Hibou moyen-duc

Publié le mercredi 27 février 2008


Hibou moyen-duc Asio otus

Angl. : long-eared owl
All. : waldoheurle
It. : gufo commune

Hibou moyen-duc, photo France DUMAS © 2008
Hibou moyen-duc, photo France DUMAS

Le Hibou moyen-duc est une espèce d’origine holarctique qui peuple la zone tempérée de l’Eurasie et de l’Amérique du nord, essentiellement au nord du 40ème parallèle. Si l’espèce est relativement commune dans toute la France, certaines zones semblent inoccupées dans l’ouest et le sud-ouest, une faible fréquence est remarquée dans le sud-est et il apparaît rare en Corse. Yeatman (1976) estimait la population nationale entre 1 000 et 10 000 couples. Cette évaluation a été depuis revue à la hausse, le Nouvel Atlas des Oiseaux Nicheurs de France ([N]) donnant en 1994 une fourchette comprise entre 5 000 à 15 000 couples.

En Rhône-Alpes, le Hibou moyen-duc est présent dans le voisinage des ornithologues ! L’espèce est certainement bien plus commune qu’il ne paraît sur les cartes mais, très discrète, elle est rarement découverte au hasard d’une promenade. Une recherche spécifique, une présence assidue sur les sites potentiels et l’écoute des cris des jeunes - moins discrets que les adultes - sont souvent à l’origine des observations de Moyen-duc. Si en plaine l’espèce est suivie régulièrement, comme dans l’Est Lyonnais au parc de Parilly ou encore sur le plateau dombiste, elle n’est pas moins fréquemment observée sur le plateau des Bornes à près de 1000 m en Haute-Savoie, et jusqu’à Val d’Isère (2 441 m) où une couvée avec 5 poussins a été trouvée le 18 juillet 1973 ([R], Lebreton et Martinot 1998). Pour la période 1993-1997 les effectifs rhônalpins sont estimés entre 1 000 et 8 000 couples. Sur les 178 ha du parc périurbain de Parilly (Bron 69) on comptait, en 1993, 9 familles reproductrices, soit environ 1 couple pour 20 ha (Dubois, données non publiées). En secteur de culture céréalière au sud de Lyon (Corbas 69), 9 familles étaient présentes en 1998 sur 600 ha, soit 1 pour 70 ha (Gaget, données non publiées). En 1980 sur le plateau des Bornes en Haute-Savoie (6 600 ha), 17 couples ont été découverts et la densité a été estimée à 1 couple pour 160 ha. Le Hibou Moyen-Duc se reproduit dans des milieux ouverts de type bocager, aussi bien dans les parcs urbains, squares de lotissements, que dans les haies de séparation de diverses cultures. Il affectionne les boqueteaux denses et de préférence les résineux.

S’il est difficile d’identifier individuellement ces oiseaux, il semblerait toutefois qu’un grand nombre de moyen-duc observés dans les regroupements hivernaux soient sédentaires. Peu de temps après leurs observations en dortoirs, les chanteurs, cantonnés pour la reproduction, se font entendre sur les mêmes lieux. Mais il n’est pas exclu que les oiseaux de la région rejoints en période hivernale par des oiseaux des pays ou des régions plus nordiques, comme l’attestent les oiseaux bagués en Suisse ou en Allemagne et repris en différents points de l’est de Rhône-Alpes, à un maximum de 115 km de leur lieu de baguage (plus nordique) et ceci uniquement entre novembre et janvier. Plusieurs oiseaux ont été bagués dans les années 1970 près de Villard (42), et aucune reprise n’a été effectuée à plus de 10 km. En Rhône-Alpes, les dortoirs hivernaux sont observés de novembre à mars. Leur taille est moyenne : 30 individus en 1972 en Dombes, 26 à 1 400 m en 1990 à Mégève (74) ou encore 20 en 1990 à Parilly (69 ; n = 15 observations).

Les premiers chants des mâles surviennent dès la mi-janvier : le 16 janvier 1982 dans le Revermont (01), le 18 janvier 1999 à Corbas (69). Ils deviennent réguliers à partir de la fin du mois de Février et au début du mois de Mars. Les derniers sont entendus en mai : le 13 mai 1997 à Saint-Gineis-en-Coiron (07), le 17 mai 1997 à Charlieu (42). En période de reproduction, le Moyen-duc utilise un nid de corvidé abandonné pour y élever sa progéniture. Les connaissances ainsi acquises permettent d’avancer que sur un site donné la période de reproduction est très étalée. Ainsi à Corbas (69) le premier chant était enregistré le 18 janvier 1999, alors qu’un autre couple du secteur ne s’est pas manifesté par ses chants avant le 15 avril de la même année. Les tous derniers cris de jeunes peuvent être entendus jusqu’à la fin de l’été (23 août 1995 à Saint-Agnan-en-Vercors 26). La majorité des jeunes émancipés est observée en plaine vers la fin du mois de juin. Cependant, sur le site de Corbas (69), le premier jeune, très précoce, a été récupéré, âgé de 15 jours à 3 semaines (ce qui correspond à une ponte mi-janvier), par le centre de soin de Francheville le 9 mars 1998 à Vénissieux (69). Le 3 juillet 1997, sur le même site, des jeunes au bord du nid sont encore en duvet. Le 3 août 1991 des jeunes crient encore à Francheville (69) et 3 poussins sont encore en duvet le 10 septembre 1999 à Parilly (69). Si le nombre de couples présents sur une même zone semble très régulier, leur période de reproduction est par contre variable d’une année sur l’autre et d’un couple à l’autre. Si seulement 5 couvées ont été décomptées entre 1962 et 1981 (2x1 oeuf, 1x5, 1x6 et 1x4), soixante dix-huit familles ont fait l’effet d’un décompte précis du nombre de jeune par couple sur l’ensemble de la région (moyenne : 3,1j/c) sans qu’aucune disparité n’apparaisse d’une zone à l’autre de Rhône-Alpes.

Le Moyen-duc souffre de la disparition des haies, qu’une taille trop sévère rend impropres à l’installation des nids de corvidés, entraînant ainsi une diminution de ses sites de reproduction potentiels. Les haies lui servent aussi de refuge diurne pendant une grande partie de l’année. Ce sont toutefois les routes qui déciment le plus grand nombre de ces oiseaux, comme cela a été mis en évidence sur trois autoroutes de Côte d’Or entre 1992 et 1995. Durant cette période, les employés de la société d’autoroute et les ornithologues bourguignons ont récupéré 3 500 animaux écrasés sur 308 km, dont 300 (8%) étaient des moyens-ducs (Baudvin 1998). Des mesures de protections doivent être réalisées en bordures des routes, rendant les proies, en particulier les campagnols nourriture principale du Moyen-duc, plus difficilement accessibles. A cette fin, l’enfrichement naturel des talus des autoroutes devrait être systématisé ainsi que la révision des modèles de barrières qui servent volontiers de perchoir lors des chassesà l’affut placées sur la pente des talus (Baudvin 1998).

Texte : Vincent Gaget, Olivier Iborra / CORA
Photo France DUMAS