Marouette ponctuée

Publié le mercredi 27 février 2008


Marouette ponctuée Porzana porzana

Angl. : Spotted Crake
All. : Tüpfelsumpfhuhn
It. : Voltolino

Cette espèce totalement protégée en France figure en outre à l’annexe II des Conventions de Berne et de Bonn. De catégorie faunistique européenne, la Marouette ponctuée se rencontre de l’Espagne jusqu’en Sibérie occidentale. En France, l’espèce est dispersée dans tout le pays, mais elle y devient de plus en plus rare, en particulier dans la moitié méridionale. Dans la région Rhône-Alpes, l’espèce niche de façon irrégulière et sporadique, en très petit nombre. Aucun indice certain de nidification n’a été obtenu récemment. Cette difficulté à établir sa distribution en période de nidification a été soulignée par Koenig (in [N]). En effet, ses moeurs crépusculaires et nocturnes, ses faibles densités, la rareté des sites favorables à sa nidification et leur accès souvent difficile sont autant de contraintes pour l’ornithologue. De plus, la migration se termine tardivement et reprend hâtivement, dès la mi-juillet.

En Isère, c’est un nicheur irrégulier et occasionnel (1 à 2 couples nicheurs en général). Dans l’Ain, l’absence récente d’observations en Dombes hors des périodes de nidification laisse supposer que l’espèce ne s’y reproduit plus. Elle peut être plus facilement contacté en Août - Septembre. Dans la Loire, sa nidification reste à prouver, mais ne devrait sans doute pas concerner plus de 5 couples. En Savoie, il n’y a aucun indice actuellement (Miquet comm. pers.). Dans le Rhône, la Drôme et l’Ardèche, l’espèce ne niche apparemment pas.

La nidification de la Marouette ponctuée est conditionnée par la présence de formations végétales de bonne étendue, basses et denses, sur un sol spongieux et vaseux en bord d’étang, de cours d’eau lent. Elle habite par exemple les jonchaies et cariçaies riches en invertébrés des marais et tourbières. Elle évite la phragmitaie. Il lui faut aussi tout un réseau de couloirs libres pour circuler et des plages vaseuses dégagées pour se nourrir. C’est donc une espèce qui recherche des milieux de transition, entre marais en eau et prairie, donc souvent instables car en évolution rapide. Elle est très sensible aux variations du niveau de l’eau, ce qui explique l’irrégularité de sa nidification dans de nombreux sites. Elle n’a été trouvée en Rhône-Alpes qu’à de basses altitudes, en dessous de 600-700 m, ce qui confirme ce que signalaient Glutz et al. (1973) pour les Alpes. Pourtant, dans le département voisin du Jura, elle n’hésite pas à nicher à plus de 1 000 m (Crouzier in GOJ 1993).

L’espèce est une migratrice peu commune à rare, mais tout à fait régulière en Rhône-Alpes ; une meilleure connaissance des sites favorables lors de ses haltes migratoires et surtout une prospection plus ciblée et soutenue ont récemment augmenté de manière significative le nombre de contacts, en particulier dans l’Isère et dans l’Ain. La Marouette ponctuée commence sa migration postnuptiale autour de la mi-juillet (30 juillet 1989 à Joyeux - 01) mais à cette époque il est parfois délicat de séparer les nicheurs éventuels des premiers migrateurs. L’essentiel du passage s’effectue de la mi-août à la mi-octobre avec un pic fin août / début septembre. La date moyenne des premières observations postnuptiales des oiseaux est le 30 août (n = 13 années). A la fin d’octobre, les observations se raréfient, et des attardés sont parfois notés encore en novembre (tardif le 21 novembre 1992 à Grignan - 26). La donnée du 7 février 1988 à Publier (74) concerne probablement un hivernant.

Au printemps, les données sont plus rares. L’ observation la plus précoce est ancienne (6 mars 1965 aux Echets - 01). Le passage se déroule de mars à mai, mais il culmine de la mi-mars à la mi-avril ; les premiers oiseaux arrivent en moyenne le 1er avril (n = 18 années). Lors de ses haltes migratoires, la Marouette ponctuée se contente de milieux très divers, de superficie même modeste et parfois dans des sites artificiels comme des stations de lagunage, des bassins de décantation. On la rencontre aussi dans des fossés ou plus souvent sur les vasières humides ceinturées de grandes roselières. L’espèce chante parfois lors de ces haltes, y compris en automne (migrateurs chantant le 27 août 1975 à Valeilles - 42 ; un le 21 novembre 1992 à Grignan - 26). C’est à cette période que l’espèce s’observe le plus facilement, et surtout fin août / début septembre, au crépuscule de préférence, le long des vasières humides bordées de phragmites à l’Etournel (01-74) ou en Dombes (01) par exemple. Aucune reprise de bagues ne nous permet de préciser l’origine des oiseaux transitant par notre région, ni leur destination exacte.

L’unique donnée de nidification "récente" est celle d’un adulte suivi de 3 jeunes à Villars les Dombes (01) le 12 juillet 1973. Plus récemment, 1 à 3 chanteurs ont été entendus à Birieux, du 23 juin au 10 juillet 1990 sans qu’on sache s’il y a eu reproduction. Enfin, un cadavre de juvénile trouvé le 4 juillet 1996 à Saint Paul de Varax (01) pourrait suggérer une nidification. Sur les 10 cadavres récoltés en région Rhône-Alpes, 4 ont été écrasés par des véhicules et un autre a été capturé par un chat domestique.

L’espèce est actuellement extrêmement rare et atteint un seuil critique en région Rhône-Alpes ; elle est menacée de disparition imminente si rien n’est fait pour conserver et gérer les zones humides dont elle a besoin.

Alexandre Renaudier