Loriot d’Europe

Publié le mercredi 27 février 2008


Loriot d’Europe Oriolus oriolus

Angl. : Golden Oriole
All. : Pirol
It. : Rigogolo

Loriot d'Europe, photo France DUMAS © 2008
Loriot d’Europe, photo France DUMAS

De catégorie faunistique paléarctique, le Loriot niche dans toute l’Europe, à l’exception des Iles britanniques et de la Scandinavie où il reste rare bien qu’en expansion.

En France, il n’est absent que de la Bretagne de l’ouest et des massifs montagneux les plus élevés.

A l’échelle rhônalpine, l’altitude limite à l’évidence la répartition du Loriot. En effet, celui-ci est absent de tous les massifs, qui ne sont pénétrés que très localement à la faveur des vallées. L’espèce se cantonne aux altitudes inférieures à 550-600 m, même si des chanteurs isolés sont parfois notés plus haut, sans qu’on sache s’ils se reproduisent vraiment (par exemple à 780 m à Affoux - 69 le 25 mai 1996 ; à 800 m dans le Bugey - 01 le 28 mai 1984 ; et même à 950 et 1 030 m à Samoëns - 74 le 9 juin 1978). Les effectifs rhônalpins restent difficiles à estimer, notamment à cause de la distribution souvent linéaire du Loriot dans les boisements longeant les cours d’eau.

En peupleraie et en ripisylve, une densité de 1 couple pour 10 ha a été observée en Chautagne (73), tandis qu’elle atteignait 4 couples pour la même surface dans les bois de la réserve de Villars les Dombes (01) en 1969. (Bournaud et Ariagno in [R]). Le Loriot est très nettement lié aux arbres ; la présence de l’eau n’est pas indispensable, mais elle semble cependant augmenter la densité de peuplement.

Lié aux basses altitudes et à la température dans sa répartition, le Loriot est un migrateur intégral dont l’arrivée tardive en Rhône-Alpes coïncide avec l’apparition des feuilles. La première observation se situe en moyenne le 24 avril (des oiseaux précoces ont été notés le 4 avril 1981 en Grésivaudan - 38, le 4 avril 1990 à Villars - 01 et le 7 avril 1990 à Chalamont - 01). Les mâles sont les premiers à arriver, comme semble le confirmer la reprise de cette femelle encore en migration en Camargue le 6 mai 1988 et trouvée morte quinze jours plus tard à Châtillon sur Chalaronne (01). Le Loriot migre principalement la nuit ; les effectifs migrateurs observés le jour sont donc marginaux. Cependant, 114 oiseaux furent dénombrés du 18 avril au 9 mai 1985 au col de l’Escrinet (07).

Le chant mélodieux et typique retentit dès l’arrivée, en général très groupée ; il constitue souvent le seul indice de la présence de cet oiseau par ailleurs discret. Le Loriot est très territorial et engage de nombreuses poursuites avec ses congénères, tout comme avec les prédateurs potentiels eux aussi repoussés. Arrimé à une fourche horizontale, le nid ressemble à un curieux hamac. Le chêne est l’essence favorite pour sa construction et le couple reste souvent fidèle à l’emplacement de l’année précédente, comme cela fut noté par exemple le 26 mai 1994 à Chassagny (69). L’envol des jeunes se produit vers le 20-25 juin, soit en moyenne deux mois après l’arrivée des mâles (par exemple un jeune volant le 20 juin 1992 à Servas - 01). Les familles restent très longtemps unies après la sortie du nid et sont observées jusqu’au début d’août : 4 jeunes volants le 18 juillet 1989 à Miribel (01), 4 jeunes le 3 août 1996 à Chalamont (01) et 4 jeunes encore (ce qui reflète la taille habituelle des pontes) le 4 août 1996 à Versailleux (01). A cette date, la migration postnuptiale est engagée et les nourrissages tardifs (exemple du 29 juillet 1996 à Chamagnieu - 38) peuvent relever de ces familles en migration "rampante" ou de couvées de remplacement. Si quelques chanteurs isolés sont encore entendus en août (le 5 août 1994 à St Paul de Varax - 01, le 9 août 1997 à Versailleux et à Villars - 01), les effectifs diminuent rapidement pour ne laisser que quelques attardés en septembre (1 le 28 septembre 1972 en Maurienne - 73 et 1 le 30 septembre 1991 à Valencin - 38).

La migration postnuptiale n’est perçue que partiellement pendant la journée, mais 15 individus furent tout de même notés en 30 minutes le 18 août 1990 à Dardilly (69). Les oiseaux rhônalpins se dirigent vers le sud-est, comme l’atteste la reprise d’un immature bagué le 2 août 1972 à Messery (74) et trouvé mort le 25 août 1974 à Itri (Italie) (et non pas 23 jours plus tard, [R]). L’espèce hiverne dans le sud de l’Afrique.

Le Loriot dépend de ses biotopes, notamment des ripisylves qui doivent donc être préservées pour maintenir l’espèce. On constate dans le nord-ouest de l’Europe une tendance à l’expansion, éventuellement liée à l’élévation moyenne des températures printanières. Il serait intéressant de savoir si cette évolution est perceptible en Rhône-Alpes, notamment par l’augmentation de l’altitude des reproductions.

Texte : Jean-Baptiste Crouzier
Photo : France DUMAS