Hirondelle rustique

Publié le mercredi 27 février 2008


Hirondelle rustique Hirundo rustica

Synonyme : Hirondelle de cheminée

Angl. : Swallow
All. : Rauchschwalbe
It. : Rondine.

L’aire de reproduction de l’Hirondelle rustique, espèce holarctique, recouvre toute l’Europe. Seules les montagnes norvégiennes et l’Islande ne sont pas régulièrement occupées. La population de notre continent est comprise entre 13 millions et 33 millions de couples. Cette population est en déclin dans la quasi totalité des pays (Tucker et Heath, 1994).

En France, tout le territoire est occupé, l’espèce se reproduisant régulièrement au-dessus de 1 200 m (altitude record de 1 500 m à Aussois, en Maurienne) et atteignant même 1 820 m dans les Hautes-Alpes (Garcin in [N]). Les effectifs nationaux se situent entre 1 millions et 5 millions de couples nicheurs. En Rhône-Alpes comme dans les autres contrées, l’Hirondelle rustique peuple les régions agricoles, privilégiant celles où l’élevage est encore bien développé, de préférence sous une forme extensive. Elle se reproduit essentiellement dans les bâtiments agricoles abritant le bétail où l’on peut parfois trouver de véritables colonies composées de plusieurs dizaines de nids. Faute d’étables ou de bergeries, cette espèce installe de plus en plus souvent son nid sous des porches, dans des garages ou même des greniers. Encore faut-il que ces locaux soient ouverts en permanence ! Contrairement à l’Hirondelle de fenêtre, il ne semble pas que l’Hirondelle rustique utilise des sites naturels tels que grottes ou abris sous roche, ni même de tunnels en Rhône-Alpes.

Calculée sur 36 ans entre 1960 et 1997, la date moyenne d’arrivée des premiers migrateurs se situe le 14 mars (± 7 jours). La date la plus précoce est le 24 février 1997 où un individu a été vu à Ancône (26). La migration prénuptiale commence réellement dans la seconde moitié de mars et bat son plein en avril et se poursuit jusqu’à la mi-mai : 1 500 à Châteauneuf du Rhône (26) le 16 avril 1994, plusieurs milliers le 26 avril 1983 en Basse Isère, le 29 avril 1984 en Rhône-Bourget, plus de 1 000 le 7 mai 1977 en Dombes...
Les sites de reproduction sont occupés dès l’arrivée des oiseaux et la rénovation des nids commence dès la mi-avril. Les premières pontes sont déposées à la fin de ce mois (date la plus précoce 25 avril) et s’étalent jusqu’à la fin du mois d’août (date la plus tardive un 26 août). Cela est dû au fait qu’ environ 60 % des couples font deux pontes successives (Coquillart 1981). Les premiers poussins éclosent à la fin de mai, mais c’est en juin qu’est noté le plus grand nombre de nichées (53 %). Les derniers poussins au nid ont été signalés un 12 octobre. Garcin (in litt.) a pu montrer que les dates de première ponte varient avec l’altitude dans les Hautes-Alpes ; elles sont déposées entre le 5 mai et le 1er juin en-dessous de 1 150 m et entre le 5 juin et le 5 juillet au-dessus de 1 550 m. Dans la région de St Etienne (Forez, Pilat et l’Etrat), Coquillart (1981) a trouvé une moyenne de 4,0 oeufs / nid pour 195 pontes. Dans la région de Grignan, nous avons observé une moyenne de 4,5 oeufs/nid pour 23 pontes. En ce qui concerne la taille des nichées à l’envol, Coquillart (1981) a calculé une moyenne de 4,3 poussins / nid pour 152 nids alors qu’à Grignan nous avons calculé une moyenne de 4,3 poussins / nid pour 39 nichées. Le baguage a montré que les adultes sont fidèles à leur site de reproduction. En 1979, Coquillart (1981) n’a obtenu que 3 déplacements sur 96 contrôles d’oiseaux bagués en 1978. Près de Grignan (26), toutes les reprises d’oiseaux nicheurs le furent sur leur lieu de capture initial. Il n’en est pas de même pour les jeunes qui peuvent s’installer à plusieurs kilomètres de leur lieu de naissance. Dans les Hautes-Alpes, sur 5 020 poussins bagués, Garcin (comm. pers.) en a contrôlé 18 nichant dans la pièce où ils étaient nés et 62 dans d’autres fermes dans des rayons de 0,5 à 6,3 km pour les mâles et de 0,5 à 31,6 km pour les femelles.

Les premiers mouvements postnuptiaux sont sensibles dès le mois d’août et concernent alors les jeunes des premières nichées qui se dispersent dans toutes les directions (Olioso et Garcin 1992) avant de se diriger franchement vers le sud-ouest. Les passages les plus importants ont lieu entre le 20 août et la mi-octobre et culminent aux environs du 20 septembre (le 19 septembre à Ceyzériat, entre 1987 et 2000) : 4 000 le 26 août 1991 à Dardilly (69), 10 000 en 1/2 h le 22 septembre 1993 à Donzère (26), 4 100 en 2 h le 7 octobre 1987 à Grignan (26), 15 492 le 21 septembre 1996 à Ceyzériat (01), 30 000 un 23 septembre au col de la Croix Haute... Les derniers individus sont signalés en novembre (date moyenne le 5 ± 13 jours) mais il y a quelques observations hivernales, entre autres durant l’hiver 1981/82, avec notamment un individu présent tout l’hiver à Saint-Genis-Pouilly (01) (Géroudet 1982 a) et l’hiver 1988/89 avec 2 individus présents dans le secteur d’Excenevex-Yvoire (74) du 31 décembre 1988 jusqu’en février, un individu étant encore vu le 2 mars 1989 (Dupuich et Géroudet 1989).
L’Hirondelle rustique est une espèce entièrement migratrice dont les populations françaises hivernent de la Guinée à la République Centre-Africaine et atteignent le Zaïre et le nord de l’Angola. Quelques reprises d’oiseaux originaires de notre région s’inscrivent bien dans ce cadre. Un jeune de l’année bagué le 10 août 1979 à Champs (42) a été trouvé le 29 janvier 1980 au Libéria ; un poussin bagué le 6 août 1981 à Magneux Haute Rive (42) a été capturé en février 1982 en Côte d’Ivoire. Un oiseau bagué le 24 février 1977 au Ghana a été repris le 30 juin 1979 (probablement nicheur) à Châteauneuf de Galaure (26). D’autres ont été repris en migration en Italie, en Espagne, en Algérie et au Maroc. Des oiseaux bagués en Rhône-Alpes lors de leur passage ont été retrouvés en période de reproduction en Grande-Bretagne et en Allemagne et des oiseaux bagués poussins en Suède et en Allemagne et reproducteurs en Hongrie ont été notés chez nous en migration.

Comme dit plus haut, les populations d’Hirondelle rustique sont en baisse dans de nombreux pays. Les causes principales semblent être dans beaucoup de régions la disparition de l’élevage, remplacé par une agriculture plus intensive. Dans la région de Grignan par exemple, alors qu’il y avait plusieurs troupeaux de moutons dans les années 1970, il n’en reste plus qu’un ou deux, de petite taille et plusieurs étables où étaient établies des colonies sont maintenant des garages qui n’accueillent plus qu’un ou 2 nids...

Georges Olioso