Héron gardeboeufs

Publié le mercredi 27 février 2008


Héron gardeboeufs Bubulcus ibis

Angl. : Cattle Egret
All. : Kuhreiher
It. : Airone guardabuoi

Héron garde-bœufs, photo Rémi RUFER © 2008

A l’origine, le Gardeboeufs est une espèce indo-africaine mais son expansion récente en fait désormais un oiseau cosmopolite. Naguère uniquement présente en Camargue sur le territoire national, l’espèce a rapidement conquis bon nombre de régions de la moitié sud de notre pays.

Durant l’enquête de l’Atlas, des indices de reproduction ont été recueillis dans le Val de Saône, la Bresse et la Dombes dans l’Ain, la plaine du Forez et le Roannais dans la Loire, dans la vallée du Rhône en Ardèche et dans la Drôme. Tous les sites occupés en Rhône-Alpes sont situés à une altitude inférieure à 400 m. Avec 100-150 couples dans l’Ain, au moins 16 dans la Loire, 2 dans l’Ardèche et 2 dans la Drôme, la population rhônalpine représente une faible proportion de l’effectif français, supérieur à 2 200 paires nidificatrices, mais est sans doute la deuxième en France après celle de la Camargue. Toutes les colonies régionales sont situées dans des héronnières mixtes. L’espèce y côtoie alors selon les cas des hérons cendrés, des bihoreaux gris, des aigrettes garzettes, des crabiers chevelus et même, sur deux sites dombistes, l’ensemble de ces espèces. Les nids sont généralement établis au voisinage de ceux des bihoreaux et des aigrettes dans des buissons de saules, plus rarement sur des arbres plus élevés : chênes, bouleaux. Les sites d’alimentation sont le plus souvent constitués par des milieux herbacés, surtout lorsqu’ils sont parcourus par des troupeaux d’herbivores. Toutefois, en Dombes, les observations de plus en plus régulières d’oiseaux se nourrissant sur les décharges d’ordures ménagères ou en suivant les charrues démontrent certaines facultés d’adaptation de cet Ardéidé.

Héron garde-bœufs, photo Rémi RUFER © 2008

Bien que les gardeboeufs soient essentiellement sédentaires, des mouvements erratiques d’Ardéidés se produisent chaque automne. Ce phénomène est bien connu pour les aigrettes camarguaises qui remontent la vallée du Rhône jusqu’en Dombes. C’est probablement la même voie qui a été suivie par des gardeboeufs pour coloniser la région Rhône-Alpes. Les colonies sont occupées tardivement. L’installation sur les héronnières a lieu durant le courant du mois d’avril, voire en mai. Les pontes sont déposées à partir de ce mois et les premiers jeunes volants apparaissent durant la première décade de juillet. A cette règle fait exception la reproduction irrégulière d’un couple sur le parc ornithologique de Villars les Dombes. Peut-être "conditionnés" par les bihoreaux proches, eux aussi sauvages, ces oiseaux ont niché précocement en 1991 : l’observation de 3 jeunes au nid le 25 avril indique une ponte dès les premiers jours de ce mois, voire les derniers de mars. En 1997, le nid était déjà occupé le 23 mars. A l’opposé, des poussins âgés de 12-15 jours notés dans une colonie ardéchoise le 27 août 1994 n’ont vraisemblablement pu commencer à voler qu’aux environs du 20 septembre. Avec 1 à 4 poussins, la moyenne des familles de l’Ain semble être de 2 jeunes et de 3 dans le Forez. En Dombes, après la reproduction, un dortoir situé sur le parc de Villars regroupe l’essentiel des oiseaux locaux mais aussi, comme en 1991, de probables gardeboeufs exogènes. Ce dortoir a rassemblé des maximums de 410 individus le 23 août 1997 et de 546 en août 1995. Un dortoir similaire, regroupant jusqu’à 106 oiseaux le 10 septembre 1997, existe à l’Ecopôle du Forez depuis 1996. La plupart des oiseaux tentent d’hiverner à proximité de leurs sites de nidification. Cette tendance n’est pas sans danger sous le climat sub-continental du nord de notre région. Ainsi, les vagues de froid des mois de janvier 1985, 1993, 1997 ont entraîné de grosses pertes dans les effectifs nicheurs français, les deux dernières ayant causé la mort de bon nombre d’oiseaux dombistes et l’exode de la plupart des survivants.

Héron garde-bœufs, photo Rémi RUFER © 2008

La colonisation de la région Rhône-Alpes, comme d’ailleurs de l’ensemble des sites français en dehors de la Camargue, est un phénomène récent. En Dombes (01), après quelques mentions en 1971, 1973, 1974, 1976, 1979, 1981, 1982 et 1983, un couple s’est probablement reproduit en 1984 (Bernard 1985 b). Ensuite, de rares observations ont eu lieu en 1987, 1989 et 1990. Un premier cas de reproduction a été observé en 1991 : un couple produit alors 3 jeunes sur le parc de Villars. Cette nidification dombiste a été confirmée les années suivantes : 10 couples en 1992 et 15 en 1993 dans une héronnière mixte, 124 couples en 1994 en deux colonies toujours occupées mais non dénombrées de 1995 à 1997 (Bernard 1998). Dans le Val de Saône (01), après des observations en 1992 et 1993, deux couples se reproduisent dans une héronnière mixte alors qu’un troisième est probable dans une autre colonie en 1994. Cette situation est confirmée dans les mêmes lieux en 1995 avec respectivement 1 à 5 couples et 5 ou 6. Depuis, les colonies sont toujours occupées, mais non dénombrées. En Bresse, 3 oiseaux sont vus à Lescheroux le 9 mai 1993, puis 3 nids avec 6 jeunes sont découverts à Montrevel en 1997. Dans la Plaine du Forez (42), des observations d’hivernants ou d’erratiques postnuptiaux ont été effectuées à partir de 1992. Huit couples se sont reproduits dans une héronnière mixte en 1994 (Brugière 1994) et 1995, probablement 16 en 1996 (Rimbert 1997 b). En Ardèche, une première nidification a été constatée près de la retenue de Donzère en 1994 (Olioso 1995) et semble régulière depuis.

Bien que les populations ibériques et, depuis peu, celles de notre pays soient très importantes (Marion 1997), la situation du Gardeboeufs en Rhône-Alpes n’est pas assurée. L’espèce semble très liée aux pâturages pour son alimentation et aux colonies d’autres Ardéidés pour sa reproduction. La raréfaction des uns ou des autres ne lui serait pas favorable. En outre, dans notre région, la perspective d’une nouvelle vague de froid liée au climat sub-continental parfois très marqué est à craindre à plus ou moins long terme.

Texte : Alain Bernard, Philippe Rimbert
Photo : Rémi RUFER