Martinet noir

Publié le mercredi 27 février 2008


Martinet noir Apus apus

Angl. : Common Swift
All. : Mauersegler
It. : Rondone

Le Martinet noir se reproduit dans tout le Paléarctique, de l’Europe à la Chine (Frederic 1994). En France, c’est un nicheur commun, répandu dans toutes les régions, y compris la Corse.

Dans la région Rhône-Alpes, l’espèce reste commune tout en étant tributaire de l’architecture des habitations humaines. Du coup, il est plus représenté dans les grandes villes que dans les villages. L’espèce peut nicher en altitude si les sites de reproduction sont adéquats, comme à Bonneval sur Arc (73 - Maurienne, 1 850 m).
Il est très difficile d’estimer les populations nicheuses. En 1976, Yeatman avançait 100 000 à un million de couples en France. Aucune nidification dans les milieux originels, comme les fissures dans les falaises ou les cavités arboricoles, n’a été signalée dans notre région. Les martinets noirs se sont adaptés et utilisent les constructions humaines pour s’y reproduire. En Rhône-Alpes, ils nichent dans les fissures de murs, entre les pierres déjointées, dans les anfractuosités des débords de toitures et plus rarement sous les tuiles, notamment dans le sud de la région. Parfois encore, ils optent pour des bouches d’aérations comme dans la grande poste de Lyon, où se reproduisent plus d’une centaine de couples.

Des arrivées précoces ont été observées le 11 mars 1977 à Monestier du Perey (38) ou encore le 24 mars 1974 à Plan de Baix (26). En général, les premières observations se situent entre le 3 et le 22 avril, en moyenne le 12 avril (n = 39 années, entre 1960 et 1998), mais l’arrivée massive des martinets noirs se situe dans la dernière décade d’avril. Des conditions météorologiques défavorables peuvent bloquer la migration. Ainsi, au moins 100 000 oiseaux forment une voûte ininterrompue sur le canal de Miribel entre Neyron et St Maurice de Beynost (01) le 3 mai 1996. Dès leur arrivée sur les sites de reproduction, ils visitent les cavités utilisées l’année précédente. Les accouplements ont lieu en vol en général le matin et sont plus facilement observés au mois de mai (au plus tôt le 28 avril 1994 à Villeurbanne - 69). Les pontes, de deux ou trois œufs, sont déposées dès le début de mai pour les plus précoces mais peuvent se prolonger jusqu’au mois d’août, si l’on en juge par les dates d’envol estimées de jeunes recueillis par les centres de soins (un poussin de quinze jours le 2 septembre 1996 à Lyon). Pour la majorité des poussins, l’envol a lieu entre le 5 et le 20 juillet. Le départ migratoire est presque immédiat, le gros des troupes prenant le départ entre le 20 juillet et le 15 août. C’est le 22 septembre que sont observés les derniers martinets de la région (n = 34 années, entre 1961 et 1997). Les départs les plus tardifs ont été observés le 21 octobre 1997 à Tain l’Hermitage (26) et le 10 novembre 1963 à Brignais (69). Aucune reprise d’oiseau bagué ne nous révèle le parcours ni l’aire d’hivernage des oiseaux rhônalpins. Au cours de la période de reproduction, les fortes baisses de température, brutales et prolongées, peuvent avoir des conséquences dramatiques. A titre d’exemple, au cours de la première semaine de juin 1969, plusieurs milliers de martinets ont été retrouvés morts dans les rues et dans les cheminées à Lyon (69), Rive de Gier (42), Vienne, Roussillon (38). Plusieurs dizaines d’oiseaux morts ont été également signalés, le 15 juillet 1994 à Ste Foy Tarentaise (73 - Lebreton et Martinot 1998).

Le Martinet noir souffre des constructions modernes vitrées et sans fissures. Par contre, les constructions traditionnelles ou les rénovations qui font réapparaître les pierres lui sont favorables.
Ainsi, sur la commune de Corbas (69) où la population humaine est passée en 20 ans de 1 500 à 10 000 habitants, le Martinet noir s’est reproduit pour la première fois en 1990. En 1997, 6 colonies étaient identifiées, représentant 32 couples reproducteurs. Le dernier nid se situe à 6 mètres de haut, sous la tuile faîtière, dans une villa de construction récente. Malheureusement, ce cas reste exceptionnel et bien souvent les constructions, les rénovations, l’isolation des bâtiments ne laissent plus de place à cet insectivore des villes. En 1996, lors de travaux de rénovation du château de St Priest (69), 30 nichoirs ont été installés à 6 m de haut sur les bâtiments les plus proches pour offrir une solution de remplacement à la colonie qui allait disparaître. Trois ans après, les nichoirs restent toujours inoccupés. Seules des mesures obligatoires, telle l’insertion dans les permis de construire de prescriptions de réalisation de cavités spécifiques à cette espèce, pourront pérenniser les populations.

Vincent Gaget