2-3 semaines après l’éclosion) était de 7,3 en 1995, 4,9 en 1996 et 6,9 en 1997 (n = 375 nichées). Les dates moyennes d’envol étaient le 10 juin en 1995, le 14 juin en 1996 et le 28 mai en 1997. La date précoce de 1997 est à mettre en rapport avec un très beau début de printemps cette année là.
Les premiers chants ont été notés dès le 1er janvier 1969 à Lyon (69) et le 4 janvier 1976 à St Chamond (42). Les premiers indices de nidification (transports de matériaux) s’observent en mars-avril (9 mars 1986 à St Quentin Fallavier - 38, 12 avril 1971 à Freschene - 26, visite d’une cavité au sol le 23 avril 1992 à Samoëns - 74). Les nourrissages s’effectuent en mai (9 mai 1971 dans le Trièves - 38). Ils se poursuivent en juin et même en juillet (secondes nichées). Les chants reprennent souvent en automne.

Mésange noire, photo France DUMAS © 2008
Mésange noire, photo France DUMAS

En Vanoise, les nidifications débutent en mai (poussins nourris au nid le 21 mai 1994 à 1900 m à Sainte-Foy, Tarentaise - 73), ont surtout lieu en juin et se poursuivent en juillet. Un décalage semble exister en fonction de l’altitude. La Mésange noire peut être migratrice en plus ou moins grand nombre selon les aléas climatiques et démographiques, phénomène mis en évidence par des études réalisées sur les cols de Bretolet et de la Golèze, en Haute Savoie ([R]). On assiste alors à de véritables invasions comme à Ceyzériat (01) ou 4511 oiseaux ont été dénombrés entre le 20 août et le 30 octobre 1993 (dont 3587 le 10 octobre). Ces mouvements spectaculaires entraînent parfois des nidifications localisées en des sites éloignés de l’aire normale de reproduction. Imprévisibles ces invasions alternent avec des années pendant lesquelles le passage post - nuptial est très réduit : moins de 10 oiseaux pour tout le passage postnuptial en 1987, 1990, 1992, 1994, 1995, 1998.

La Mésange noire est un oiseau commun dans les biotopes qui lui conviennent ; elle est peu exigeante dans le choix des sites de nidification (cavités naturelles ou artificielles, nichoirs) et profite largement de l’enrésinement des forêts en plaine comme à la montagne. L’espèce n’est pas menacée.

Texte : Pierre Vincent.
Photos : France DUMAS