Locustelle luscinioïde

Publié le mercredi 27 février 2008


Locustelle luscinioïde Locustella luscinioides

Angl. : Savi’s Warbler
All. : Rohrschwirl
It. : Salciaiola

La Locustelle luscinioïde est une espèce polytypique représentée chez nous par la forme nominale. Elle est présente dans les régions tempérées d’Europe, sauf la péninsule scandinave ([E]). En Europe orientale, on trouve une autre forme, ce qui justifie une aire européenne disjointe : d’une part, le sud de l’Espagne, une partie de la France et de l’Allemagne, de l’autre les Balkans ([R]) ; sa distribution reste lacunaire en zone méditerranéenne ([N]). Cette Locustelle n’y est pas en déclin significatif (Tucker et Heath 1994). Elle ne semble pas a priori menacée en Europe où ses populations atteignent au moins 140 000 couples. Une faible diminution des effectifs est soulignée localement alors qu’ailleurs, elle peut être en progrès comme en Pologne où la population, estimée à près de 10 000 couples, montre une augmentation de plus de 20 %.

La population française n’est pas importante (moins de 5 % de celle de l’Europe). En France en général, région Rhône-Alpes comprise, sa distribution couvre les zones d’étangs et de marais : Camargue, étangs littoraux du Languedoc, Sologne, Brenne, Lorraine, mais aussi Dombes, Forez, Bresse, Est-Lyonnais, Ile Crémieu, Rhône-Bourget, etc. ([R]). Elle est présente au nord d’une ligne partant des Pyrénées atlantiques et rejoignant la Savoie via le Périgord et la région stéphanoise, avec des populations isolées en Languedoc. Ses populations doivent atteindre quelques milliers d’individus ([E]).

En dehors de quelques lacunes dans la cartographie du premier atlas régional, la comparaison des cartes (1970-1975 et 1995-1997) ne montre pas de différence significative dans la distribution rhônalpine ; néanmoins, les difficultés de plus en plus grandes à prouver sa nidification témoignent de la baisse des effectifs, ce qui est conforme à la tendance nationale ([N]). Cette Locustelle semble avoir disparu du Grésivaudan et de la Bresse et a contrario est signalée dans le Bugey (1981 et 1982). Elle reste assez commune dans l’Ile Crémieu qui est un de ses fiefs rhônalpins. Elle y était nicheuse commune en 1968 et a été signalée sur une vingtaine de sites en période de nidification depuis les années 1960, dont plus de 12 contrôlés entre les années 1980 et 1990. Sa plus grande fréquence se situe entre 1970 et 1981, ensuite une régression fut constatée (Deliry 1995 b). En Rhône-Alpes, cet oiseau habite principalement la plaine, mais atteint l’étage collinéen ; des chants ayant été entendus au marais de Vaux (750 m) dans le Bugey. On la trouve dans les marais : jonchaie, cariçaie dense, mais surtout dans le Scirpeto-Phragmitetum, au moins sous certains faciès ([R]). En 1967 et 1968, Bournaud et Ariagno (1969) ont recensé 12-20 couples (environ 7 couples pour 10 ha) au Grand-Turlet sur la réserve de Villars (01). Le chiffre de 7,5 couples pour 10 ha est avancé pour le marais de Lavours (Lebreton et al. 1991).

C’est un migrateur assez précoce : date moyenne des premières arrivées entre 1965 et 1976 : 6 avril ; précoces le 22 mars 1976, ([R]), le 25 mars 1994 sur le Grand Gravier (01), le 27 mars 1977 dans l’Ile Crémieu (Deliry 1995b) et le 29 mars 1972, Dombes ([R]). D’autres citations de mars existent dans le département de l’Ain. Certaines années, l’arrivée semble plus tardive et aucun individu n’est signalé avant la fin d’avril, probablement par manque de recherche spécifique. Compte-tenu de la discrétion de l’espèce, peu de choses sont connues sur sa nidification : seuls 3 nids ont été détruits au marais des Echets ([R]). Elle est notée jusqu’en juillet au Grand Gravier (01) et le 13 juillet 1983 dans l’Ile Crémieu (Deliry 1995 b), dernières citations sur les sites de nidification.
Sa migration d’automne est mal connue ([R]). Une capture le 15 août 1990 à Collonges (01), une citation à Magneux (42) le 31 août 1979 et une observation le 4 octobre 1986 à Haute-Jarrie (Grésivaudan) viennent témoigner de sa présence discrète en période postnuptiale dans la région. Le départ se produit de la fin-août à la mi-septembre, avec des oiseaux attardés jusqu’à la mi-octobre selon Voisin in [N]. Cette Locustelle hiverne en Afrique entre le sud du Sahara et la forêt équatoriale ([N]). L’arrivée en Afrique est apparemment tardive : novembre au Mali, décembre au Sénégal. Quelques rares exemples d’hivernage en Afrique du Nord sont connus. Les départs d’Afrique commencent début février, mais l’espèce est encore notée au Sénégal jusqu’en mars et au nord du Niger jusqu’en avril, le passage pouvant être signalé en Afrique du Nord jusqu’en mai (Cramp et Duncan 1992).

Au XIXème siècle, cette Locustelle était beaucoup plus répandue qu’aujourd’hui en Europe de l’ouest et nichait dans le sud de l’Angleterre ([N]). Cependant, plusieurs indices laissent supposer une installation plus récente en divers points de notre pays, au plus tôt pendant le XXième siècle (Mayaud 1933, 1939 ; [N]). En effet, Yeatman (1976) pense que s’est produite une extension récente, phénomène qui semble réel dans la région Rhône-Alpes ([R]). Ainsi en Dombes, où elle a été citée pour la première fois en 1931 (Cramp et Duncan 1992), elle n’est guère signalée en dehors des Echets dans les années 1950, alors qu’elle peuple de nombreux étangs, avec des densités localement élevées dans les années 1970 ([R]). Depuis, sa régression est très importante en Dombes, où naguère commune, elle n’est plus représentée aujourd’hui que par quelques rares chanteurs. Un exemple de cette évolution est donné au marais des Echets qui montre, après une fulgurante progression dans les années 1960, une baisse dramatique des effectifs : présence en 1938, 3 couples en 1953, 120 en 1965 et quelques-uns au cours des années 1980 (Lebreton et al. 1991).

Cyrille Deliry