Martin-pêcheur d’Europe

Publié le mercredi 27 février 2008


Martin-pêcheur d’Europe Alcedo atthis

Angl. : Common Kingfischer
All. : Eisvogel
It. : Martin pescatore

Martin pêcheur, photo Rémi RUFER © 2008

Le Martin-pêcheur possède une large répartition paléarctique, indo-malaise et australienne. Sa vaste aire de nidification couvre ainsi le nord de l’Afrique, l’Europe (jusqu’au milieu de la Suède et en Estonie du Nord) et pratiquement toute l’Asie jusque sur quelques îles d’Océanie. Il n’est donc pas étonnant que les systématiciens ne distinguent pas moins de 7 sous-espèces, à partir cependant de très faibles différences. En France, il est observé tant comme hivernant que comme nicheur sur pratiquement tout le territoire national.

Le Martin-pêcheur, bien que répandu, demeure un nicheur assez rare en Rhône-Alpes. En effet, la montagne y est prédominante notamment avec le massif des Alpes, le Jura méridional et le Massif central. Ceci laisse peu de place pour accueillir la nidification du Martin-pêcheur. Le frein à son installation est la nature du substrat, le granit ou les affleurements calcaires l’empêchant de creuser son terrier. Il peut malgré tout s’installer çà et là dans les parties basses de la moyenne montagne comme cela a été constaté en Ardèche ; il creuse dans ce cas son terrier dans les dépôts d’alluvions formés lors des crues. En plaine, il utilise les berges des petits cours d’eau mais aussi les fossés de vidange des étangs ou bien les berges des abreuvoirs creusés en plein champ pour mettre l’eau des nappes phréatiques à la disposition du bétail. Cependant, tout n’est pas idéal en plaine où nos cours d’eau subissent depuis des années une pléthore de travaux de "rectification” ou de “reprofilage", comme par exemple sur le Rhône où le Martin-pêcheur ne se reproduit que sur les parties non aménagées. Les petits affluents, lieux de prédilection du Martin-pêcheur, ne sont pas épargnés ; d’importants et inutiles travaux de consolidation des berges avec des enrochements dispensés sans retenue ont été la “ religion ” des aménageurs des années 1970 - 1980. Aujourd’hui, devant l’échec de cette méthode et son coût exorbitant, une pause semble se dessiner ; elle sauvera peut être le Martin-pêcheur, lié aux vallées et bassins versants des grands fleuves rhônalpins. La densité du Martin-pêcheur n’a été étudiée qu’en Moyenne Vallée du Rhône, sur une petite portion du fleuve et sur quatre petits affluents de sa rive gauche ; elle est assez proche, voire légèrement plus faible que les moyennes enregistrées en Europe occidentale : 1 couple nicheur tous les 12 km au lieu des 10 km cités. Notons que sur l’un des quatre petits cours d’eau, deux nids ont été découverts à environ 1 km de distance l’un de l’autre (Flacher 1976).

Martin pêcheur, photo Rémi RUFER © 2008

Dès février, les martins-pêcheurs regagnent leurs lieux de nidification. Dans la Loire, une parade nuptiale a été signalée dès le 9 février. La grande majorité de ces oiseaux est constituée de jeunes nés l’année précédente et, fait intéressant, pour la plupart sur la rivière qui les a vu naître. L’installation des couples et le creusement du terrier se déroulent de la deuxième quinzaine de mars à la première quinzaine d’avril. Les jeunes de la première nichée, après leur envol à la mi-juin et lorsque les proies sont abondantes, semblent séjourner à proximité de leurs lieux de nidification jusqu’à l’envol de la seconde nichée. Dès juin mais surtout en août et septembre, un important mouvement de dispersion a lieu, entraînant une partie des jeunes en aval et en direction des embouchures alors que l’autre remonte en direction des sources, expliquant les nombreuses observations de martins-pêcheurs sur des zones d’étangs ou dans les piscicultures au mois d’août.

En période d’hivernage les densités restent cependant faibles, comme l’indiquent les suivis de l’hivernage des oiseaux d’eau en Moyenne Vallée du Rhône. Nous avons recensé dans ce district, au cours des vingt dernières années et sur 40 km de rives, un martin-pêcheur tous les 4 km. A titre de comparaison, la densité de 16 martins-pêcheurs sur 8 km, soit 1 oiseau tous les 500 m, a été signalée sur le Vidourle (Gard ; Daycard in C.O.Gard 1993). Cette forte densité laisse penser à une bonne qualité de l’eau, mais aussi à un fort apport d’oiseaux “nordiques” qui viennent passer la mauvaise saison dans le sud de la France. L’arrivée de la mauvaise saison pose problème au Martin-pêcheur qui trouve de ce fait de plus en plus de difficultés pour atteindre sa nourriture. En effet, dès les premières baisses de température, les petits poissons se réfugient sous les obstacles naturels au fond des cours d’eau, pour profiter de l’isolation de la masse liquide, et ne bougent pratiquement plus. Le Martin-pêcheur quitte alors les petits cours d’eau dès septembre, puis tout au long d’octobre et, pour les retardataires, dans les tout premiers jours de novembre. Il prend à cette époque différentes directions, qui s’apparentent plus à du vagabondage qu’à une véritable migration avec cependant un fil conducteur : les fleuves qui prennent source ou traversent la région Rhône-Alpes. Cette errance est parfois intéressante : un mâle immature bagué le 27 août 1973 sur le Rhône à 10 km au sud de Vienne (38) repris le 7 octobre 1973 au Chambon sur Lignon (Haute Loire). D’autres hivernent sur les fleuves où la masse des petits poissons est plus importante et plus accessible. Cependant nous ne savons pas si ces hivernants sont des autochtones. Lorsque la température descend aux alentours de -20°C et sur une longue période, la majorité des cours d’eau sont pris alors par la glace et pratiquement tous les martins-pêcheurs sont anéantis ! Au printemps suivant, quelques individus, probablement réfugiés plus au sud, recolonisent une partie des petits cours d’eau et rétablissent la situation en quelques années.
Par rapport au premier atlas des oiseaux nicheurs de Rhône-Alpes ([R]), cette nouvelle enquête précise plus finement la densité et la répartition du Martin-pêcheur en Rhône-Alpes, avec des indications intéressantes sur deux régions où l’espèce n’était pas alors citée : la Bresse et le Chablais.

Texte : Guy Flacher
Photos : Rémi RUFER