Huppe fasciée

Publié le mercredi 27 février 2008


Huppe fasciée Upupa epops

Angl. : Hoopoe
All. : Wiedehopf
It. : Upupa

Huppe fasciée, photo France DUMAS © 2008
Huppe fasciée, photo France DUMAS

Présente en Eurasie et en Afrique, la Huppe fasciée niche en Europe au sud du 60ème parallèle (et même du 55ème, hors des Pays baltes et de la Russie occidentale - Cramp 1985) ; elle est absente du Bénélux et des Iles britanniques. En France, elle est largement répandue mais elle manque presque totalement au Nord Pas de Calais, au nord de la Bretagne et elle est rare dans le Bassin parisien ([N]). Cette répartition traduit à la fois son goût pour les régions bien ensoleillées et son besoin de zones herbacées riches en insectes, pourvues de haies, de perchoirs et de cavités. Cette double exigence explique que, dans le nord de la région Rhône-Alpes, la Huppe est encore régulière en zone bocagère ou semi-bocagère (Bresse - 01, Dombes - 01, Roannais - 42, Forez - 42, Ile Crémieu - 38 …) et qu’elle est moins fréquente dans des secteurs d’aspects plus variés tels le Pays de Gex (01), les Monts du Lyonnais (69), la Moyenne Vallée du Rhône, le Tricastin, les Baronnies (26).

L’espèce évite donc les régions de cultures intensives, les forêts et en général le relief, notamment au-delà de 800 m ; elle n’est pourtant pas totalement absente des zones montagnardes. Ainsi fréquente-t-elle occasionnellement les adrets de Vanoise. Elle a niché à 1 960 m (le 25 juin 1972 à Bessans - 74) et des migratrices ont atteint les altitudes de 2 450 m (à Val d’Isère - 74 - le 21 avril 1994) et de 2 265 m (à Bessans - 74 - le 26 août 1968 ; Lebreton et Martinot 1998).

Bien que son aire de répartition soit encore relativement étendue, la Huppe voit ses effectifs s’éroder de manière très nette depuis une trentaine d’années. Ce phénomène est rapporté aussi bien au niveau national ([N]) qu’aux abords immédiats de notre région : dans le Jura (Joveniaux 1993), en Suisse (Winkler 1999) ou dans le Gard (C.O.Gard 1993). En Rhône-Alpes, l’espèce s’est considérablement raréfiée en Dombes (Lebreton et al. 1991). Plus au sud, une forte régression a été observée dans la Basse Vallée du Rhône (où elle a presque disparu), le Tricastin et les Baronnies. Par exemple, à Grignan (26), où il y avait une dizaine de couples à la fin des années 1960, la reproduction n’est plus que très irrégulière. Les populations rhônalpines sont estimées entre 200 et 800 couples, avec une diminution d’effectifs de 50% et de distribution de plus de 20%. Seuls quelques petits secteurs connaissent encore des densités assez fortes : par exemple trois chanteurs sur 300 m de haies le 4 juin 1995 à Marboz (01), 6 ou 7 couples nicheurs sur les communes de Feillens (01) et de Balazuc (07) au printemps 1993, 4 à 6 couples sur les Avenières (38) en 1995-99.
Cette régression généralisée paraît notamment résulter d’une forte modification des pratiques agricoles et des paysages, de la raréfaction des haies et des insectes, voire d’une concurrence accrue pour les cavités liée à l’augmentation des populations d’Etourneau sansonnet (Sturnus vulgaris) et de Choucas des tours (Corvus monedula).
Migratrice, la Huppe nous revient en moyenne le 15 mars (sur 18 dates entre 1977 et 1997). Les oiseaux les plus précoces furent notés le 1er février 1994 à Ferney-Voltaire (01) et le 17 février 1987 à Grignan (26). Le chant débute aussitôt (date précoce le 9 mars 1986 à Saint Paul de Varax - 01) ; il culmine en avril-mai, période lors de laquelle il facilite grandement la détection de l’espèce. Il se poursuit en juin, rarement au-delà. Les œufs sont déposés soit dans une cavité arboricole (vieux arbres creux ou percés par un pic, saules têtards…), soit dans des bâtiments (en Bresse, l’espèce adopte régulièrement les ouvertures ponctuant le pisé des murs de fermes). La plupart des jeunes s’envolent en juin ; ils accompagnent encore quelque temps leurs parents et forment ainsi de petits groupes très visibles. La réunion de deux familles pourrait expliquer l’observation étonnante des 10 huppes notées ensemble à Marcy l’Etoile (69) le 26 juin 1986. Ultérieurement, l’espèce devient très discrète et entame rarement une seconde nichée (un couple paradant le 23 juillet 1994 à Condeissiat - 01 - s’apprêtait sans doute à le faire).

La plupart des oiseaux nous quittent dès l’été et les données postérieures au 21 septembre (le 7 octobre 1993 à Fort l’Ecluse et le 8 octobre 1998 à Sandrans - 01, les 7 et 10 octobre 1994 à Soleymieu et le 11 octobre 1999 : une chanteuse à St Sorlin de Morestel - 38) s’avèrent tout à fait exceptionnelles. La Huppe n’hiverne qu’exceptionnellement en France ([H]) et pas en région Rhône-Alpes, (une seule mention hivernale, dans les Monts du Lyonnais).

Texte : Pierre Crouzier, Georges Olioso
Photo : France DUMAS