Mésange charbonnière

Publié le vendredi 18 avril 2008


Mésange charbonnière Parus major

Angl. : Great Tit
All. : Kohlmeise
It : Cinciallegra

Mésange charbonnière, photo Nicolas Dupieux, 2008 ©
Mésange charbonnière, photo Nicolas DUPIEUX

La Mésange charbonnière est l’une des espèces les plus communes du Paléarctique occidental ([N]). Très familière, cette espèce polymorphique d’origine européenne est présente du Portugal au nord de la péninsule scandinave et de l’Irlande au Kamchatka, aux confins de la Sibérie orientale ([E]).. Ses effectifs sont compris, hors populations russe et turque, entre 37 et 52 millions de couples ([E]).

En France, la Mésange charbonnière fait partie des dix espèces les plus communes ([N]) ; sa population, estimée à plus d’un million de couples nicheurs, n’a montré aucun signe d’évolution au cours des trente dernières années et l’on peut la considérer stable (Yeatman 1976, [N]).

En Rhône-Alpes, la nouvelle carte de répartition traduit la présence très commune de cet oiseau dans tous les départements, de la plaine aux zones de hautes altitudes. L’évolution de sa répartition depuis trente ans ([R]) montre un accroissement de l’abondance dans les districts de la partie montagneuse, aussi bien sur le rebord méridional du massif du Jura (Haut-Bugey, Crêts du Jura) que dans les massifs alpins des départements de Haute-Savoie, Savoie et Isère. L’abondance a également augmenté en Drôme, dans le massif du Vercors. Une évolution similaire a été constatée en plaine de Bièvre (38). Pour la période 1993-1997, le nombre de couples est évalué entre 100 000 et 500 000 (entre 1 % et 5 % des effectifs nationaux), estimation ne permettant pas de définir clairement l’évolution des populations régionales. Moins ubiquiste que le Pinson des arbres, la Mésange charbonnière apparaît cependant parmi les dix espèces les plus communes de Rhône-Alpes.

La grande majorité des observations - plus de 76 % (n = 556) - est située à moins de 600 m. Cependant, comme l’ont remarqué Lebreton et Martinot (1998), l’espèce apprécie aussi l’étage montagnard, bien qu’elle devienne moins fréquente vers la limite supérieure de celui-ci. Cette particularité est également vérifiée à l’échelle régionale, puisque 16 % des sites certains de nidification (n = 116) sont situés entre 600 et 1 200 m. Les maximums se situent aux alentours de 2 000 m : 1 800 m à Ste-Foy-Tarentaise le 23 mai 1994, 1 930 m à Val d’Isère le 15 juin 1984 (73), et jusqu’à 2 216 m au lieu-dit "La Chalp" sur la commune de Valjouffrey (38), le 26 mai 1997. Cette répartition altitudinale correspond aux observations réalisées dans des départements, régions ou pays limitrophes. Au nord de la région, dans le département du Jura, Berne (in G.O.J. 1993) mentionne sa présence jusqu’à 1 000 m. Dans le canton de Vaud (Suisse), Reitz (in Sermet et Ravussin 1995), remarque, lui aussi, que les densités sont sensiblement plus faibles au dessus de 1 200 m qu’en plaine. Au sud, Salvan (1983) et Olioso (1996), la disent commune du niveau de la mer jusqu’au sommet du Mont Ventoux (1 300 m).

L’habitat préféré de la Mésange charbonnière est le paysage semi-boisé, mosaïque de vergers et de jardins, séparés par des haies et des bosquets et parsemés de buissons ; l’activité humaine favorise donc sa présence. En plaine cependant, cette Mésange marque une attirance particulière pour les forêts claires de feuillus, qu’elles soient mélangées ou non. A l’inverse, elle est nettement moins présente dans les forêts compactes et denses de conifères (Géroudet 1998b, [N]).

Anthropophile, elle est très commune à proximité des maisons et à l’intérieur des villes dont elle apprécie volontiers les espaces verts. Ainsi à Romans sur Isère (26), ville de taille moyenne, la Mésange charbonnière est présente partout, y compris le centre ville, secteur sans beaucoup de verdure ; elle fait partie des 5 espèces du peuplement d’oiseaux nicheurs (n = 86 espèces) présentes toute l’année dans l’ensemble des quartiers de cette ville de taille moyenne (Iborra et al. 1995). Les densités régionales mettent en évidence à la fois des différences entre milieux et une opposition entre plaine et montagne. En Dombes, en forêt alluviale, les densités sont comprises entre 2,6 et 3,8 couples pour 10 ha. En Chautagne et sur le Haut-Rhône, elles oscillent entre 3,2 et 4,1 couples / 10 ha ([R]). Dans les chênaies-charmaies d’Oullins (69), une densité de 2 couples / 10 ha a été trouvée. En Haute-Savoie, sur le plateau de Semines, la densité est de l’ordre de 7,6 couples pour 10 ha à moins de 650 m d’altitude (Sonnerat 1994). Ces valeurs tombent à 1 couple pour 10 ha en hêtraie-pessière d’Arve-Giffre, à 1 250 m (74, [R]).

Dès le début de l’année, les premiers chants se font entendre. Géroudet (1998b) remarque que cette Mésange, qui possède une gamme très étendue d’expressions vocales, est silencieuse entre juillet et mi-septembre, reprenant, puis intensifiant rapidement ses chants à partir de décembre et janvier. La date moyenne du premier chant est le 10 janvier (n = 26), les plus précoces pouvant être entendus dès le début du mois de décembre - le 3 décembre 1989 à la Tour de Salvagny (69). Dès la mi-février, les chants complets et réguliers sont fréquents en plaine comme en montagne. L’inspection des cavités, qui a débuté timidement à l’automne, s’intensifie, les derniers couples se formant avant la fin de l’hiver (Géroudet 1998b). Très actifs, les mâles défendent ardemment leur territoire contre leurs voisins. La première ponte est normalement située entre la mi-avril et la mi-juin, avec cependant des pontes très précoces en mars : 1er œuf le 12 mars 1993 à St Didier au Mont d’Or (69). Comme les dates de ponte, le nombre d’œufs est très variable, entre 5 et 15. La date moyenne d’envol est le 24 mai (n = 11).

Une majorité de couples n’élèvent qu’une seule nichée. La proportion de secondes couvées menées à terme, très variable selon les années, dépend à la fois des conditions climatiques et des ressources alimentaires disponibles (Géroudet 1998b). Des suivis locaux de la phénologie de la reproduction permettent d’affiner nos connaissances régionales fragmentaires. Dans les départements savoyards, Prévost (ONF 74 ; résultats non publiés), a réalisé un suivi sur plus de 600 nichoirs, situés uniquement sur le plateau de Semine avant 1994 (environ 2 000 ha), puis à partir de 1995 sur une zone plus vaste, de l’Albanais à la vallée de l’Arve, soit 25 000 ha. Cette étude met en évidence une productivité moyenne pour la première ponte de 7,9 jeunes par nichoir occupé (n = 640), avec des pertes oscillant selon les années entre 0 et 31 % et un taux moyen de réussite de 89,6 %. Les dates d’envol des poussins des premières pontes varient, selon les années, entre la mi-mai et la première décade de juin. Une proportion très variable de couples, entre 3 % en 1988 et 44 % en 1997, dépose une seconde ponte, avec une moyenne de 5 jeunes par nichoir occupé (n = 97), et un taux de réussite de 83 %. Les dates d’envols de seconde ponte s’étalent de la fin de juin à la fin de juillet. L’ensemble de ces résultats est similaire à ceux obtenus en 1968 par Tournier dans les monts du Chat (73 ; in [R]). Dans la région de Chindrieux (73 et 74), la concurrence pour les cavités de nidifications a entraîné dans 7 cas sur 9 l’élevage de mésanges bleues par des charbonnières. La saison de reproduction prend fin dans le courant de l’été. En septembre, une faible activité vocale se fait entendre, correspondant à la recherche d’un espace vital vacant pour les jeunes et à la défense du territoire par les adultes cantonnés (Géroudet 1998b). A partir d’octobre, des mouvements d’erratisme local sont observables, les oiseaux se rassemblant pendant la journée pour rechercher de la nourriture en bandes plus ou moins denses, souvent composées de plusieurs espèces de Mésanges, puis se dispersant à nouveau le soir pour rejoindre leur site de repos.

L’espèce est généralement considérée comme sédentaire ([H]). En Rhône-Alpes, les oiseaux montagnards descendent sans doute dans les vallées à la fin de l’automne pour éviter les rigueurs de l’hiver. Si la grande majorité se déplace peu, certains individus réalisent des mouvements migratoires en groupes de petite taille, avec des passages de l’ordre de quelques centaines d’individus observés dans le Revermont (01) et dans les massifs de l’ouest de la région (69, 42) : 408 du 4 septembre au 11 novembre 1989 à Ceyzériat (01). Ce phénomène irrégulier et mal connu est d’ailleurs observé ailleurs en Europe occidentale entre les mois d’octobre et de novembre. Les causes pourraient en être la succession d’un printemps précoce à un hiver doux, ce qui a pour conséquence une nidification très réussie. Une chute des ressources alimentaires entraîne ensuite un déplacement massif d’une partie de la population (Géroudet 1998b). Durant toute la mauvaise saison, les oiseaux apprécient particulièrement les mangeoires remplies de graines en mélange avec du gras. Au moment des plus fortes morsures du froid, cette ressource alimentaire leur permet de subsister sans trop de dommages.

Très commune, sociable hors de la période de reproduction, la Mésange charbonnière est un des passereaux les mieux connus aussi bien des ruraux que des citadins. Aucunement menacée, elle bénéficie d’une image sympathique qui peut être largement utilisée auprès du grand public pour l’initiation à l’ornithologie.

Texte : Olivier Iborra / CORA
Photo : Nicolas Dupieux

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