Mésange à longue queue

Publié le mercredi 27 février 2008


Mésange à longue queue Aegithalos caudatus

Angl. : Long-tailed Tit
All. : Schwanzmeise
It. : Codibugnolo

Mésange à longue queue, photo France DUMAS© 2008
Groupe de Mésanges à longue queue, photo France DUMAS (c)

Espèce de répartition paléarctique, la Mésange à longue queue occupe l’ensemble de l’Europe occidentale. Elle est donc très largement répandue en région Rhône-Alpes et n’y rencontre de limite qu’altitudinale. L’espèce se raréfie en effet de manière sensible au-delà de 1 000 m. Ainsi, en Vanoise, sa cote moyenne (930 m) est la plus basse de toutes celles des mésanges, nonobstant une donnée (constitutive d’un “ record ” régional) à 1 830 m en Maurienne (Lebreton et Martinot 1998).

Mésange à longue queue, photo France DUMAS© 2008
Mésange à longue queue, photo France DUMAS

Ses autres exigences biologiques expliquent les variations de sa répartition. Ayant besoin à la fois d’arbres et de zones suffisamment ouvertes, la Mésange à longue queue affectionne les haies, le bocage, les parcs et peut fréquenter les jardins suburbains, les peupleraies claires, les ripisylves ou les garrigues. Elle évite les forêts les plus denses et les zones urbaines ou agricoles totalement dépourvues d’arbres. Ses densités sont généralement faibles, par exemple 3 couples pour 7 ha à Oullins (69) le 19 juillet 1990, 1,5 pour 10 ha de peupleraie et 0,8 pour la même surface de ripisylve à saules et peupliers en Rhône-Bourget (73) ([R]). Ceci n’exclut pas à l’occasion un certain regroupement des nicheurs, comme celui suggéré par la découverte de 3 nids sur moins de 100 m de la même haie à Villars les Dombes (01) en mars 1996.

La période de nidification débute dès février-mars, la construction des nids les plus précoces ayant été notée le 11 février 1986 à Thonon (74) et même dès le 30 janvier 1988 à La Tour de Salvagny (69), (ce dernier fut achevé le 24 février et l’éclosion des œufs s’y produisit le 23 avril). Plusieurs semaines de travail sont nécessaires pour permettre aux adultes de construire la bourse volumineuse, couverte de lichens et garnie de plumes où seront déposés les œufs. Le nid est généralement installé dans un feuillu (Prunellier, Peupliers, Lierre, Chêne pubescent…) entre 1,5 et 12 m de haut. Il a aussi été fréquemment découvert dans des résineux (Genévrier commun, Sapin, Thuya) et même, de manière tout à fait atypique, contre un muret à l’abri d’un lierre (à Saint Andéol le Château - 69 - le 10 mars 1997) ou sur une vire rocheuse où une touffe d’herbe l’abritait à peine (à Longeray - 01 - le 24 mars 1982). Les jeunes, reconnaissables à leur queue courte, en sortent un mois après la ponte, souvent à partir de début mai. Ils sont en moyenne 7 à l’envol (n = 14), avec un maximum de 13 (à Grézieu la Garenne - 69 - le 12 mai 1990). Citons aussi l’observation de jeunes à l’envol nourris par 3 adultes le 2 mai 1966 à St Didier au Mont d’Or (69). Ce cas relativement classique d’assistance parentale au nourrissage illustre le grand grégarisme de l’espèce. Dès l’envol, ces oiseaux se regroupent en bandes familiales pouvant s’agglomérer entre elles pour compter généralement une dizaine d’individus, parfois beaucoup plus (maximum régional de 60 à Lapeyrouse (01) le 12 novembre 1988). S’y joignent souvent d’autres espèces de mésanges, des roitelets, des grimpereaux.

De juillet à l’hiver, ces rondes ne cesseront d’explorer les arbres, buissons et arbustes de leur territoire commun. L’espèce est en effet très majoritairement sédentaire (Juillard 1999 ; Grolleau in [H]). Un oiseau bagué à Grignan (26) le 25 novembre 1995 a été contrôlé le 6 novembre 1996 à Chamaret (26), à 2 km de son lieu de baguage. L’observation d’oiseaux en migration post-nuptiale active est pourtant occasionnellement détectée. Ainsi à Ceyzériat (01), en 12 ans de suivi, furent notés 8 oiseaux de passage le 11 octobre 1990, 4 le 13 octobre 1993, 7 le 31 octobre 1995 et 4 le 20 octobre 1996. Ces mouvements accompagnaient le plus souvent une forte migration de mésanges noires, charbonnières et bleues, mais il est impossible de connaître l’ampleur précise des déplacements alors entrepris par les mésanges à longue queue.

Mésange à longue queue, photo France DUMAS© 2008
Mésange à longue queue, photo France DUMAS
L’observation presque annuelle en Rhône-Alpes d’individus présentant une tête entièrement blanche et donc semblables aux oiseaux de la sous-espèce d’Europe du Nord (24 données entre 1974 et 1992, avec un maximum de 4 oiseaux à Arandon - 38, le 27 avril 1977) a longtemps été considérée comme une preuve de migration. L’analyse plus fine de ces données, le fait qu’il se soit parfois agit d’oiseaux nicheurs (par exemple une mésange à tête blanche construisant un nid à Marlieux - 01, le 20 mars 1988), la présence de plumages intermédiaires (comme celui de cet adulte -d’un groupe de six - aux tempes à peine ombrées de gris, à St Didier d’Aussiat - 01, le 26 mai 1996) permettent de confirmer que cette originalité de plumage n’est en fait qu’une variation polymorphique assez rare d’Aegithalos caudatus europaeus, la sous-espèce présente dans l’Est de la France et dans toute la région Rhône-Alpes (Olioso 1997).

Texte : Pierre Crouzier
Photos France DUMAS

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