Mésange boréale

Publié le mercredi 27 février 2008


Mésange boréale Parus montanus

Angl. : Willow Tit
All. : Mönchsmeise
It. : Cincia bigia alpestre

Espèce paléarctique, la Boréale est parfois considérée comme conspécifique de la Mésange à tête noire P. atricapillus, espèce néarctique à l’apparence et aux comportements très voisins ; il semble pourtant que ces deux espèces ne sont pas très proches génétiquement (Beaman 1994). La Mésange boréale a été séparée de la Mésange nonnette Parus palustris en 1827 seulement par Von Baldenstein. A travers de nombreuses sous-espèces, elle se rencontre de l’Europe au Japon, depuis la forêt boréale jusqu’à la zone tempérée plus au sud. Espèce continentale, la Mésange boréale se rencontre en Europe au nord-est d’une ligne reliant l’Angleterre aux Balkans ; elle est absente des pays méditerranéens et du Proche-Orient. En France, l’espèce se trouve à l’est d’une ligne Cotentin-Corrèze-Alpes Maritimes. Elle est en expansion vers l’ouest (Spitz in [N] ; Vansteenwegen 1998). En Rhône-Alpes, elle occupe le nord et l’est de la région, à l’est d’une ligne allant des Monts du Forez (42) au Dévoluy (38). Elle est théoriquement absente d’Ardèche, mais deux anciennes mentions (un individu à Plat le 4 avril 1965 et un chanteur à Ollières le 15 mars 1970) devraient pourtant éveiller l’attention des observateurs lors des prospections, en particulier dans la partie montagneuse boisée de ce département. La limite de sa distribution semble donc pour le moment être fixée au massif du Pilat voisin, où elle reste, comme en Haute-Loire, peu commune (Joubert 1994). Toute la partie occidentale et méridionale de la Drôme ignore également l’espèce. Comme la Mésange nonnette, la Boréale est relativement délaissée par les observateurs. Il est vrai qu’elle est discrète et que ses densités en plaine sont souvent faibles. Mais par rapport à la cartographie du précédent atlas [R], les absences de l’Ouest lyonnais (69) et des Monts du Pilat (42) s’expliquent par une prospection moins soutenue qu’ailleurs. Une mention déja ancienne des Monts du Forez (42) avait échappé aux compléments de l’Atlas.

Sur les densités atteintes en région Rhône-Alpes, nous possédons les travaux effectués dans les Alpes du Nord et relatés dans l’atlas de 1977 [R] : on obtient une moyenne de 5,6 couples / 10 ha dans neuf formations boisées différentes. En Savoie, la densité maximale, qui est ici la plus élevée de France, a été trouvée en pinède d’Aroles, où il s’agit du passereau nicheur le plus commun avec 10,7 couples / 10 ha ; 6,8 couples / 10 ha en pinède sylvestre de Vanoise, et 6,2 couples / 10 ha dans le mélézein de Maurienne. Les densités semblent moins élevées en Haute-Savoie : 3,3c/10 ha dans la hêtraie pessière d’Arve-Giffre et 5,4c/10 ha dans la pessière subalpine du Chablais. En pessière d’altitude du Jura voisin, les valeurs sont encore plus faibles : 1,2 couples / 10 ha (Frochot in Joveniaux et GOJ 1993). Mais vers Briançon, Hautes-Alpes, on trouve jusqu’à 9 couples / 10 ha dans le mélézein (Le Louarn et Froissart 1973).
En montagne, la race type, dite Mésange alpestre, est assez commune dans diverses formations boisées montagnardes et subalpines depuis le bassin du Léman jusqu’au sud des Alpes, de 700 à 1 000 m et jusqu’à la limite des arbres, vers 2 200 m. On la trouve aussi dans les ripisylves denses des torrents et rivières, constituées de saules, sorbiers, bouleaux, aulnes. En plaine, mais aussi en montagne, dans le Jura par exemple, se trouve la sous-espèce rhenanus dite Mésange des saules, qui habite les bois humides proches de l’eau : étangs de la Dombes où elle est commune dans les chênaies ainsi que dans les queues d’étangs envahies de saules, ripisylves des cours d’eau comme la Loire, le Rhône, la Saône... Elle apprécie les sous-bois denses et les taillis, les bosquets frais et humides, les jeunes plantations forestières... pourvu qu’il y subsiste des souches et des troncs en décomposition. En forêt, on la trouve de préférence dans les parcelles les moins entretenues. La présence de ces souches et troncs pourris est un paramètre déterminant dans les variations de densités de l’espèce. Les deux sous-espèces se distinguent surtout grâce à leur chant. L’espèce est très sédentaire, y compris les populations d’altitude, et ses déplacements, surtout effectués en automne et hiver, se limitent généralement à moins de 5 km (très rarement à plus de 50 km).

Les chants sont émis dès la seconde quinzaine de janvier et atteignent leur plus forte intensité de mars à mai. Les chants s’atténuent en juin en plaine, un mois plus tard en montagne ; une reprise est ensuite remarquée en septembre-octobre. Le nid est construit dès le mois de mars, dans une cavité que les deux partenaires creusent en général à moins de 3 m du sol, très rarement jusqu’à 10 m. Un nid au sol dans un trou de rongeur est même rapporté fin mai 1980 à Bourg Saint Maurice (73) (Lebreton et Martinot 1998). Les nichoirs sont utilisés exceptionnellement, s’il n’y a pas d’autre alternative ; pourtant, sur 850 nichoirs posés en Haute-Savoie, Prevost (comm. pers.) n’en a jamais contrôlé un seul occupé par cette espèce. La ponte de 6 à 8 oeufs a lieu dès le mois d’avril et s’échelonne jusqu’à la fin de juin en montagne. La femelle couve seule durant 13 jours ; les jeunes quittent le nid 18 jours environ après l’éclosion. Discrète et très peu grégaire comparée aux autres Paridés, la Boréale forme des troupes de 5-6 individus, rarement plus, en hiver. Nous possédons bien peu d’informations concernant la reproduction de l’espèce dans la région ! Les populations de la Mésange boréale semblent stables.

Alexandre Renaudier