Hirondelle de fenêtre

Publié le mercredi 27 février 2008


Hirondelle de fenêtre Delichon urbica

Angl. : House Martin
All. : Mehlschwalbe
It. : Balestruccio

L’Hirondelle de fenêtre est une espèce paléarctique qui niche depuis les zones boréales au nord jusqu’aux régions méditerranéennes au sud et du Royaume-Uni à l’ouest jusqu’en Chine à l’est. Les effectifs européens sont compris entre 11 et 16 millions de couples, dont plus des deux tiers sont concentrés dans 10 pays européens. En France, l’Hirondelle de fenêtre fait partie des espèces les plus répandues et sa population peut être estimée à environ 500 000 couples ([E], [N]). La distribution en Rhône-Alpes reflète celle observée à l’échelle nationale lors de la dernière enquête ([N]). La carte rhônalpine met en évidence une couverture homogène, les lacunes existantes ne reflétant qu’une prospection insuffisante. En Ardèche, il semble cependant que l’espèce soit peu représentée dans le sud ouest du département, en Cévennes où elle cohabiterait avec l’Hirondelle de rochers ou serait remplacée par elle dans certains villages. Ses effectifs sont, semble-t-il, en régression par rapport à ceux de la fin des années 1970, estimés pour la période 1993-1997 entre 20 000 et 50 000 couples.

Comme dans d’autres régions (Provence, Languedoc-Roussillon) et contrairement à l’Hirondelle rustique, l’Hirondelle de fenêtre a conservé en Rhône-Alpes sa variété d’habitats. Elle s’étend des zones de plaine à la limite supérieure de l’étage alpin ([R]). Plus de la moitié des indices de reproduction sont situés entre 200 et 600 m d’altitude, incluant les zones de plaine et les massifs peu élevés bordant celles-ci, comme par exemple les Monts du Lyonnais, la bordure orientale des monts ardéchois ou encore le Bas Bugey. Un peu moins du tiers se répartit dans les étages collinéen et montagnard, entre 800 et 1 400 m, alors que 12,5 % attestent la présence de l’espèce à l’étage alpin, jusqu’à 2 400 m ([R], Lebreton et Martinot 1998). Quel que soit le département, l’espèce occupe toujours chez nous son habitat rupestre originel. C’est le cas dans le Jura méridional (01), le massif du Pilat (42) à Rochetaillée, à proximité d’une colonie d’hirondelles de rochers et dans l’ensemble du secteur alpin, de la Haute Savoie à la Drôme. En Vanoise, l’altitude moyenne est de 1 780 m avec, cependant, des variations importantes entre les vallées de Maurienne et de Tarentaise (Lebreton et Martinot 1998). En Savoie, une colonie de plus de 60 nids est connue depuis 30 ans dans les gorges de la Chaille. En Isère, dans les massifs de la Chartreuse et du Valgaudemar, des sites rupestres connus, parfois depuis 40 ans, hébergent des colonies de plus de 100 couples. En plaine, commensale de l’homme, l’Hirondelle de fenêtre est très éclectique quant au choix des supports pour la construction des nids ; elle utilise un large éventail de types de bâtiments et constructions : façades de maisons, arêtes d’immeubles, ponts anciens ou récents. A l’inverse d’autres régions ([N]), aucun cas d’installation de colonies à l’intérieur de bâtiments n’a été signalé en Rhône-Alpes. Les colonies, de taille variable (de quelques nids à plusieurs centaines) sont installées aussi bien dans des hameaux et villages que dans les grandes villes, comme Lyon, Grenoble, Annecy et Chambéry.

L’Hirondelle de fenêtre est un migrateur total, visiteur d’été. En Rhône-Alpes, selon les années, les premiers individus sont de retour à la fin de mars ou au début d’avril. Les dates les plus précoces sont le 11 mars 1990 à Coudrée (74), le 15 mars 1978 dans le Royans (26), le 20 mars 1981 dans le Vivarais (07), le 24 mars 1986 à Grignan (26). La date moyenne d’arrivée est le 25 mars (n = 26). Le gros des effectifs suit dans le courant du mois d’avril : plus de 1 000 individus le 29 avril 1984 sur le Rhône à Seyssel (01), plus de 2 500 le 21 avril 1997 au bassin du Grand Large (69). A la fin du mois d’avril, la majorité des oiseaux ont rejoint leur site de nidification. Celle-ci débute dans la deuxième quinzaine de mai, une fois que les adultes ont construit de nouveaux nids ou consolidé les anciens. La reproduction proprement dite est très étalée et donne généralement lieu à deux nichées, certainement trois les bonnes années en plaine ([R]), mais les données sur la taille des pontes et des nichées sont inexistantes. Il n’est pas rare d’observer des jeunes au nid pendant le mois de septembre. La date moyenne d’envol de la dernière nichée est le 11 septembre (n = 12 nichées). Des couvées tardives peuvent être observées en plaine jusqu’en octobre, y compris dans les départements savoyards. L’envol d’une nichée a même été noté le le 2 octobre 1981 à Villars les Dombes (01) et le 15 octobre 1965 à Chambéry (73). Des rassemblements en dortoirs de plusieurs milliers d’individus, sur les sites de nidification, commencent à s’organiser dès le mois d’août et deviennent fréquents en septembre, préfigurant le départ en migration. Petit à petit, les effectifs diminuent et les derniers oiseaux sont observés entre la fin d’octobre et celle de novembre. La date moyenne des dernières mentions est le 25 octobre (n = 19), mais des dates bien plus tardives sont connues : le 4 novembre 1989 dans l’Oisans (38), le 14 novembre 1986 sur les Crêts du Jura (01), le 24 novembre 1975 à Roussillon (38), le 26 novembre 1973 dans les gorges de l’Ardèche, le 28 novembre 1990 à Publier (74).

S’il est difficile de livrer une évolution chiffrée des effectifs régionaux, la tendance globale est au déclin en Europe de l’Ouest ([E]). Il est possible d’énumérer succinctement les facteurs écologiques et anthropiques qui induisent les fluctuations observées. Parmi les facteurs défavorables, on citera : de fortes précipitations entre mai et octobre (Bryant 1973), la fréquence croissante de façades "lisses" sur lesquelles les nids tiennent avec difficulté, la destruction des nids pour cause de "malpropreté". Par contre, les ceintures d’espaces verts intra et péri-urbains, la proximité de plans d’eau importants qui favorisent l’abondance du plancton aérien dont se nourrit exclusivement l’espèce (Bryant 1973, Iborra 1986) et la pose à bon escient de nichoirs est un facteur favorable (Berne in G.O.J. 1993). La mise en place d’un suivi, simple mais rigoureux, de cette espèce commune serait facile en Rhône-Alpes. Il apporterait, entre autres, des éléments sur la qualité de certains milieux péri-urbains et permettrait des mesures de protection appropriées.

Olivier Iborra