Hypolaïs polyglotte

Publié le mercredi 27 février 2008


Hypolaïs polyglotte Hippolais polyglotta

Angl. : Melodious Warbler
All. : Orpheusspötter
It. : Canapino

Hipolaïs polyglotte, photo Rémi RUFER © 2008

L’espèce occupe le Maghreb et l’Europe du sud-ouest, tout particulièrement l’Espagne, la France, l’Italie et l’ex-Yougoslavie. En expansion, cette Hypolaïs a franchi les frontières méridionales de la Belgique dans les années 1960, de la Suisse en 1960 et de l’Allemagne vingt ans plus tard.

Devenue commune dans une grande partie de la France, elle n’est cependant que très ponctuellement représentée en Corse, dans l’extrême nord et le nord-est de l’hexagone et ne s’installe qu’exceptionnellement, sur le continent, dans les zones montagnardes excédant 800 m. Un couple fut cependant noté le 3 juin 1991 à St Etienne de Lugdares (07) à 1 030 m. Sa répartition rhônalpine actuelle est relativement étendue, alors que cette hypolaïs était encore rare en Dombes (01) dans les années 1950. L’espèce manque toutefois presque totalement dans les massifs des Alpes, du Jura, voire sur les plateaux ou sommets plus modestes du Pilat (42). Cette réticence à s’élever en altitude semble toutefois s’amenuiser comme en attestent une observation de juin 1982 à Chamonix (74) et l’apparition successive de l’espèce dans les districts d’Arve-Giffre (74 - à 600 m ) en 1977, des Bauges (73) et du Vivarais (07) en 1979, de la Haute-Ardèche (07) en 1985, de la Maurienne et de la Tarentaise (73) en 1998 et 1999. Un chanteur fut même observé en juin 1999 à la Croix de Montvieux (P.N.R. du Pilat - 42) à 950 m d’altitude. Cette répartition relativement étendue ne signifie pas pour autant que l’espèce soit systématiquement abondante.

Affectionnant les milieux buissonnants ouverts et ensoleillés, la Polyglotte peut être commune dans les zones de bocage, les saulaies claires, les alentours des gravières recolonisées par la végétation ou les taillis clairs succédant, en forêt, aux coupes à blanc. De ce fait, la présence de hautes herbes, de buissons d’épineux et de quelques jeunes arbres isolés caractérisent fréquemment le milieu d’élection de cette espèce, qui peut cependant se satisfaire de biotopes moins typiques tels une friche urbaine lyonnaise, un vaste jardin ou une lisière forestière. Au printemps 1990 furent dénombrés au moins 30 couples sur 400 ha à Dardilly (Monts du Lyonnais - 69) ; 3 chanteurs en 1 km furent comptés le 27 juin 1989 à Charmaret (Tricastin - 26) ; 31 mâles chantaient sur 26 km du cours des Usses (74) en juin 1986 et certains sites de taille modeste, telles les dragues de Bresse (01), peuvent aisément accueillir au moins 5 couples sur 10 ha. Enfin, les Indices Kilométriques d’Abondance calculés en Basse-Ardèche (07) en 1988 atteignaient 0,53 dans les ripisylves de l’Ardèche et du Chassezac et 0,94 en garrigue ouverte.

L’essentiel des hypolaïs polyglottes ne regagne nos contrées que tardivement, dans la première quinzaine du mois de mai. Toutefois, des avant-coureurs sont notés chaque année à la fin d’avril (date moyenne 24 avril, sur 15 années de 1978 à 1992) ; un chanteur particulièrement précoce aurait même été observé le 4 avril 1969 à Rive-de-Gier (42). Débute alors le cantonnement des couples, fréquemment marqué par un relatif regroupement des territoires, alors même que d’autres parties apparemment favorables des mêmes biotopes ne sont pas colonisées (Faivre in [N]) ; une telle agrégation a d’ailleurs aussi été notée à l’égard des hypolaïs ictérines en zone de sympatrie des deux espèces dans le nord-est de notre pays. La position du nid est variable. Il peut être construit à très faible hauteur, soigneusement dissimulé dans un roncier ou dans de hautes plantes herbacées. D’autres ont également été découverts, à plus d’un mètre dans du Chêne vert (Quercus ilex) ou du Cornouiller sanguin (Cornus sanguinea). La ponte, comptant en moyenne 4,9 oeufs (sur 6 couvées), est déposée entre la fin de mai et la mi-juin. A titre d’exemple, un nid de 5 oeufs fut découvert le 4 juin 1986 à Grignan (26) et une ponte de 5 œufs non éclos fut observée le 1er juillet 1985 à Joannas (07). Les nourrissages se poursuivent jusqu’au mois d’août (date tardive le 14 août 1987 à la Tour-de-Salvagny - 69). Le chant peut être noté lui aussi assez tardivement, parfois en août, exceptionnellement plus tard (le 19 septembre 1990 à Ville sur Anjou - 38). La migration de départ s’effectue principalement au début de septembre, les polyglottes les plus tardives de notre région ayant été notées en moyenne le 23 septembre (19 années sur la période 1967-1992), exceptionnellement en octobre (le 17 octobre 1976 à Montbrison - 42). Hivernant en Afrique occidentale, ce Sylviidé strictement insectivore déserte totalement nos contrées en hiver.
Cette espèce en expansion ne justifie pas la mise en œuvre de mesures de protection particulières si ce n’est une préservation des milieux souvent originaux qu’elle fréquente.

Pierre Crouzier